GEORGES LEMOINE
Au milieu du xix* siècle, la France avait été illustrée par les découvertes de grands chimistes. Ils vivaient encore en 1871, et plusieurs étaient en plein travail. Chevreul ne devait mourir qu'en 1889, à l'âge de cent trois ans. Dumas (1800- 1884), l'un des principaux fondateurs de la chimie organique, avait une autorité incontestée, survivant à ses hautes situations officielles; elle devait se manifester, au grand honneur de la France, dans le Congrès international d'électricité de 1879. Malgré l'exiguïté des ressources des laboratoires, plusieurs foyers d'activité scientifique répandaient leur vie au dehors, rappelant, pour la chimie, ce qu'avaient été pour les beaux-arts les ateliers des peintres de la Renaissance. Nos maîtres étaient : Henri Sainte-Claire Deville (1818-1881), à l'École Normale, pour la chimie minérale; Pasteur (1822-1895), également à l'École Normale, pour la chimie des fermentations, avec toutes les merveilleuses conséquences qu'il devait en déduire ; Wûrtz (181 7-1884), à l'École de Médecine et à la Sorbonne, pour la chimie organique; Boussingault (1802- 1887), au Conservatoire des Arts et Métiers, pour la chimie agricole ; Fremy (18 14- 1894) à l'École Polytechnique et au Jardin des Plantes; Cahours (1813-1891) à l'École Polytechnique et à l'École Centrale; Berthelot (1827- 1907), depuis 1863 au Collège de
France, où il avait fait déjà plusieurs de ses plus beaux travaux.
Peu à peu, ces savants éminents ont quitté ce monde. Mais, malgré la difficulté d'apporter à leurs grandes découvertes des additions importantes, on peut dire que nos chimistes français n'ont point démérité de leurs maîtres.