LA ZOOLOGIE
Nous avons, dans ce qui précède, esquissé la part prise par les savants français à la solution des grandes questions de Biologie générale; l'Allemagne y a peu contribué, mais sa prétention est de triompher dans le détail. Nous avons, là
aussi, de quoi nous glorifier. Charles Robin, Charles Rouget ont été des premiers à s'occuper en France de la structure microscopique des tissus des animaux; ils ont eu pour successeur immédiat Georges Pouchet, mais la maîtrise a passé entre les mains de Ranvier, dont les travaux faisaient partout autorité, et de Balbiani, à qui on doit, en outre, d'importantes recherches sur les maladies des vers à soie, sur la reproduction des pucerons et sur les phylloxéras, dont diverses espèces ont été aussi étudiées par Lichtenstein, à Montpellier. La précision des recherches de Ranvier lui valut la création d'une chaire d'histologie au Collège de France; c'est là qu'il a formé de nombreux élèves embryogénistes ou histologistes. Mathias Duval, Henneguy, Prenant, ont ramené en France l'attention sur l'embryogénie des Vertébrés supérieurs. MM. R. Nageotte, Renaud, Pettit, Retterer, Laguesse, Viaud comptent parmi les meilleurs histologistes; on doit, en particulier, à M. Nageotte de belles recherches sur la structure des centres nerveux. Mais de nombreux jeunes gens se livrent avec succès à des recherches de cet ordre.
En 1870, les premiers disciples de Henri Milne Edwards ont déjà accompli leur œuvre, qui est fort belle. Après avoir étudié à la Rochelle les Termites, fait connaître l'organisation du célèbre Amphioxus, décrit celle des Mollusques nudibranches, fait connaître les innombrables Vers annelés des îles Chausey , des îles Bréhat, de Saint- Vaast-le-Hougue, etc. , Armand de Quatrefages a versé dans une science presque nouvelle, l'Anthropologie; Emile Blanchard a entrepris une oeuvre colossale, trop vite arrêtée intitulée : L'organisation du Règne animal, dans laquelle il voulait décrire et figurer tout ce qu'il aurait pu voir de l'anatomie des animaux. A ce même moment, Henri de Lacaze-Duthiers est en pleine activité, et emplit de ses mémoires les Annales des Sciences naturelles, en attendant qu'il fonde, en 1870, les Archives de Zoologie expérimentale. Ses voyages en Algérie, aux Baléares, en Corse l'ont conduit à étudier le Corail, les Gorgones et leur singulier crustacé parasite, la Laura Gerardiœ, ainsi que le Chevreulius callensis, ascidie bivalve qui fait penser à une huître ; aux Baléares, il rencontre un singulier
animal, la Bonellie, dont le corps, gros comme une noix, est surmonté d'un long cou bifurqué ; ses mâles sont presque microscopiques; puis ce sont les Thécidies, brachiopodes qui se fixent par une de leurs valves aux rochers. Rentré en France, il révèle la singulière organisation du Dentale, établit sur des bases nouvelles la Morphologie des Mollusques gastéropodes, complète, en étudiant les Anémones de mer et un madrépore, VAstroïdes calycularis, les lois du développement des Madrépores posées par H. Milne Edwards et Jules Haime. Entre temps, il entreprend une monographie, qu'il a poussée assez loin, des Ascidies des côtes de France. Il excite au travail tous les élèves qui l'entourent. Dastre, Giard, Jolyet, Yves Delage, Prouho, Schneider, Cuénot, Pruvost, Houssay, Labbé, Soulié, Boutan, Robert et moi-même lui devons d'avoir été initiés aux recherches zoologiques. Adversaire résolu de la doctrine de l'évolution, il travaillait en se laissant guider par le principe des connections de Geoffroy Saint-Hilaire.
