‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 54 sur 112 · TRANSPORTS ET VOIES DE COMMUNICATION · texte numérisé non relu

TRANSPORTS ET VOIES DE COMMUNICATION

La France a beaucoup fait en matière de routes, de canaux et de ports. Il y a des siècles qu'elle possède de bonnes voies de communication : les célèbres « pavés du roy » remontent à Louis XIV. Napoléon I" fut un grand bâtisseur, non seulement en France, mais aussi dans beaucoup des pays qu'il conquit et où il fit exécuter des travaux publics considérables, dont les habitants lui sont encore aujourd'hui reconnaissants. C'est ainsi que les routes qui contournent les lacs italiens du nord, celles de la Dalmatie, de l'Istrie, témoignent du soin avec lequel l'Empereur cherchait à augmenter le bien-être des nations. Les routes de France sont divisées en trois classes : nationales, départementales, communales, d'après leur importance et aussi d'après les autorités chargées de les surveiller. Elles sont bien entretenues et généralement bordées d'arbres. Le système consiste en artères qui, de Paris, aboutissent aux principales villes frontières et qui communiquent entre elles par des chemins transversaux. Après la construction des chemins de fer, beaucoup de gens s'imaginèrent que les routes seraient moins fréquentées : il n'en a rien été. Depuis le commencement du xx" siècle, leur importance s'est encore augmentée, grâce aux automobiles, qui ont pris une place croissante dans la circulation, et qui, au cours de la guerre, rendent d'immenses services pour le charroi des hommes, des vivres et des munitions.

Les premiers chemins de fer ont été construits aux environs de 1840: les principaux réseaux datent du règne de Napoléon III (185 1-1870). La longueur des lignes exploitées, qui était en 1870 de 17000 kilomètres, a passé à 51000 kilomètres en 1912; le chiffre avait donc triplé en moins d'un demi-siècle. Dans la même période, la longueur des lignes de tramways a passé de 24 à 9000 kilomètres. Le nombre des voyageurs utilisant les chemins de fer de

I02 à 511 millions; le volume des marchandises transportées, de 37 à 184 millions de tonnes; le nombre de tonnes kilométriques est aujourd'hui de 24 milliards.

Quelques-uns des trains mis en mouvement sur les lignes principales comptent parmi les plus rapides du monde : l'express Paris-Calais franchit 380 kilomètres en 3 heures et demie, ce qui représente une vitesse moyenne de plus de 100 kilomètres à l'heure. La voie est bonne et les voitures sont pourvues des perfectionnements modernes les plus complets. Le système des signaux est excellent, la proportion des accidents est plus faible sur le réseau français que sur n'importe quel autre.

La partie financière des chemins de fer a été heureusement combinée, de façon à ménager les intérêts du public et ceux du Trésor. En général les concessions ont été accordées pour 99 années ; au bout de cette période, les chemins de fer, construits par les compagnies, expk)ités par elles au cours d'un siècle, feront retour à l'État. Dans l'intervalle, le capital qu'elles se sont procuré par l'émission d'actions et d'obligations aura été remboursé, de sorte que les recettes des lignes, lorsqu'elles rentreront dans le domaine national, dans une quarantaine d'années, seront libres de toute charge ; en d'autres termes, ce qui a été recette brute deviendra recette nette.

L'État, étant ainsi une sorte d'associé des compagnies, a été amené à traiter avec elles en maintes circonstances. Au début, il leur a accordé des subventions. Plus tard, de façon à leur permettre de se procurer de l'argent à bon compte, il a garanti l'intérêt de leurs obligations : les sommes payées par le Trésor en vertu de cette garantie doivent lui être remboursées et portent intérêt en sa fiweur. Tout bénéfice réalisé par les compagnies, au delà d'un certain dividende réservé aux actionnaires, doit être consacré au remboursement de la dette ou partagé avec le Trésor. Plusieurs compagnies, avant la guerre actuelle, avaient rendu à l'État ce qu'elles lui devaient : l'une d'elles, celle du Nord, n'avait jamais eu recours à la garantie.

L'État tire de multiples avantages de ces conventions. Les transports postaux sont faits gratuitement, les militaires ne

paient que le quart du tarif. Les impôts ordinaires établis sur les immeubles et les revenus des compagnies sont perçus par le Trésor, qui encaisse ainsi, directement et indirectement, des sommes considérables. Il est possible qu'après la guerre actuelle de nouvelles conventions interviennent entre elles et l'État. De certains côtés on a émis l'idée que la meilleure politique à suivre serait d'étendre au delà du terme primitif la durée des concessions, qui expirent entre les années 1948 et i960; en échange de cette prolongation, les compagnies céderaient au gouvernement une part plus considérable de leurs bénéfices.

Peu de plaintes se font entendre au sujet des tarifs. Les compagnies ne peuvent les mettre en vigueur qu'après les avoir fait approuver par le gouvernement ; dans beaucoup de cas, elles n'exigent pas le maximum auquel elles auraient droit : ceci est la meilleure preuve qu'elles s'efforcent de ménager les intérêts du public. Le système adopté paraît avoir concilié les points de vue opposés qui, dans d'autres pays, amènent des luttes entre les transporteurs d'un côté, les agriculteurs et les industriels de l'autre.

Les chemins de fer français se sont particulièrement distingués au cours de la guerre actuelle : au moment de la mobilisation d'abord, ensuite à l'époque de la bataille de la Marne et de bien d'autres combats épiques, des centaines de milliers d'hommes, de chevaux, de canons et de munitions ont été amenés à l'heure voulue aux endroits désignés et ont ainsi contribué à la victoire. Rappelons en dernier lieu que le réseau de l'Ouest a été racheté par l'État, qui exploite environ 7 000 kilomètres de voies ferrées.

De nombreuses voies d'eau sillonnent le territoire. Sur beaucoup d'entre elles, le trafic est considérable; sur les rivières et canaux il a passé de i 558 millions de tonnes kilométriques en 1870 à 5 850 millions en 1912; la navigation de la Seine est extrêmement animée, et Paris est un des premiers ports du monde, bien qu'il soit éloigné de la mer de plusieurs centaines de kilomètres.

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