MOUVEMENT DE LA PHILOSOPHIE VERS LES SCIENCES ET LA VIE
La première comprend les chercheurs qui, posant les problèmes dans les termes traditionnels, font appel, pour les résoudre, à toutes les connaissances que les sciences mettent à notre disposition. En ce sens, la métaphysique, la psychologie, la logique, la morale, l'histoire de la philosophie, ont été très utilement cultivées par les philosophes français pendant ces cinquante dernières années. Un témoignage et un stimulant efficace de ce mouvement s'est produit dans la création, en 1893, de la Revue de Métaphysique et de Morale, dirigée par Xavier Léon *.
I. En métaphysiques nous voyons très vivants aujourd'hui encore les travaux de Renouvier, qui ne conçoit comme véritablement intelligibles que la personnalité et la perfection morale; de Ravaisson, qui, sous l'apparente nécessité physique, discerne l'action de l'amour et de la bonté; de Lachelier, qui suspend le mécanisme des causes efficientes à la finalité et à la liberté. Fouillée a montré partout présente la réalité et l'influence de l'idée, comme d'un principe irréductible à la matière. Guyau voit dans la vie l'être même des choses ; et, constatant que la vie devient plus expansive à mesure qu'elle est plus intense, il conclut
1 De cette publication il convient de rapprocher V Année phiïosothique, publiée sous la direction de Pillon depuis 1890, et la Revuf de philosophie, publiée par PeiUaube depuis 1900, ainsi que le BulIeUn de la Société française de philosophie, publié depuis 1901, et les Annales de Philosophie chrétienne, publiées Pf ^ Laberthonmcre.
2 Ravaisson, Cournot, Renouvier, Pillon, Lachelier, Fouillée, Penjon, Emile Boutroux, Louis Liard, Evellin, Rabier, Boirac, Guyau, Hanne-
' quin, Milhaud, Dunan, Georges Dumesnil, Bergson, Brunschvicg, Izouiet, GastoA Richard, Fonsegrive, Joseph Wilbois, Louis Weber, Georges Lefèvre, Souriau, Lalande, Reué Berthelot, Lapie, PeiUaube, Albert Leclère, Abel Rey, etc.
30 UN DEMI-S,ÉC« DE CmuSATION FRANÇAISE
que, pour satisfaire le besoin do vivre oui est I.,.. ■ tion essentielle, les êtres conseientl T ^ f " ''^P"^' isolemenf prim tif et commnn? r™' ^"'^"^ ^^ 'e"r
avec l'univers. Hame in trouve / ''T '""" «'^'^Wables et la formation de irpersonnTt;. ?"' ' 1^?'' "^"^ ^"PP°«« de l'être et du connaître '' ' ^°°'''"°"'* essentielles
qurrusIo^^r/fleTScVs'^ "'"^""i '^-^ --'gnements sophes font ressortir a ÏÏSffiLnei'r"'," '' P'^""" par les lois mêmes de la nature ItT^rf '^"'' "^"'fe^tée parvenons à connaître cesIoL '^ ""''"''" '^°'" "°"^
essen,iellfs°des°Tderef7' T ^"^=^-"^"- >- ^°-ées forme de néceSité^uevUntTefsT?: ' '""°"'"^ «J^^ 'les suggestions de lentj, dément loS'n'' ''°""^''' '^'^P'*^ l'existence, dans les choses XT - ^^""j "" '"PP°^e pas et il conclu't à la contin°enceÏesTn'"'^' t "'"" "^^'=^^"é.
contingence qui va crofssan d êtrestl^ruf '^ °'''-"^^' vivants et aux êtres consri^ntl a P"ys'q"es aux êtres
analyse les idées du savant în ^""^ '" ''^^^^' P°" 9"' entre les sciences poS ^iT^^' "°" .''^™<""« '°'™e fondé sur la raison"^ etlaî^:' 4 °^'"'' ' "° "^'^^'^ '"°^-'
trèsorigin';ie,^^:;f:;fS„fj-^^^ grande influence. La Dhilosonwr ;• .^^ P''"'''' ""«
incapable d'atteindre sorbut?,"; ;ï™<=:t:-'. demeurera l'apparence, tant que se metont f ''■"''' ''^'^'= ^' ""^ naissance prâtique et dos s^ la remorque de la con-
fectionnem':.nt,\rnf consSa'^^ "k" '°"' """^ "^ P«les concepts fabriqués en vuTh! f ''^°'^' ''"'^ "■"^«■•^ entendement. Il esrpo;s,We Tl'h P'"'''"^"'^' P^"- "°"-e puissant et méthodique t remnnr'^ ^^'' * ™ ''«'ort antérieure à cette disWhn, '"T ^"^ * 1 intuition pure, continues, qurcarac te e If '' ''^°"^ "" classes diset actueli; De ce point de T.% """"^^l^^^^ee superficielle
n'ét^mt autre chose qu'un roi ' i" """""^ "PP^'™" ^«"n-e nosc qu un relâchement relatif de la force
de changement, et la vie, comme évolution créatrice, se découvre à l'intérieur de l'être.
