‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 110 sur 112 · L'OPÉRA · texte numérisé non relu

L'OPÉRA

En l'an de grâce 1673, un musicien, un écrivain et un gentilhomme amateur de mécanique s'associent pour exploiter la salle du Palais-Royal d'où ils viennent de réussir, Molière étant mort, à chasser sa troupe de comédiens. LuUi, le musicien, petit homme myope, aux yeux rouges, très intrigant*; Perrin, pauvre diable de bohème se disant poète; Sourdéac, gendre du marquis de Garan-

I. Perrin le traitait de voleur, Sourdéac de brigand, La Fontaine de maraud, Boilcau de coquin ténébreux; quant à Molière, il ne prononçait plus son nom, mais haussait les épaules.

Les fonctions de LuUi à la Cour lui rapportaient 90 000 francs sans compter le revenu de ses pièces, les cadeaux, les gratifications. Pendant quinze ans il eut le monopole des théâtres en France, aucun autre musicien ne put se faire jouer. {Le Correspondant, 25 déc. 1910.) Il laissa une énorme fortune et ses liUes épousèrent les plus grands noms du royaume.

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cière, un peu fou, ne rêvant que machineries. Tels sont les fondateurs de notre Académie de Musique.

Bientôt Lulli jette ses partenaires par-dessus bord et prend Quinault pour collaborateur ; d'où quatorze ouvrages à succès et un théâtre florissant.

Entre Lulli et Rameau, décadence de quarante-six ans, jusqu'en 1733, Hippolyte et Aride.

La salle du Palais-Royal fut détruite, par un incendie, le 6 avril 1763. L'Opéra l'occupait depuis quatre-vingt-dix ans. « La troupe et les employés du théâtre reçurent leurs appointements pendant la fermeture, et, le 24 janvier 1764, l'Académie royale occupait, aux Tuileries, l'ancienne salle des Machines, réduite et restaurée par Soufflot. Cette salle des Machines, qui avait servi aux spectacles de la Cour, au temps de Louis XIV, était tellement vaste que l'emplacement seul de la scène suffit à contenir à la fois et la scène et la salle du nouveau théâtre. » (Alph. Royer.) Mais ce n'était que provisoire. La seconde salle du Palais-Royal terminée en 1770, fut encore une fois détruite par le feu, le 18 juin 1780, après une représentation à'Orpliée.

De 1774 {Iphigénie en Aulide) à 1780, où il nous quitte pour prendre une paisible retraite dans sa patrie, Gluck règne chez nous en souverain. Glorieuse période : le chant, la danse, la figuration, la symphonie atteignent un niveau insoupçonné jusque-là. De plus, à la suite du maître, entraînées par l'exemple, des vocations se révèlent, Grétry, Philidor, Gossec, Méhul....

Le 27 octobre 1781, l'Opéra inaugure une nouvelle et très belle salle construite en quelques jours par l'architecte Lenoir, boulevard Saint-Martin; il s'y trouve à mer\'eille et compte y vivre de longues années. Mais voici la Révolution, et treize ans plus tard, un décret du Comité de Salut Public le fait émigrer rue de la Loi (1794).

La tourmente s'est apaisée; un nouvel ordre de choses vient de naître. Après huit ans d'attente, Lesueur paraît pour la première fois à l'Académie de Musique avec les Bardes que fait jouer Napoléon, « grand admirateur de la Caverne^ ouvrage représenté, en 1793, à l'Opéra-Comique ». Puis Spontini, grâce à la protection de l'Impératrice, car

Demi-siècle civilis. firanç. ^o

ni le chef d'orchestre, ni le chef de chant ne voulaient de la Vestale. A la suite d'une audition des principaux morceaux que, dans son salon, fit organiser Joséphine, l'Empereur non seulement donna son approbation mais encore prédit au compositeur le succès qui l'attendait devant le public (1809).

L'Empire s'est écroulé. Après l'assassinat du duc de Berry , l'Opéra donne des représentations salle Favart, puis salle Louvois, locataire inconstant, jusqu'à ce qu'il puisse enfin, le 13 août 1821, confortablement s'installer dans l'élégant et sympathique édifice de l'architecte Debret, rue Le Peletier, où il serait encore sans l'incendie du 29 octobre 1873. Les justes proportions du vaisseau, son admirable acoustique ne furent point sans influence sur la réussite des ouvrages qui, de là, pendant plus de cinquante ans, rayonnèrent sur le monde : Guillaume Tell, les Huguenots, la Juive, Faust, Hamlet, épanouissement de notre Académie Nationale, période la plus brillante qu'elle ait traversée depuis les beaux jours d'Iphigénie et d'Alceste.

C'est le 5 janvier 1875, sous la présidence du maréchal de Mac-Mahon, que fut inaugurée la salle actuelle, fermée hélas depuis la guerre, mais dont les portes commencent à s'entr'ouvrir pour les concerts du jeudi et du dimanche, et dont nous attendons la prochaine reprise des représentations habituelles, après une paix heureuse.

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