Autour des deux Milne Edwards se groupaient Auguste Duméril, le paléontologiste Albert Gaudry, Léon Vaillant, dont les travaux sur les Vers, les Mollusques et les Poissons font autorité, Baudelot, Marion, qui étudiait la faune de la Méditerranée, Henri Filhol et, par Emile Blanchard, Ktinckel d'Herculais. C'étaient là deux écoles, en quelque sorte officielles, mais il y avait aussi des francs-tireurs comme Jourdain, Sirodot, Victor Lemoine, etc. Dans cette énumération ne sont comptés que les savants qui ont continué à consacrer leur vie à la Zoologie. On ne saurait énumérer ni les thèses de doctorats qui ont été présentées à la Faculté des Sciences, ni les mémoires spéciaux auxquels il n'a pas été donné de suite importante. On doit à Lacaze-Duthiers, dont l'activité était prodigieuse, le mouvement qui a abouti à la création des laboratoires maritimes de Roscoff (Finistère) et de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Les travaux faits dans ces laboratoires ont été en général publiés dans les Archives de Zoologie expérimentale^ dont il était le fondateur. Les travaux faits au Muséum d'histoire naturelle sont publiés dans les A?inales des Sciences naturelles, dont les fondateurs furent Audouin, Adolphe Brongniart et Dumas et
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qui datent de 1827. 'Les Nouvelles Archives du Muséum d'histoire naturelle et le Bulletin du Muséum national d'histoire naturelle publient les premières les gros mémoires, l'autre les travaux courants qui se font dans le grand établissement.
La création de l'École pratique des Hautes Études, due au ministre Duruy, contribua puissamment au développement des Sciences naturelles dans notre pays. On peut considérer comme une conséquence indirecte de cette création, la fondation de la Société de Zoologie, qui après un début pénible dut, au début, son développement à l'activité de MM. Raphaël Blanchard et de Guerne. Plus tard, en 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle du centenaire de la Révolution française, furent fondés les Congrès internationaux de Zoologie, qui jusqu'ici ont lieu tous les trois ans et qui ont tenu avec éclat leurs assises, après Paris, à Moscou, à Cambridge, à Leyde, à Boston, à Berlin, à Berne, à Graz, à Monaco. Le Comité d'organisation siège à Paris; son bureau est permanent; le premier président fut Alphonse Milne Edwards, auquel j'ai succédé. Depuis la fondation, le secrétaire général est M. Raphaël Blanchard.
Ces organisations montrent que la France a largement tenu son rôle dans les progrès de la Zoologie. Il nous reste à jeter un coup d'œil sur les travaux accomplis dans chacun des grands groupes zoologiques.
Les plus simples des organismes sont les Protozoaires qui vivent à l'état de cellule isolée. Ils n'ont été qu'un objet de curiosité, jusqu'au moment où le D' Laveran établit que le paludisme était dû à l'évolution, dans le sang, de parasites polymorphes dont la nature restait à déterminer. La découverte du D' Laveran conduisit à étudier plus complètement les organismes voisins, dont le nombre ne tarda pas à se multiplier; ils venaient se ranger à côté des Grégarines, parasites de l'intestin des insectes, découvertes par Léon Dufour et dont on doit à M. Aimé Schneider, professeur honoraire à la Faculté des sciences de Poitiers, une étude approfondie, continuée plus tard par Thélohan, au Collège de France, par Louis Léger, et qu'est venue couronner la découverte de l'Institut Pasteur par MM. Schaudinn et Siédlecki, chez beaucoup d'entre eux, d'un mode de reproduction
sexuée se superposant à la reproduction asexuée qui leur est commune à tous. MM. Caullery et Mesnil ont fait connaître diverses espèces de ces animaux, près desquels vient se ranger le parasite de la maladie des Vers à soie. L'ensemble de ces êtres minuscules constitue la classe des Sporozoaires. Les Tr}'panosomes signalés d'abord chez les grenouilles par Gruby appartiennent à la classe des Infusoires flagellifères et sont propagés, comme les parasites du paludisme, par des arthropodes piqueurs. L'attention s'est ainsi portée sur ce groupe d'animaux auquel appartiennent : les tiques qui sont des arachnides, les puces, les poux, les moustiques, les mouches buveuses de sang et même les mouches communes qui, dans leurs allées et venues, peuvent charger leur trompe et leurs pattes de germes morbides et devenir ainsi d'activés propagatrices de maladies. M. Louis Roubaud a particulièrement étudié le rôle de la Mouche tsé-tsé dans la propagation de la maladie du sommeil.
