I. E. Perner, Les Colonies animales, p
sur les maladies dues aux bactéries ont amené la formation autour de lui de toute une école qui continue ses recherches. Duclaux étudie le ferment butyrique qui prend part à li formation des fromages; Van Tieghem, le ferment qui décompose l'urée, et, en collaboration avec Le Monnier, les moisissures vulgaires. Raulin cultive des moisissures diverses dans un milieu qu'il crée de toutes pièces et détermine ainsi quelles sont les substances nécessaires et indispensables à la nutrition. Maxime Cornu fait d'intéressantes découvertes sur les Saprolégniées qui se développent sur les matières animales qui se décomposent dans l'eau. Une vingtaine d'années auparavant, les frères Tulasne venaient de découvrir les modes inattendus de reproduction de champignons inférieurs, soit à l'aide de cellules, immobiles et convenablement protégées, les spores, ou mobiles comme des infusoires, à l'aide d'un ou de plusieurs fouets vibratiles, les zoospores, soit à l'aide de véritables œufs résultant de l'union de deux éléments, l'un mâle, l'autre femelle. C'était une voie nouvelle qui devait être bientôt précieuse, car à ce moment de graves maladies causées par des champignons, s'abattaient sur nos plantes cultivées, menaçant de les détruire. L'oïdium, le black-rot, le mildew, le pourridié attaquaient la vigne; le Phytophthora infestans, les pommes de terre; le charbon ou la rouille, les blés; et peu de plantes potagères étaient épargnées. Maxime Cornu, Prillieux, MM. Louis Mangin, Mûntz, Gaston Bonnier, se mirent à l'étude des champignons qui les attaquaient et indiquèrent la prophylaxie à leur opposer. Prilleux faisait créer bientôt un laboratoire spécial pour l'étude des maladies des plantes causées par des champignons; ce laboratoire est en pleine activité. M. Dangeard ramenait, de son côté, à la règle, en faisant appel à une accélération embryogénique intense les gros champignons qui semblaient ne se multiplier que par spores; ils n'ont conservé qu'un simulacre de fécondation. Enfin M. Costantin fixait les règles de la culture du champignon de couche.
S'il est des champignons parasites nuisibles, il en est aussi d'utiles. M. Prillieux avait déjà constaté que, chez diverses Orchidées terrestres, parmi lesquelles les Néotties,
qui ne verdissent qu'après leur mort, une assise spéciale des tissus de la racine est toujours envahie par les filaments d'un champignon qui s'étend hors de la plante et semble aller puiser au loin, dans le sol fertile qui l'entoure, un supplément de nourriture que, faute de chlorophylle, elle ne saurait produire. Plus tard (1876), il démontrait que les petits tubercules qui se développent presque constamment sur les racines du trèfle et de beaucoup d'autres légumineuses sont dus à l'action d'une bactérie, et constituent, malgré leur constance, une véritable maladie qui est même contagieuse; mais cette maladie est, pour ainsi dire, nécessaire : elle permet à la plante de fixer de l'azote, qui vient ensuite enrichir le sol ; d'où la coutume d'alterner les cultures de trèfle et de céréales, sans laisser reposer la terre ce qui double son rendement. Berthelot, ainsi que MM. Muntz et Schlœsing ont d'ailleurs montré que cet enrichissement du sol en azote peut être également produit par des bactéries indépendantes, expliquant ainsi cet enrichissement en apparence spontané, déjà vu par Georges Ville. S'il y a des bactéries malfaisantes, il y en a donc également de bienfaisantes, ce que Duclaux avait remarqué, lorsqu'il s'occupait des phénomènes de la digestion chez les animaux. Mais dans le cas des Orchidées et des Légumineuses il y a quelque chose de plus qu'une rencontre de hasard. Il se crée • une véritable association, ce que les naturalistes appellent une symbiose. Le regretté Noël Bernard a montré depuis que les Orchidées ne peuvent germer sans le secours d'un champignon, et il considérait comme probable que tous les tubercules qui poussent sur les parties souterraines des végétaux, y compris les pommes de terre, sont provoqués par des parasites réguliers.
De telles associations ne sont pas rares. Elles sont souvent profitables aux deux conjoints, contrairement à l'opinion trop communément répandue aujourd'hui que des êtres vivants en contact les uns avec les autres sont nécessairement en conflit. Entre la lutte pour la vie et l'assistance mutuelle que se prêtent des êtres d'espèce différente, il y a tous les passages, et fréquemment les espèces entre lesquelles il pourrait se produire des conflits arrivent si bien
à s'accommoder qu'elles se modifient l'une par l'autre. C'est même là une loi d'une portée générale, la loi d'adaptation réciproque des organismes.
Parmi les plus remarquables de ces adaptations il faut compter celle qui a donné naissance aux Lichens. Ces plantes si communes, qui se développent jusque sur les rochers les plus durs et préparent leur surface à porter une véritable végétation, sont formées par un feutrage de filaments englobant des sphérules vertes, et le tout prend une forme si constante et si nettement déterminée qu'on a distingué parmi les lichens des espèces, des genres et des familles. Or le feutrage est constitué par un champignon, et les sphérules vertes sont des algues. La démonstration en a été faite presque simultanément et d'une manière indépendante par Schewendener, de Berlin, et par notre compatriote Edouard Bornet, membre de l'Académie des Sciences. En collaboration fréquente avec Thuret, ce dernier s'est fait un nom illustre par une belle étude sur la reproduction des Algues, à l'histoire de laquelle Sirodot, Sauvageau et autres ont ajouté d'intéressants chapitres.
