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NOS INSTITUTIONS MUSICALES

Parlerons-nous maintenant du Conservatoire, de la Société des Concerts, de l'Opéra, de l'Opéra-Comique?

Dès 1672, Lulli fondait à l'Opéra une école de chant et de déclamation, qui, sauf quelques initiatives privées, restera seule et unique en France pendant plus d'un siècle, jusqu'en 1784. Alors un décret royal établit, dans l'hôtel des Menus-Plaisirs, « une école où les élèves qui se destinent au théâtre, recevront des leçons d'habiles maîtres chargés de leur enseigner la musique, la composition, la déclamation, le clavecin, la langue française »; l'enseignement du chant est confié à Gossec et Piccini.

Huit ans plus tard, la maison se fermait, puis un arrêté de la Commune la remplaçait par une École gratuite de la Garde Nationale Parisienne sous la direction de Sarrette, capitaine d'État-Major (9 juin 1792) : « les élèves avaient à se pourvoir d'un uniforme, à se fournir d'instruments et de papier de musique; de plus, ils devaient concourir au service de la Garde Nationale et des Fêtes publiques ».

Par décret du 8 novembre 1793, Sarrette obtenait de la Convention la création d'un Institut national de musique chargé de l'enseignement « dans toutes les branches de l'art », et dont, bien entendu, il était nommé directeur. Quelques jours plus tard, l'infortuné se voyait jeté en prison, dénoncé au Comité de Salut Public*, menacé de la guillotine... mais sauvé, grâce à l'approche de la Fête de VEtre Suprême pour laquelle son concours était indispensable. On lui permit de sortir de Sainte-Pélagie, encadré de deux gendarmes qui ne le quittèrent ni jour ni nuit, pas plus au pupitre de chef d'orchestre, que dans sa chambre à coucher. Et c'est ainsi qu'il dirigea l'hymne de Gossec chanté par huit ou neuf cents voix, rythmé par deux cents tambours et coupé çà et là par des décharges d'artillerie. L'exécution, dont Robespierre l'avait rendu responsable, ayant obtenu tous les suffrages, il fut relâché.

« Cette même année, Chénier, caché chez Sarrette, composa les paroles du Chant du Départ, destiné à célébrer le quatrième anniversaire de la prise de la Bastille. Méhul en écrivit la musique ^ur le coin de la cheminée du salon, au milieu d'une conversation bruyante. » (Constant Pierre.)

En réalité, c'est du 16 thermidor an III (3 août 1795) que date notre vieille et glorieuse École, de la loi qui organise un Conservatoire destiné à enseigner la musique à six cents élèves des deux sexes, choisis proportionnellement dans tous les départements. Un crédit de 246000 francs est accordé à la nouvelle institution, logée dans le local des Menus-Plaisirs, dirigée par Sarrette aidé d'un conseil de six inspecteurs (Gossec, Méhul, Lesueur, Cherubini, Martini et Monsigny), et comptant parmi les professeurs : Kreutzer ^ Garât, Rode, Baillot, Boïeldieu, Berton....

Et depuis lors, pendant plus de cent ans, jusqu'à ces

I. Un de ses élèves avait, en préludant sur le cor, fait entendre le thème de Grétry : O Richard! O mon Roi!

a. N6 à Versailles; illustre de par la dédicace de Beethoven. Après la paix de Campo-Formio, Bernadette, ambassadeur à Vienne avait emmené, sur le conseil du Premier Consul, toute une petite cour avec lui, dans laquelle le violoniste Kreutzer. Tous les soirs, Beethoven et Kreutzer faisaient les frais de la réception, au palais Lobkowitz.

dernières années où des intrusions étrangères à l'art sont venues ébranler l'édifice, tout a fonctionné à mer\-eille dans une maison consciencieusement administrée, d'après des programmes élaborés par les seules vraies compétences en l'espèce, celles des artistes. Si de temps à autre, les circonstances imposaient quelque légère modification de détail, l'ensemble restait immuable, non par routine, mais parce qu'on ne pouvait trouver mieux; telle avait été l'intelligente conception, la prévoyante sagesse des premiers organisateurs, que toute réforme devient une déforme.

Et d'ailleurs quels résultats! Dès les premières années, les classes de déclamation produisent des sujets comme Talma, Samson, Ligier, Provost, Bocage, Frédéric Lemaître; des tragédiennes comme Rachel, des comédiennes comme Plessy, Augustine Brohan, Allan-Dorsal. Quant aux classes de musique, on n'a qu'à feuilleter le palmarès du siècle dernier pour y lire les noms de la plupart de nos illustrations, compositeurs ou virtuoses.

En 1821, Cherubini est nommé directeur. Auber lui succéda en 1842 ; à Auber succède Ambroise Thomas en 1871 ; à Ambroise Thomas, Théodore Dubois (1896, démissionnaire en 1905), enfin Gabriel Fauré.

C'est à Cherubini que revient l'honneur de la fondation de la Société des Concerts. « Il voulait faire exécuter au Conservatoire par des élèves anciens et nouveaux non seulement les productions connues en France, mais encore celles qui ne l'étaient pas. » L'orchestre comprenait les nouveaux élèves, plus une cinquantaine d'anciens. Avec eux, un chœur de vingt-cinq voix.

Les anciens élèves formèrent bientôt, à eux seuls, une société présidée par Cherubini et dirigée par Habeneck. Quant à la salle, Cherubini lui-même en indiqua les dispositions à l'architecte, les proportions de l'estrade, les dimensions du plancher des choristes.

Le 9 mars 1828, concert d'inauguration, consacré à Beethoven.

Je n'ai pas à rappeler la brillante carrière de la Société des Concerts, pendant de longues années sans rivale au

monde. Mendelssohn était fier d'y entendre, pour la première fois exécutée, sa Symphonie Romaine; Wagner déclarait qu'il y avait eu la révélation de la Symphonie avec Chœur; toutes les grandes œuvres y ont été travaillées et interprétées avec un soin scrupuleux, un religieux respect.

Ce foyer de notre art doit rester pour nous comme un Musée; c'est notre Louvre dont les portes ne s'ouvrent qu'aux œuvres consacrées par le temps.

« C'est le temps qui fait les chefs-d'œuvre », disait Gevaert (directeur du Conservatoire de Bruxelles), le plus grand historien • musical qui ait écrit en langue française, l'auteur de la Musique dans VAntiquité^ de la Mélopée antique dans le chant de V Église Latine^ le traducteur des Problèmes d'Aristote, homme de grand sens, philosophe et artiste.

Nous sommes certainement tous de l'avis de Gevaert.

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