Les recherches dont les Infusoires ont été l'objet de la part de M. Maupas, bibliothécaire de la ville d'Alger, ont passionné les zoologistes. On savait que ces animaux se multiplient et se divisent suivant des règles bien établies notamment par Balbiani, mais qu'ils s'unissent par couples, à certains moments. Cette union avait été prise par Balbiani pour un accouplement; elle a une signification notablement différente, aussi la désigne-t-on sous le nom de co«jugaison. Par des expériences où la rigueur le dispute à l'ingéniosité, M. Maupas a établi que, pour des infusoires cultivés ensemble, la multiplication par division ne peut s'opérer, dans des conditions déterminées, qu'un certain nombre de fois ; après quoi les infusoires meurent, à moins qu'on n'introduise parmi eux des infusoires appartenant à une autre culture; il y a alors conjugaison et rajeunissement des infusoires conjugués qui peuvent recommencer à se diviser le même nombre de fois qu'auparavant. Si les choses se passent ainsi dans les organismes supérieurs, la période où cesse la multiplication des éléments correspond à leur vieillesse. Cette ingénieuse assimilation a été contestée, mais elle mérite d'être méditée.
Les Phytozoaires comprennent trois types : les Éponges,
les Polypes, les Bryozoaires. M. Topsent s'est fait un nom dans l'histoire des Éponges; de son côté, Gaston Vasseur a découvert un mode de reproduction par scissiparité chez une éponge calcaire : la Leucosolenia bothryoïdes.
Dans la série des Polypes, Henri Milne Edwards et Jules Haime ont les premiers mis de l'ordre. Nous avons déjà signalé les travaux de Lacaze-Duthiers sur ce sujet. Depuis, ceux de M. Charles Gravier sur les Coraux de la mer Rouge et des îles du Cap-Vert méritent d'être particulièrement cités et l'ont conduit à d'importantes découvertes sur le genre de vie de ces animaux. MM. Julien, Jolyet, de Beauchamp ont donné toute leur attention aux Bryozoaires, dont certains types accomplissent de singulières métamorphoses étudiées par M. Jules^ Barrois, qui a décrit avec soin toute l'embryogénie de ces animaux.
C'est encore à Henri Milne Edwards qu'on doit d'avoir créé la méthode de classification des Crustacés actuellement en usage. Alphonse Milne Edwards l'a continuée en décrivant toutes les espèces connues de Crabes suivant une méthode qui lui est propre. M. le professeur Eugène Bouvier, déjà cité, et M. Coutière ont fait un travail analogue pour les innombrables grands Crustacés dont les crevettes et les écrevisses sont les types vulgaires. De son côté M. Chevreux, d'Oran, se consacrait à l'étude des petits crustacés qui se rapprochent des Crevettines des ruisseaux ou Gammarus et des Talitres sauteurs ou Puces de mer; MM. Delage, Giard et J. Bonnier étudiaient les Crustacés parasites et M. Gruvel les Cirripèdes. Revenons sur terre : M. Eugène Simon s'est fait une spécialité de l'étude des araignées dont il a décrit les formes dans de précieux volumes didactiques ; il a formé un élève qui suit ses traces, M. Bertrand. MM. Mégnin et Trouessart ont montré combien étaient multiples et variées les formes des menus parasites dont la mite du fromage, le Sarcopte de la gale, le Glycyphage des pruneaux, et qu'on appelle dans le langage courant des acarus.
Que dire des Entomologistes? Ils sont légion, chacun avec sa spécialité. La Société entomologique de France, qui a pour devise Maxima in Minimis, les réunit périodique-
ment et publie leurs travaux. Leur science a été créée par un Français du Limousin, Latreille, et ils ont des collections d'une étonnante splendeur, dont plusieurs, à leur décès, sont venues s'ajouter à celles du Muséum d'histoire naturelle. Parmi leurs publications, il faut citer celles de M. Ragonot, du P. de Joannis, de MM. Oberthur, Eugène Boullet et Lecat, sur les Papillons, de M. Houlbert sur les Coléoptères de France déjà décrits par le général Dejean, Fairmaire, Laboulbène, Jacquelin du Val, Mulsant, Rey, et de M. Puthon sur les punaises, etc. Leur embryogénie et leur anatomie ont été l'objet d'études admirables de la part de MM. Henneguy, auteur d'un bel ouvrage général, les hisectes, Kiinckel d'Herculais, Vialannes, joannes Chatin, Charles Pérez, Charles Janet, et de l'infatigable Bordas, professeur à l'Université de Rennes, qui est un autre Léon Dufour.
