CHIMIE INDUSTRIELLE
Les grandes industries chimiques ont pris depuis cinquante ans un développement considérable ; un tableau très détaillé en a été donné par M. Haller dans son remarquable rapport sur l'Exposition universelle de 1900 ^ Depuis cette époque, la production a encore augmenté. Elle a atteint en Allemagne des proportions énormes, et )' est devenue pour toutes les industries très supérieure à celle de la France et même de l'Angleterre. Beaucoup d'économistes très avertis pensent qu'il y avait une véritable surproduction qui peut avoir pour l'Allemagne de graves inconvénients, surtout en détournant la population laborieuse du travail agricole.
Mais, si la production industrielle ne s'est pas assez développée en France, les principes de beaucoup de fabrications sont dus à des Français, rarement à des Allemands.
Pour la soude, qui est l'une des plus grandes industries chimiques, le procédé le plus suivi aujourd'hui est celui de la « soude à l'ammoniaque » où le chlorure de sodium est converti en carbonate de soude par l'intermédiaire du bicarbonate d'ammoniaque, dont on s'arrange pour faire resservir l'ammoniaque indéfiniment. Ce procédé porte le nom de M. Solvay, grand industriel belge qui y a introduit des perfectionnements importants et qui a fondé un nombre considérable d'usines. Mais on ne doit pas oubHer qu'il avait été pour la première fois appliqué déjà sur une assez grande échelle par MM. Schlœsing et Rolland : les exigences maladroites du fisc les avaient forcés de s'arrêter.
De même, pour V acide sulfurique très concentré ou « oleum^ » fabriqué aujourd'hui par le « procédé de contact », c'est Kuhlmann, à Lille, qui a découvert la réaction
1 . Voir aussi dans le Bulletin de la Société d'encouragement pour 191$ les conférences sur l'état actuel des industries françaises.
Dcmi-siède civilis. franc. ,^
fondamentale : combinaison de l'acide sulfureux avec l'oxygène sous l'influence du platine. Les données de la chimie physique ont contribué à en faciliter l'application.
Le carbure de calcium, si utilisé pour l'éclairage, est une industrie française, due aux travaux de Moissan.
La fabrication des ciments remonte aux découvertes de Vicat; elle a profité des recherches de M. Le Chatelier et de son pyromètre si utile aussi en métallurgie.
La fabrication des allumettes a été rendue moins dangereuse pour les ouvriers par MM. les ingénieurs Sévère et Cahen en y remplaçant le phosphore par son sesquisulfure, découvert par M. G. Lemoine en 1864.
La fabrication de l'acier a été transformée par le procédé Martin en faisant réagir la fonte et le fer sur des fours à sole chauifés par des gazogènes, puis ajoutant une fonte manganésifère. Martin, mort récemment, était un ingénieur français. Sa découverte a pris de plus en plus d'importance depuis qu'un inventeur anglais, Thomas, a trouvé qu'avec des revêtements en dolomie, on peut l'appliquer aux fontes phosphoreuses (acier de déphosphoration). Le procédé Bessemer, dû à un Anglais, rivalise encore dans une certaine mesure avec le procédé Martin pour la fabrication de l'acier, mais son adaptation à la métallurgie du cuivre (1882) est due à un ingénieur français, M. Manhès.
U électro-chimie a pris en France de grands développements pour ses multiples applications, grâce à divers inventeurs, notamment M. Héroult. C'est un industriel français, M. Berges, qui a été le promoteur de la « houille blanche ». Les matières colorantes artificielles, dérivées de corps de la chimie organique, ont été, depuis cinquante ans en Allemagne, l'objet d'une fabrication extraordinairement développée et y ont trouvé des inventeurs de haute valeur : H^fmann, MM. Graebe et Liebermann, M. Baeyer. Mais il ne faut pas oublier la part qu'y ont eue, pour les premières découvertes, les chimistes français. La fuchsine est due à Verguin (1859). La nature de la rosaniline a été démêlée par M. Rosenstiehl. Les couleurs azoïques, si employées aujourd'hui, ont été découvertes par Roussin (1827-1894). Pour la chimie des parfums, qui transforme divers par-
fums naturels en d'autres de plus grande valeur, des remarques semblables pourraient être faites.
Les explosifs doivent être rangés dans la chimie industrielle, tant la production en est grande, surtout à l'heure actuelle. Depuis la production de la dynamite par le Suédois Nobel, a eu lieu la découverte non moins importante de la poudre sans fumée due à M. Vieille sous la direction de Sarrau. Elle repose sur le mélange en proportions convenables de deux dérivés nitrés de la cellulose, d'un degré de nitratation différent : l'un soluble dans le mélange d'alcool et d'éther; l'autre insoluble : ce mélange est une pâte colloïdale qui, en évaporant le dissolvant, donne une matière propre à prendre les formes voulues. Cette fabrication a assuré à notre artillerie une telle supériorité qu'elle a retardé l'attaque que l'Allemagne méditait contre la France. A cette découverte pratique se rattache la découverte scientifique de l'onde explosive, due à M. Vieille, avec le concours de Berthelot. Nulle part n'ont été mieux coordonnées les ressources de la chimie, de la physique et de la mécanique.
Parmi les explosifs nouveaux dus à des Français, il serait injuste de ne pas mentionner la mélinite de M. Turpin, emploi très ingénieux de l'acide picrique fondu.
Pour les mines, la poudre à l'azotate d'ammoniaque (mêlé à un explosif proprement dit) de MM. xMalIard et Le Chatelier rend de grands services, car ses effets se produisent à une température inférieure à celle des détonations du grisou.