OBSERVATIONS VISUELLES
Les observations astronomiques, entre 1870 et 1880 étaient essentiellement des observations de position. Les découvertes des spectroscopistes laissaient entrevoir la possibilité d'étudier la nature des astres, et la création de l'observatoire de Meudon correspondait à ce point de vue nouveau ; la photoo-raphie astronomique n'existait pas encore ; les nouveaux observatoires furent donc outillés pour déterminer les positions des astres. Ils reçurent tous des instruments méridiens et des équatoriaux, les premiers destinés surtout à la mesure des directions précises des Étoiles, du Soleil, de la Lune, des planètes principales, les seconds aux observations diverses : Nous allons résumer les travaux accomplis à ces deux sortes d'instruments.
a) OBSERVATIONS MÉRIDIENNES
Depuis 1855, l'orientation des observations, à l'Observatoire de Paris, a été le résultat des travaux accomplis depuis 1800 sous la Direction du Bureau des Longitudes. Arago, délégué du Bureau à l'Observatoire, avait édifié en 1830 la salle méridienne à 3 fentes, qui a gardé son nom, et y avait installé les deux instruments méridiens de Gambey et le cercle mural de Fortin. Il avait publié les observations à l'état brut et avait remis à plus tard le calcul des corrections dues aux imperfections des instruments : malheureusement, c'était ajourner, en même temps, tout emploi des observations, et aussi leur progrès. L'éminent physicien qu'était Arago ne pouvait croire qu'elles fussent imperfectibles; il ne se doutait pas, assurément, que l'ajournement serait si long. Ce ne fut qu'en 1854 que Le Verrier, son successeur, avec une vue merveilleusement claire des possibibilités, décida d'y mettre un terme. Il donna, en même temps.
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aux travaux une vive impulsion par l'entreprise de la tâche la plus vaste et la plus utile qui se présentât alors, la réobservation des 50 000 étoiles que Lalande avait obser\'ées à l'École militaire pendant la révolution. Il fonda les deux séries des Annales de l'Observatoire : Observations^ dont les 10 premiers volumes contiennent la réduction des observations faites avant lui et dont la suite a donné un volume par an jusqu'en 1906; Mémoires, qui comptent actuellement 31 volumes. Il ne lui fut pas donné de voir l'achèvement des observations du catalogue de Lalande qui ne furent terminées qu'en 1899, 22 ans après sa mort.
Le Verrier fut remplacé en 1870 par Delaunay, qui eut l'honneur de présider aux destinées de l'Observatoire pendant le siège de Paris et mourut accidentellement le 5 août 1871. Appelé une seconde fois à la Direction, le 13 février 1873, Le Verrier mourut en septembre 1877.
C'est l'amiral Mouchez, son successeur, qui mit en train l'élaboration des catalogues qui devaient synthétiser les observations des étoiles de Lalande : M. Caillot qui avait été, depuis 1856, le collaborateur de Le Verrier fut chargé de cet énorme travail, et, avec le concours du Bureau des calculs de l'Observatoire, acheva la publication d'un premier catalogue déduit des observations faites jusqu'en 1881. Mais déjà Mouchez n'était plus. Tisserand, qui lui avait succédé en 1893, était mort en 1896, et les deux derniers des huit volumes qui composent ce premier catalogue portent la signature de Loewy, son successeur. Les observations des étoiles restantes s'achevèrent en 1899; le second catalogue sera terminé vers 1919. Les deux parties résument 550000 observations de 50000 étoiles.
Mais la formation du Catalogue de Lalande n'a pas épuisé au xix' siècle, surtout après 1879, l'activité de l'Observatoire de Paris. Passons rapidement en revue les progrès des instruments et les travaux accomplis. Le Verrier avait établi en 1858 un nouvel instrument, le grand cercle méridien, assez puissant pour permettre l'observation des petites planètes, dont jusqu'à 1895, MM. Lœwy, Périgaud, Renan firent successivement chaque année de deux à trois cents observations. En 1878, on commença à observer au
Cercle méridien du jardin, donation de M. Raphaël Bischofifshcim ; cet instrument, minutieusement étudié est devenu, par des améliorations successives, un des plus parfaits qui existent. Plus tard, on adapta à ces deux cercles méridiens des micromètres auto-enregistreurs et on les dota de cet accessoire si parfait : le bain de mercure de M. Hamy. Ne pouvant insister sur les recherches importantes et difficiles auxquelles a donné lieu leur emploi, nous nous bornerons à mentionner les œuvres principales accomplies : une suite continue d'observations du Soleil, d'autres de la Lune et des planètes principales, faites de jour et de nuit; le catalogue des étoiles de repère de la zone de Paris pour le catalogue connexe à la Carte du Ciel dont il sera parlé dans la suite , et une contribution à la formation d'un nouveau catalogue fondamental pour la même entreprise ; ces deux catalogues, pour lesquels il a été fait 120000 observations, seront achevés et imprimés dans deux ou trois ans.