C'est aux recherches de Pasteur sur les maladies des vers à soie que l'industrie séricicole doit sa prospérité ; elles ont inauguré et préparé celles qui l'ont conduit à renouveler la médecine. Ayant constaté que les corpuscules microsporidies, qui tuent les Vers adultes, pénètrent dans les œufs du papillon, il imagina avec Maillot la méthode de graînage qui a coupé court à l'épidémie. Les recherches de Balbiani et de Lichtenstein sur le phylloxéra ont largement contribué à limiter le fléau qui a longtemps désolé les vignobles. Jules Kiinckel d'Herculais en Algérie et en Argentine a su arrêter les ravages des criquets, dont il a fait connaître les parasites : il a publié sur ce sujet un ouvrage fondamental. Les travaux de Paul Marchai sur les chenilles de Cochylis et d'Etidentys qui ravagent la vigne sont de première importance, et c'est au laboratoire d'entomologie agricole qu'il a fondé qu'a été imaginé d'arrêter les ravages de la cochenille de l'olivier en lui opposant une coccinelle d'Australie, le Noviiis cardinalis^ qui la dévore. L'entomologie agricole est encore un domaine qu'explore avec succès M. Bordas.
Nous arrivons à un groupe moins connu, celui des Vers, qui semble au premier abord bien modeste. C'est cependant le groupe fondamental, d'où sont dérivés directement ou indirectement les quatre embranchements néothétiques du règne animal les plus importants de tous. Ils habitent la mer, où
ils forment tout un monde, les eaux douces, où ils sont de petite taille, la terre qu'ils fouissent et ce sont alors les Lombrics. L'histoire des vers marins est en grande partie française ; elle eut pour fondateur l'illustre Lelorgne de Savigny qui, en compagnie d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, accompagna Bonaparte en Egypte; elle fut étudiée par Henri Milne Edwards qui découvrit, au cours de son voyage en Sicile, les curieuses chaînes des Myrianides qui se dissocient pour former autant de vers nouveaux et qui ont été observées récemment, ainsi que d'autres formes ayant un mode de reproduction analogue, par M. Malaquin, dans le Pas-de-Calais. Armand de Quatrefages étudia, à son tour, l'anatomie des Annélides et leur consacra une magnifique monographie dans les Suites à Buffon de Roret; le baron de Saint-Joseph a repris cette étude et décrit, avec une scrupuleuse exactitude, les espèces qui habitent les côtes de France. M. Charles Gravier est allé étudier, sur les côtes de la mer Rouge, les espèces mêmes de Savigny et celles qui avaient échappé au grand naturaliste, et tout récemment M. Pierre Fauvel vient de consacrer un splendide volume in-4'' à la description de celles qui ont été recueillies au cours des croisières du prince de Monaco.
Parmi leurs organes internes il en est, les néphridies, qui se répètent régulièrement dans tous leurs segments et qui ont une telle ressemblance avec les premières ébauches des reins des Vertébrés, constituant ce qu'on appelle les corps de Wolf, qu'il est difficile d'échapper à cette conclusion que les Vers annelés sont les ancêtres lointains des Vertébrés. Nous avons dit précédemment comment on peut concevoir que ces derniers s'en sont détachés. Toutes les modifications que présentent les néphridies des Vers ont donc une importance particulière; elles ont été étudiées, sur mes indications, avec le plus grand soin, par M. Louis Fage.
