‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 52 sur 112 · FINANCES PUBLIQUES, COMMERCE · texte numérisé non relu

FINANCES PUBLIQUES, COMMERCE

Le développement des finances publiques a suivi celui de la richesse nationale. A la veille de la guerre de 1870, le budget de la France n'atteignait pas 2 milliards ; il était aux environs de 6 milliards de francs quand éclatèrent les événements de 19 14. Le pays supportait cette charge sans fléchir- Le système d'impôts reposait sur une variété de taxes directes, de taxes indirectes, de droits de consommation. Les premières sont assises sur les signes extérieurs de la fortune, tels que l'habitation, la valeur des immeubles exploités, l'importance du personnel occupé; les secondes consistent en droits d'enregistrement et de timbre, et en une série de prélèvements fiscaux qui frappent les transactions de toute nature, les échanges de valeurs immobilières aussi bien que mobilières : ces dernières acquittent des taxes qui n'ont pas cessé d'augmenter et qui s'élèvent, dans certains cas, à un sixième du revenu.

Le crédit de la France, au cours de la période que nous envisageons, s'est fortifié dans une proportion qu'il est facile de mesurer par la comparaison du cours des fonds publics. En 1871, nous dûmes émettre un 5 p. 100 à 82,50, c'est-àdire que nous empruntions à 6 p. 100. Au commencement du XX* siècle, ce fonds avait été converti en 3 p. 100, après avoir passé par les étapes du 4,50 et du 3,50, et il était coté au-dessus du pair. Le taux auquel la nation pouvait se procurer des capitaux avait donc diminué de moitié. Aucun pays du monde, à l'exceptiob des États-Unis et de l'Angle-

terre, ne jouissait d'un crédit aussi élevé, d'une cote aussi favorable des fonds publics.

La grandeur des charges publiques n'est pas en elle-même un signe de prospérité : loin de là. Toutefois l'accroissement des dépenses relatives à l'instruction et aux œuvres scientifiques a porté son fruit en inspirant à toute la nation l'esprit du patriotisme dont elle fait preuve en ce moment. Le développement des exploitations et monopoles d'État entre aussi pour une part dans l'augmentation des budgets; enfin une dernière cause a été la législation sociale, dont il est question dans un autre chapitre. Toutes ces charges nouvelles ont été supportées grâce à la prospérité de l'agriculture et de l'industrie, grâce à la sobriété, l'économie, l'endurance du paysan, aidé par sa compagne, la ménagère française, cette femme admirable à laquelle il faut rendre hommage lorsqu'on parle des finances du pays, parce que leur solidité est en partie due à ses qualités d'ordre, de travail et de dévouement. D'autre part les salaires se sont élevés à la campagne comme à la ville dans une notable proportion et ont permis à la classe la plus nombreuse d'augmenter ses consommations, ce qui a majoré le rendement des impôts correspondants.

Les industriels ont été aussi bons administrateurs que les agriculteurs : la gestion financière des entreprises a été saine ; les sociétés ont été prudentes dans la distribution des dividendes; elles ont mis de côté des réserves qui leur ont donné une grande liberté d'action et leur ont permis de procéder à des travaux de premier établissement sans avoir à demander d'argent au dehors : ceci est peut-être une des raisons pour lesquelles l'industrie française a moins besoin des financiers que celle de certains pays étrangers. Les grandes sociétés, comme le Creusot, Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons, les Forges et Aciéries de la marine et d'Homécourt et d'autres semblables disposent par ellesmêmes du capital nécessaire au renouvellement et à l'extension de leurs installations.

Il n'existe pas de statistique du commerce intérieur, qui est très intense. On peut avoir une idée de son développement en considérant d'une part le chiffre des compensa-

tions à la Banque de France qui, par ses succursales et agences répandues sur tout le territoire, règle une partie des affaires qui se font en France, et d'autre part les recettes des chemins de fer. Le commerce extérieur n'a cessé de progresser. Le commerce général, englobant la totalité des importations et des exportations, a passé de 8 milliards de francs en 1869 à 19 milliards en 19 12. A ces deux dates, le commerce spécial, c'est-à-dire celui qui comprend seulement les importations de marchandises consommées en France et les exportations des marchandises de nationalité française, s'était élevé, de moins de 7 milliards, à près de 15 milliards, c'est-à-dire avait plus que doublé.

Commerce spécial de la France {Millions de francs).

Objets d'alimentation .

Matières premières . .

Produits manufacturés .

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