LES CRÉATIONS D'OBSERVATOIRES
La guerre de 1870 a marqué, en France, l'origine d'un développement intense et d'une transformation complète des conditions des recherches scientifiques et de l'enseignement supérieur. Une centralisation à Paris, tout à fait excessive, a fait place à une très large extension. La création des 16 Universités françaises, à la fin du xix' siècle, a marqué la principale étape de cette évolution. Après la victoire, nous assisterons à une progression nouvelle dans tous les domaines, et tout d'abord dans l'ordre scientifique et intellectuel.
C'est peut-être dans l'astronomie que les progrès ont été les plus immédiats. Dès les dernières années du second Empire, l'élan était donné aux établissements astronomiques des départements. Reconstruit en 1866 sur le plateau de Longchamp, l'obserx-atoire de Marseille, alors annexe de celui de Paris, avec Stephan, Tempel, Coggia, Borrelly, manifestait une vitalité réelle. A Toulouse, la municipalité commandait, pour un grand télescope, un miroir en verre argenté, de o m. 82 d'ouverture.
Demi-siècle civilîs. franc. I
Les événements de 1870 reculèrent très peu la réalisation des projets formés à cette époque pour le développement de l'astronomie. Dès 1872, il était question de la création d'un observatoire à Bordeaux. Cette même année les observatoires de Marseille et de Toulouse étaient réorganisés, relevant désormais des municipalités et de l'État. L'année suivante celui d'Alger était placé dans les attributions du gouverneur de l'Algérie et du ministre de l'Instruction publique. En 1877 furent créés, et organisés comme ceux de Marseille et Toulouse, les observatoires de Besançon, Bordeaux et Lyon : en 187g une loi établissait un observatoire d'astronomie physique dans le château de Meudon.
Les premiers directeurs de ces divers observatoires furent M. Stephan, Tisserand, Trépied, Gruey, Rayet, André et Janssen. M. B. Baillaud, qui remplaça Tisserand en 1878, et tous les autres directeurs restèrent en fonction jusqu'aux premières années du xx^ siècle. Leurs successeurs sont MM. Bourget, Cosserat, Gonnessiat, Lebeuf, Picart, Mascart et Deslandres.
L'initiative privée se manifesta de la façon la plus généreuse. Dès 1879, R. Bischoffsheim, qui avait donné de beaux cercles méridiens aux observatoires de Paris et de Lyon, construisait près de Nice, dans un parc de 27 hectares, un magnifique observatoire qu'il léguait à sa mort à l'Université de Paris. Per rotin et M. le général Bassot en furent successivement directeurs.
Une station météorologique établie sur l'initiative du général de Nansouty et de l'ingénieur Vaussenat par la Société Ramond au Pic du Midi, à 500 mètres au-dessous du sommet, fut l'origine du grand observatoire construit par Vaussenat au sommet même (ait. 2 870 m.) au moyen de souscriptions privées. Vers 1905 l'Université de Toulouse décida d'y installer un grand équatorial double, visuel et photographique, de 6 mètres de foyer. Cet instrument était en place en 1908. Depuis 1915, les deux observatoires de Toulouse et du Pic sont réunis sous la direction de M. Cosserat.
Ainsi, moins de dix ans après la fin de la guerre de 1870, avaient été créés ou organisés solidement par l'État et les
L ASTRONOMIE
Villes, OU par l'initiative privée, huit observatoires astronomiques.
Cependant, Antoine d'Abbadie qui, dès sa jeunesse, était devenu célèbre par son exploration de l'Ethiopie, avait, vers 1868, construit un beau château entre Hendaye et Saint-Jeande-Luz et y avait établi un cercle méridien. Il légua le tout, en 1895, à l'Académie des Sciences, qui entra en possession en 1899. Depuis cette date, l'observ-atoire a M. l'abbé Verschafifel pour directeur.
Indépendamment des créations d'observatoires, nous devons mentionner celle de la Société astronomique de France, due surtout à l'initiative de M. Camille Flammarion. A la fondation, en 1887, M. C. Flammarion en était président avec Paul et Prosper Henry, le général Parmentier et Trouvelot comme vice-présidents. Depuis 1892 il en est secrétaire général. Reconnue d'utilité publique en 1897, la Société publie un bulletin mensuel formant un beau volume de près de 700 pages. Le nombre des membres dépasse maintenant 3000, dont i 300 étrangers.
Nous ne pouvons passer sous silence le grand effort fait par quelques amis des sciences, sur l'initiative de Janssen, pour l'établissement, au sommet du Mont-Blanc, à 4 810 m. d'altitude, d'un observatoire, qui reçoit de l'État une subvention annuelle de 8 000 francs.
Parmi les amateurs qui entretiennent à leurs frais des observatoires ou des laboratoires astronomiques et y travaillent, nous citerons :
M. de la Baume Pluvinel, qui a réuni dans son laboratoire et a constamment utilisé un nombreux matériel instrumental pourvu d'objectifs et de prismes de premier ordre; M. Jarr>'-Desloges, qui a construit de grands équatoriaux et les a transportés avec leurs abris dans les localités les plus diverses, M. C. Flammarion, qui a fondé en 1883 un observatoire à Juvisy, dans le petit château de la Cour de France à lui donné par un amateur, M. Méret, qui y avait installé une lunette de 108 millimètres.