On connaissait quelques cas de pénétration des Vers annelés marins dans les eaux douces; M. Charles Gravier en a ajouté un certain nombre. Ces faits permettent de penser que c'est des vers annelés marins que sont venus ceux qui habitent les eaux douces ; leur petite taille et, conformément à ce que nous avons dit précédemment des effets du chan-
gement d'habitude, leur hermaphrodisme sont d'accord avec cette manière de voir. Il m'a été possible d'étudier une de ces formes, la Dero obtusa, qui présente, sous leur manifestation la plus simple, les phénomènes de scissiparité signalés par Charles Bonnet dès le xviii" siècle chez les Nais. Ces dernières forment, en multipliant d'une façon complexe leurs anneaux, des chaînes analogues à celles qu'Henri Milne Edwards a retrouvées chez ses Myrianides. Les Dero pendant toute la belle saison s'allongent en formant constamment de nouveaux anneaux en avant d'une sorte de pavillon qui termine leur corps. Lorsque leur longueur a atteint certaines limites, vers le milieu de leur corps il se forme un pavillon terminal, en avant duquel de nombreux anneaux se développent et qui est suivi d'une tête précédant cinq segments nouveaux. Le corps se coupe entre ce pavillon et cette tête ; les deux individus séparés continuent à grandir, par leur extrémité postérieure, jusqu'à ce qu'ils se recoupent de nouveau.
En reclassant, après le bombardement du Muséum, en 1871, la collection des Vers de terre qu'il possède, j'ai pu montrer que ces animaux communs partout présentent, suivant leur provenance, une étonnante variété d'organisation qui se traduit à peine à l'extérieur, et que l'étude de leur distribution géographique est particulièrement précieuse pour déterminer les relations que des continents, aujourd'hui séparés, ont pu présenter au cours des âges.
Autour des Vers annelés viennent se grouper des types dégénérés, tels que les Sangsues, que M. Léon. Vaillant et M. Raphaël Blanchard ont particulièrement étudiées, ou les Némertes dont l'histoire a été écrite par M. Louis Joubin, tels encore que les Douves qui infestent le foie des bêtes à cornes et contre lesquelles M. Raillet a indiqué une prophylaxie, ou les Ténias, dont M. Villot a fait connaître quelques formes nouvelles (Staphylocystes des Glomeris) et dont M. Moniez a fait une étude approfondie. M. Raphaël Blanchard a fait, de son côté, une révision de ces parasites. Ils épuisent la série des animaux archithétiqucs qui ont conservé leur attitude première ; celle des animaux néothétiques qui l'ont modifiée commence avec les Étoiles de mer, les Oursins, les Holothuries dont plusieurs sortes sont cornes-
tibles, les Encrines et les Comatules ou Lis de mer peu connus du public, mais qui sont aussi remarquables par leur beauté que par leur organisation.
J'ai eu à ma disposition, avec les Étoiles de mer qui forment la belle collection du Muséum, celles qui, en 1876, constituaient la collection du British Muséum, puis celles recueillies dans des dragages du Blake et de V Albatros par Alexandre Agassiz dans la mer des Antilles, celles rapportées du cap Horn par l'expédition qui y était allée observer le passage de Vénus sur le Soleil, enfin celles si nombreuses recueillies par les dragages du Travailleur et du Talisman dans les régions abyssales. J'ai donc pu étudier l'ensemble de ces animaux, décrire un grand nombre de formes nouvelles et montrer comment, en partant des formes inférieures {Brisinga) dont les longs bras portent les traces manifestes d'une division en anneaux, rappelant celle des Vers, on pouvait passer aux formes pentagonales {Culcita^ Pentagonaster) : la parenté de ces animaux avec les vers annelés qu'indiquent leurs embryons se trouve ainsi confirmée. J'ai établi la pénétration directe de l'eau dans leur cavité générale par l'intermédiaire de la plaque madréporique.
M. Kœhler a écrit de beaux mémoires descriptifs sur les mêmes animaux, les Ophiures et les Oursins.
Les Oursins ont fait, en outre, l'objet de nombreux mémoires tels que ceux de Pomel et de Cotteau. Des erreurs avaient cours dans la science relativement à leur organisation; elle a été précisée dans un mémoire que j'ai publié dans les Archives de Zoologie expérimentale et dans un mémoire plus étendu de Prouho. Etienne Jordan, Bordas ont publié des mémoires intéressants sur l'organisation des Holothuries; la description des formes nombreuses recueillies par le Talisman a été faite par M. Remy Perrier; celles qui ont été recueillies au cours des campagnes du prince de Monaco ont été décrites par M. Hérouard. Enfin, en ce qui concerne les Comatules, j'ai publié un grand mémoire d'embryogénie et d'anatomie, où j'ai suivi pas à pas le développement de ces singuliers organismes dans lesquels un courant d'eau de mer, pénétrant dans le corps par des centaines d'entonnoirs vibratiles, coule le long des vaisseaux qui prennent
naissance autour de l'intestin comme pour lui apporter de rox3'gène et probablement des substances nutritives.