Dans les observatoires des départements, chaque directeur a établi le programme du travail, en toute liberté. Parmi les observations méridiennes entreprises, nous citerons à Abbadia, à Alger, à Besançon, à Bordeaux, à Toulouse, des listes des étoiles de repère pour les zones françaises de la Carte du Ciel et celle de San Fernando, et la préparation des catalogues correspondants. Il a été fait pour ces travaux plus de 350000 observations. D'autres catalogues pour des objets spéciaux, élaborés et publiés à Alger, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, à Nice, ont exigé le même nombre d'observations. La plupart de ces catalogues sont imprimés, ou prêts pour l'impression. Partout on a déterminé la latitude; comme à Paris, les travaux ont donné lieu à des recherches importantes et difficiles, auxquelles nous regrettons vivement de ne pouvoir nous arrêter.
Le nombre des observations méridiennes faites dans les départements a été sensiblement le même qu'à Paris, dans un temps moindre ; le nombre des observateurs a été à peu près le même; les instruments, généralement excellents, étaient plus nombreux. Partout ce travail, fort ingrat, a été intense. A Abbadia, M. l'abbé Verschaifel avec quatre ou cinq jeunes gens, a fourni, en seize ans, 200000 observations,
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a réduit et imprimé chaque année celles de l'année précédente, a publié deux catalogues et en a préparé un troisième qui paraîtra en 1916. En ajoutant un grand nombre de travaux de moindre envergure, exécutés surtout à Paris, le nombre total des observations méridiennes faites dans l'ensemble des obser\'atoires atteint sans doute 1500000.
A cet immense travail resteront attachés les noms de nombreux astronomes. Nous ne pouvons omettre de citer à Paris, MM. Périgaud, Lœwy, Leveau, Hamy, Renan, Boquet, Viennet; dans les départements, avec MM. Gonnessiat, Saint-Blancat, Doublet, il faudrait mentionner presque tous les obser\'ateurs.
b) OBSERVATIONS ÉQUATORIALES
A Paris, on a utilisé deux équatoriaux anciens de o m. 24 d'ouverture, deux plus modernes pourvus d'excellents objectifs, de o m. 30 et o m. 38, deux instruments coudés de Lœwy, construits par P. Gautier, dont l'emploi permet à l'observateur d'être assis en chambre close devant l'oculaire immobile. Dans les départements, on a employé des équatoriaux droits de o m. 18 environ à Lyon, Marseille, Toulouse, d'autres de o m. 25 à o m. 40 à Besançon, Bordeaux, Marseille, Nice, Toulouse; des coudés à Alger, Besançon, Lyon, Nice; deux télescopes à miroirs en verre argenté de
0 m. 82 de diamètre à Marseille, à Toulouse; une grande lunette de o m. 76 d'ouverture à Nice, D'autres menus instruments ont servi dans des circonstances spéciales.
Tous ces instruments sont appropriés à l'observation et à la recherche des petites planètes et des comètes, et on s'est livré partout à ce travail dont le résultat a été : à Paris plusieurs milliers de positions de planètes et de comètes, dans les autres observatoires au moins 18000. Au même point de vue, il a été trouvé jusqu'en 191 2 : 177 planètes nouvelles dont 31 avant 1870 : 34 à Paris, 37 à Marseille,
1 à Nîmes, 5 à Toulouse, 100 à Nice, Les noms de Perrotin, Borrelly, Coggia, P. et Pr. Henry, Charlois, Giacobini, Schaumasse, Fabry, d'autres encore sont attachés à la plupart de ces découvertes et à celles de 35 comètes.