2. La psychologie*, qui, avec Jouffroy et Garnier, avait été surtout descriptive, visa résolument, en s'unissant aux sciences expérimentales, à devenir explicative.
Théodule Ribot, en 1870, déclara que l'heure était venue pour la psychologie de se rendre indépendante de la philosophie, comme déjà s'en étaient séparées les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie. Et il demanda que la psychologie, comme les autres sciences, reposât exclusivement sur l'observation externe et l'expérimentation. En réalité, l'introspection continua à jouer, dans la psychologie, un rôle notable, et ce rôle apparut d'autant plus important qu'il s'agissait d'étudier des fonctions psychiques plus relevées. Mais l'exigence d'une rigueur scientifique favorisa singulièrement les progrès de la psychologie.
A l'œuvre qu'il avait définie Théodule Ribot contribua d'une façon remarquable. Voyant dans la maladie une sorte d'expérimentation naturelle, qui nous aide à connaître les conditions de l'état normal, il fait, de l'étude des cas pathologiques, une méthode essentielle de la psychologie. Au moyen de cette méthode, il dégage, de l'ensemble de la vie psychique, une vie de pur sentiment, qui a ses lois propres, toutes différentes de celles de l'intelligence.
Binet fit de minutieuses recherches de psychologie expérimentale. Il démontre avec rigueur la part inévitable et considérable de l'habitude et de l'idée dans les sensations qui nous apparaissent comme simples et immédiates.
De ses observations et expériences sur certains anormaux, Pierre Janet déduit une psychologie qui fonde l'unité de conscience sur la tension psychique. Si cette tension se relâche, la conscience se désagrège. Elle peut ainsi faire
I. Taine, Théodule Ribot, Delbœuf, Marillier, Paulhan, Godfernaux, Ruyssen, Beaunis, Binet, D' Gley, Bourdon, Foucault, D' Philippe, D' Georges Dumas, Fouillée, Ègger, Compayré, Henri Marion, Derepas, Dugas, Malapert, Pierre Janet, Gabriel Tarde, D"^ Le Bon, Delacroix, etc.; Année psychologique, publiée par Beaunis et Binet, 1895 et suiv.,/0Mrwa/ de psychologie normale et pathologique, publié par Pierre Janet et G. Dumas, 1904 et suiv.
place à une multiplicité de personnalités plus ou moins indépendantes les unes des autres.
Frappés de l'impossibilité d'éliminer, de la méthode psychologique, l'introspection ou intuition interne, de nombreux philosophes s'appliquèrent à employer ce moyen de connaissance d'une manière plus scientifique que n'avaient fait les philosophes de l'école éclectique.
Henri Bergson a cherché à réaliser une intuition parfaite, non en observant les impressions telles qu'elles se présentent empiriquement à la conscience, mais en éliminant méthodiquement, de l'intuition brute, tout ce qui s'y mêle d'éléments surajoutés par l'entendement pratique. Il s'est ainsi efforcé de dégager la donnée immédiate de la conscience : cette donnée lui paraît être la durée proprement dite, c'està-dire la continuation d'existence simplement sentie, et non mesurée au moyen de cette forme élémentaire de l'espace que nous appelons le temps.
Dans les profondeurs du moi subconscient, Delacroix trouve les sources d'importants phénomènes psychiques, notamment des phénomènes religieux.
Gabriel Tarde fait ressortir le rôle de l'imitation dans la vie humaine, et superpose, à la psychologie pure et simple, une interpsychologie ou psychologie de la relation entre les consciences.
Paulhan voit l'homme composé d'un moi individualiste, qui tend à l'indépendance et à l'anarchie, et d'une conscience sociale ou esprit, tendant à ordonner et harmoniser les consciences individuelles. La logique, l'art, la morale, les religions, les sciences ne sont autre chose que des disciplines, destinées à transformer l'individu en être social.
En un sens très différent, Gustave Le Bon a montré d'une façon saisissante comment une foule est tout autre chose qu'un agrégat d'individus, et ressent des passions, admet des évidences auxquelles se refuserait chacun de ses membres pris isolément : en sorte que c'est par une logique spéciale, tout à fait distincte de la logique de l'intelligence, que sont conduites les sociétés humaines.