FINANCES PRIVÉES, MONNAIE ET BANQUE
La France est le pays de l'épargne; les Français ont toujours aimé accumuler les métaux précieux. Grâce à leur économie et au fait qu'ils sont créditeurs des autres nations, ils n'ont cessé d'augmenter leurs stocks d'or et d'argent. Jusque vers le milieu du xix' siècle, ces stocks consistaient principalement en monnaies d'argent; depuis les découvertes californiennes et australiennes, une partie de l'or produit dans ces deux régions a pris le chemin de Paris. On estime la quantité restée en France à 7 ou 8 milliards, dont les trois cinquièmes environ sont dans les serres de la Banque de France et le solde aux mains du public.
La Banque de France est la clé de voûte de l'édifice financier. Napoléon I" posa les bases de l'institution en 1800 et, quelques années plus tard, en fixa les statuts et règlements qui, depuis lors, n'ont jamais été modifiés dans leurs parties essentielles. Le capital est de 182 millions et demi de francs. Il a été souscrit par des particuliers, qui élisent douze administrateurs portant le nom de régents; le chef de l'État nomme le gouverneur et deux sous-gouverneurs. Le gouverneur a le droit d'opposer son veto à toute résolution des régents qu'il considérerait comme contraire à la charte de l'établissement ou à l'utilité publique. En fait, il n'y a jamais eu de conflit entre les représentants des actionnaires et ceux du gouvernement : tous ont travaillé harmonieusement, plus préoccupés de l'intérêt général que des bénéfices à réaliser.
L'objet principal de la Banque est d'escompter les traites des banquiers, industriels et négociants. Elle a le pouvoir d'émettre des billets, dont la quantité, jusqu'en 1870, était illimitée, excepté aux époques de crise, où la Banque cessait d'être obligée de les rembourser. Comme, en temps ordinaire, elle doit fournir des espèces en échange de tous ceux
qui lui sont présentés, le législateur n'avait pas cru nécessaire d'en limiter le chiffre. Le fait que chaque porteur a le droit de réclamer des pièces d'or ou d'argent en paiement de son papier a suffi pour empêcher des émissions exagérées. Passagèrement en 1848, plus longuement en 1870, les billets eurent cours forcé, et le gouvernement posa des bornes à la circulation. En dépit du fait que, depuis 1878, les billets sont redevenus remboursables en numéraire, le principe de la limitation légale a été maintenu, mais le chiffre maximum en a été élevé à maintes reprises; il est actuellement, depuis le mois de mai 191 5, de 15 milliards de francs, alors que l'encaisse métallique dépasse 5 milliards. L'importance des services que la Banque de France rend au commerce peut se traduire par un chiffre : au mois d'août 1914, lorsque la guerre a éclaté, la somme des escomptes et avances faits par la Banque de France à d'autres banques, à des commerçants et à des particuliers s'élevait à 5 milliards. A la même date, elle commença à faire des avances au Trésor, auquel elle s'est engagée successivement à prêter jusqu'à concurrence de 9 milliards de francs.
Telle est la puissance de la Banque de France qu'à diverses reprises elle est venue en aide à la Banque d'Angleterre en envoyant de l'or à Londres, de façon à arrêter une crise menaçante ; elle a pu également, en 1914 et en 1915, faire des avances à la Banque de Russie et escompter des Bons du Trésor français ayant servi à fournir des subsides aux pays alliés. On trouvera ci-dessous les chiffres princi- ' paux du bilan comparés à cinquante ans d'intervalle : ils montrent quels ont été les progrès réalisés au cours de cette période, pendant laquelle le nombre des établissements de la Banque en province, désignés du nom de succursales, bureaux auxiliaires ou villes rattachées, a passé de 55 à 584.
En temps de paix, la Banque de France donne son appui aux banques, au commerce et à l'industrie. En temps de guerre, elle ajoute à cette fonction celle de venir en aide aux finances publiques. Cette partie de ses attributions n'est pas destinée à se perpétuer : après la conclusion de la paix,
le devoir du gouvernement sera de rembourser les sommes qu'elle lui aura avancées. La merveilleuse élasticité du système d'émission de la Banque, qui s'est affirmée en maintes circonstances, lui permet d'assumer cette tâche et de la remplir pour le plus grand bien de la communauté. Son crédit ne se confond pas avec celui de l'État : elle peut d'autant mieux aider le Trésor qu'elle a une existence indépendante, et qu'elle jouit, tant à l'intérieur qu'au dehors, d'un crédit illimité.
Banque de France {Millions de francs),