Charlois, à Nice employait, pour la recherche, l'équatorial de o m. 38 comme un viseur portant une chambre photographique à court foyer; sur les plaques, les planètes, par suite de leur déplacement dans le ciel, donnent de courtes traînées qui les font reconnaître. Récemment quelques découvertes de planètes ont été faites photographiquement à Alger et à Paris. Il est bon de dire que, indépendamment de la recherche de l'astre, toute observation de planète ou de comète dure une heure et donne lieu à des calculs plus longs encore. Ajoutons qu'à plusieurs reprises la dernière observation d'une comète a été obtenue à Alger et dans d'autres observatoires français.
Mais les équatoriaux permettent des modes très variés d'observation, grâce à la mobilité de la lunette qui peut être dirigée à tout instant vers un point quelconque du ciel, et au mouvement d'horlogerie qui entraîne cette lunette autour de l'axe du monde et en maintient l'axe optique toujours sur le même point du ciel. Le ciel offre d'autre part, outre les planètes et les comètes, des astres particuliers intéressants : nébuleuses, amas d'étoiles, étoiles doubles et multiples, planètes principales, étoiles d'éclat variable, satellites des planètes, la Lune, le Soleil lui-même. Toutes les parties de ce vaste domaine d'observation ont été, depuis 1870, l'objet d'importants travaux et ont donné une riche moisson. A Marseille M. Stephan, au début, a catalogué environ 500 nébuleuses; à Nice, M. Javelle un millier; à Paris, M. Bigourdan en a découvert 550 et fait 6000 observations. A Paris M. Wolf a fait un catalogue de 571 étoiles des Pléiades; à Toulouse des mesures analogues ont été faites sur 32 étoiles de l'amas i 166 du Cocher. A Lyon, à Nice, à Toulouse on a fait plus de 8000 observations d'étoiles doubles. A Toulouse ont été faites plus de mille mesures des positions des satellites de Saturne; à Paris, à Alger, à Lyon, à Toulouse, plus de 4 000 des éclipses et des divers phénomènes des satellites de Jupiter : à Paris, pour les éclipses, par la méthode photométrique plus précise indiquée par Cornu. Citons encore à Lyon, à Nice, à Paris, à Toulouse près de i 100 occultations d'étoiles par la Lune; si nous ajoutons qu'à Toulouse M. Saint-Blancat, après avoir publié
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deux catalogues méridiens, a fait plus de lo ooo mesures photométriques ; qu'à Lyon, M. Luizet a fait plus de 60 000 observations de Téclat d'étoiles variables ; qu'à Lyon encore Marchand a fait un grand nombre d'obser\-ations des taches du Soleil et en a déduit des relations entre ces taches et le magnétisme terrestre ; qu'après son départ M. Guillaume a poursuivi indéfiniment la statistique des taches qu'il a examinées pendant plus de 6000 jours; qu'à Toulouse plusieurs obser\^ateurs ont fait plus de 6000 mesures précises des taches par la méthode de Carrington, qui toutes ont été discutées par M. Montaugerand ; qu'à Paris, M. Hamy a profité de son passage au service de l'équatorial coudé pour se livrer à des recherches sur les micromètres, sur la mesure des petits diamètres, sur la comparaison des positions des raies simples du spectre à des raies voisines, et a donné, pour l'étude de ces diverses questions, des procédés à la fois simples, élégants et précis, nous n'aurons, certes, pas épuisé l'ensemble dont nous avons à rendre compte.
Nous devons insister spécialement sur l'entreprise commencée par Chacornac vers 1850, à Paris et à Marseille, d'un atlas stellaire pour la région de l'écliptique. Chacornac, en 1852, publia 30 cartes. Vers 1870, P. etPr. Henry reprirent ce travail et y ajoutèrent une vingtaine de cartes. C'est en y travaillant qu'ils firent leurs quatorze découvertes de petites planètes. Mais le travail devenait de plus en plus pénible à mesure que l'on approchait de la voie lactée : l'impossibilité pour P. et Pr. Henr>'' d'achever l'atlas écliptique fut une des raisons qui les orienta vers l'application de la photographie aux recherches astronomiques : application à laquelle les avaient préparés tous leurs efibrts antérieurs. Admis à l'Observatoire de Paris au sortir de l'École primaire, doués d'aptitudes différentes et d'une persévérance rare, ils étaient devenus astronomes, photographes, opticiens, mathématiciens même, comme le prouvèrent leurs mémoires sur la réduction des clichés photographiques. Peu d'astronomes dans le monde ont rendu d'aussi grands services.
lO UN DEMI-SIÈCLE DE CIVILISATION FRANÇAISE.