Les Mollusques constituent un second tj-pe d'organismes néothétiques. De belles études sur leur organisation dues à Lacaze-Duthiers ont renouvelé cette branche de la science ; elles ont été continuées par MM. Eugène Bouvier, Remy Perrier, Félix Bernard, Ménégaux; des résultats importants relativement au système nerveux des Nautiles sont dus à M. Charles Gravier. Au point de vue descriptif, MM. Bertin, Poirier, Lamy ont entrepris, sur les collections du Muséum, des travaux de classement et de description des espèces nouvelles qui se poursuivent. Nombre de personnes collectionnent des coquilles; elles ont un organe spécial, \q Journal de Conchyliologie, dirigé d'abord par Crosse et le D"" Paul Fischer, aujourd'hui passé entre les mains de MM. Henri Fischer et Dautzenberg. Le D' Paul Fischer a publié un Manuel de Conchyliologie, où tous les genres connus sont définis et même figurés. Bourguignat, dans un recueil spécial, a fait connaître un grand nombre d'espèces nouvelles, et l'on doit à M. Joubin la description des Poulpes et des Calmars des grandes profondeurs, sur lesquels il a découvert des projecteurs lumineux de la plus grande perfection.
On sait, d'après les travaux d'Alexandre Kovalevsky qu'on ne peut considérer les Tuniciers que comme des Vertébrés dégénérés, en raison de leur fixation au sol. Henri de Lacaze- Duthiers a décrit l'organisation des formes simples, notamment celle des Molgules, des Phallusies, des Ciona, etc. Giard a publié plusieurs mémoires sur les Ascidies composées que Pizon a ramenées à un type normal ; il a montré, en outre, comment s'ébauchaient chez elles les phénomènes qui conduisent du bourgeonnement normal à la génération alternante des Salpes.
Les travaux auxquels les Vertébrés ont donné lieu sont d'une importance particulière, ces animaux étant ceux qui frappent le plus l'attention. Après ï Histoire naturelle des Poissons de Cuvier et de Valenciennes, la voie à suivre pour leur étude était tracée. Au Muséum, les deux Duméril, Camille Dareste, Emile Sauvage, et surtout Léon Vaillant l'ont brillamment suivie, puis M. Jacques Pcllcgrin s'y est
rcsolument engagé. C'est Léon Vaillant qui a déterminé et décrit les stupéfiantes espèces rapportées par les expédition, du Travailleur et du Talisman \ Baudelot, Moreaus J. Ghainc, Henri Neuville, Legouis, P. Bujor, Huot, Guiart, Gésaire Phisalix, H. Gatois, Ghevrel, Guittcl, P. Stéphan, P. Verdun, Jacques Pellegrin se sont occupés de leur anatomie et M. Félix Henneguy a réuni sur leur embryogénie des documents du plus haut intérêt ; Sabatier a décrit leur spermatogénèse. Enfin on doit au D"" Emile Moreau une histoire naturelle des Poissons de France qui a rendu de grands services. Il existe une Société de pisciculture et de pêche, et la Société d'acclimatation a contribué, pour sa part, à faire connaître les mœurs d'un certain nombre de Poissons.
Le groupe des Batraciens bien que restreint n'en a pas moins fourni aux naturalistes français l'occasion d'intéressantes observations. Les Axolotls sont des Salamandres qui passaient pour conserver toute leur vie des organes de respiration aquatique, des branchies qui n'existent que pendant le jeune âge chez les autres Batraciens. Un jour, sans qu'on sût pourquoi, un lot d'Axolotls du Jardin des Plantes perdit ses branchies, et les individus abranch es revêtirent les caractères d'un genre de Batraciens américains bien connu, le genre Amblystome. Alors que les Batraciens ordinaires ne se reproduisent qu'après s'être dépouillés de leur branchies, les Amblystomes issus d'Axolotls se montrèrent stériles, tandis que les Axolotls, malgré leurs caractères larvaires pondaient abondamment. G'était un événement paradoxal par rapport à tout ce qu'on savait sur les Batraciens, M. Léon Vaillant a trouvé le mot de l'énigme. G'était l'assèchement de leurs aquariums qui avait fait perdre aux Axolotls leurs branchies ; ce même assèchement empêchait les Amblystomes de pondre; ils redevinrent féconds quand on mit à leur disposition une quantité d'eau suffisante. M. Bataillon a fait de nombreuses recherches sur la parthénogenèse expérimentale des œufs des Batraciens et sur leur développement, et l'on doit regarder comme fondamental
I. Voir Edmond Perrier, Les Explorations sous-marines, 1886. — H. Filhol, La Vie au fond des mers. — L. Joubin,Za Vie dans les mers.
pour l'embryogénie de ces animaux, et même pour la morphologie des Vertébrés, le travail publié par M. Frédéric Houssay sur l'embryogénie des Axolotls.
Le D' Césaire Phisalix et Mme Phisalix ont poursuivi sur les poisons dermiques des Batraciens des recherches qui embrassent le groupe entier et qui demeureront classiques. Il en est de même des grands travaux du D' Calmette, de Lille, sur les venins des serpents, contre lesquels, ainsi que le D' Césaire Phisalix, il a réussi à immuniser les animaux. Mme Phisalix a, de son côté, étudié les venins de ces reptiles, décrit les formes diverses de leur squelette céphalique et expérimenté par mégarde celui de l'unique lézard venimeux : V Heloderma horridum. MM. Guichenot, Bocourt, préparateurs au Muséum, et le D"" Mocquart, assistant, ont nommé et décrit un grand nombre de lézards et de serpents exotiques.
On pourrait croire que bien avant 1870 tout avait été dit sur l'organisation et le développement des oiseaux. Il n'en est rien. Depuis cette époque le D"" Alix a publié un travail important sur leur musculature ; le D"" Rocher a repris l'étude de leurs sacs aériens, qu'avait aussi décrits Campana en 1875 ; le D"" Mathias Duval a fait de l'embryogenèse du Poulet une histoire achevée; la structure et la pigmentation de leurs plumes ont fourni à M. Mandoul les matériaux d'un travail très complet; le P. Maumus a décrit les modifications que présente le caecum qui accompagne leur tube digestif Leur systématique a donné lieu à d'importants travaux. M. Boucard a publié une monographie des oiseaux-mouches, qui ont été également étudiés par M. Eugène Simon. De nombreuses espèces ont été décrites par MM. Alphonse Milne Edwards, Oustalet, Ménégaux, qui a fondé un recueil spécialement consacré à l'ornithologie. Il faut noter à part les belles recherches de Marey sur leur vol, qui ont conduit à l'invention du cinématographe.
En ce qui concerne les Mammifères, il y a lieu de citer en première ligne le Catalogue des Mammifères vivants et fossiles de M. le professeur Trouessart, monument d'érudition qui surpasse tout ce qui a été fait d'analogue à l'étranger. Alphonse Milne Edwards, Emile Oustalet, le
Demi-siccle civilis. franc. 19
professeur Trouessart ont décrit un grand nombre d'espèces nouvelles. La Marmotte a été l'objet d'une véritable monographie due à M. Raphaël Dubois.
On sait que des recherches anciennes de von Baër avaient conduit à rapprocher, d'après la forme de leur placenta, les divers ordres de mammifères en groupes plus étendus. Alphonse Milne Edwards a repris cette étude; établi les rapports qui existent entre le placenta des Pachydermes et celui des Lémuriens, qu'il qualiiie de Pachydermes grimpeurs, et il a montré en outre qu'en raison des formes si diverses que présente leur placenta, l'ordre des Édentés devait être considéré comme artificiel. On ne saurait insister ici sur les innombrables études anatomiques et physiologiques qui ont porté sur les mammifères actuels ; ce serait refaire l'histoire de la physiologie et de la médecine; les fossiles ont été étudiés par Lartet, Albert Gaudry, H. Filhol, Victor Lemoine, Gh. Déperet, Gaston Vasseur, Marcellin Boule. Ce que nous venons de dire suffit à montrer à quel point les savants français ont tenu leur rang parmi les zoologistes de ce temps.