Nous arrivons aux plantes supérieures. Longtemps on s'est borné à l'étude de leur forme extérieure et de celle des feuilles et des fleurs. Mais, à mesure que le microscope et les instruments de recherches se perfectionnaient, on a pénétré de plus en plus dans l'étude de leur structure interne et du mécanisme de leur développement. En France, postérieurement aux recherches de Duchartre, de Chatin, de Trécul, c'est surtout au travail constant, à la précision rigoureuse et à la netteté des définitions de Philippe van Tieghem que l'anatomie végétale doit ses plus grands progrès. Il a refait, pourrait-on dire, ce chapitre de la science en même temps qu'il apportait des contributions précieuses à la physiologie aussi bien des plantes inférieures que des plantes supérieures. Ses élèves ou ses disciples Le Monnier, Bonnier, Mangin, Flahault, Sauvageau, Matruchot, Daguillon, Gostantin, Leclerc du Sablon, ont continué son oeuvre immense dont on aura une idée en parcourant le magistral Traité de Botanique où il a groupé, coordonné, précisé, en près de 2 ooo pages, à peu près tout ce que l'on sait des plantes.
Nous avons déjà indiqué l'importance de l'œuvre de M. Guignard. Au point de vue de l'évolution des plantes, celle de M. Chauveaud a une importance particulière. Il y a entre la structure primaire de la racine et celle de la tige des différences considérables et dont la signification est demeurée longtemps incompréhensible. Les recherches anatomiques de M. Chauveaud montrent que la tige reproduit simplement d'emblée la structure secondaire de la racine; il s'agit donc ici d'un de ces phénomènes de tachygénèse qui ont joué un si grand rôle dans l'évolution des Plantes aussi bien que dans celle des animaux.
Les successeurs des de Jussieu au Muséum n'ont cessé de se ranger à leur tradition et de perfectionner leur œuvre : les noms d'Adolphe Brongniart, de Decaisne, de Chatin, de Duchartre, sont vénérés de tous les botanistes : avec eux ont travaillé Edouard Bureau, à qui Ton doit une monographie des Bignoniacées et de nombreuses descriptions de détail, J. Poisson, Franchet, Danguy, Jeanpert; de son côté H. Bâillon a décrit nombre de plantes exotiques et publié une importante Histoire des Plantes. Sans parler des flores élémentaires de Le Maout et Decaisne, de Gaston Bonnier, de Cosson et Germain de Saint-Pierre, de Jeanpert, les quatorze volumes de la Flore de France de Rou}»^ constituent une œuvre des plus importantes. Mais nos botanistes ne se sont pas bornés à la France. L'étendue de notre empire colonial leur a ouvert d'autres horizons. Un botaniste de talent, Pierre, avait entrepris il y a quelques années une Flore forestière de la Cochinchitie, dont un gros volume in-4° accompagné de somptueuses planches gravées a paru. Pierre est mort avant d'avoir pu achever sa Flore, qui se bornait d'ailleurs aux forêts. M. Lecomte, professeur au Muséum, a entrepris une œuvre plus modeste au point de vue de l'exécution typographique, mais plus pratique par cela même, et d'une plus vaste envergure. A la tête d'un groupe de botanistes distingués dont l'œuvre commune est condensée par M. Gagnepain, il publie une Flore de l'Indochine qui s'achève rapidement, et il n'a pas hésité, pour compléter son œuvre, à aller lui-même, en compagnie d'un autre botaniste, M. Achille Finet, explorer, en herborisant, notre
belle colonie. M. Auguste Chevalier a exploré de même nos possessions africaines et a entrepris de faire connaître les Végétaux utiles de l'Afrique tropicale^ dont s'occupent aussi M. le professeur Perrot et M. le professeur Heckel. Ce dernier est l'auteur, en outre, d'intéressantes recherches sur les variations des Solanum et l'origine de la Pomme de terre.
Dans les laboratoires du Muséum, dans ceux de nos Universités travaillent des jeunes gens qui entrent dans la carrière scientifique en publiant des thèses de doctorat qui ajoutent incessamment, aussi bien en Zoologie qu'en Botanique, à l'accroissement de notre capital scientifique. La guerre même ne les arrête pas : je viens de recevoir quatre thèses de Botanique, dont les sujets indiquent l'orientation générale de ce genre de travaux. Le 8 juin 1915, M. Chaillot, professeur au lycée et à l'École de médecine de Limoges, a soutenu une thèse intitulée Recherches biologiques, morphologiques et expérimentales sur les Labiées à stolons souterrains, et, le 21 du même mois, M. Albert Lacoste obtenait le grade de docteur pour son Etude anatomique sur les Papilionacées de Madagascar, dont Drake del Castillo, s'était déjà occupé et dont M. R. Viguier avait fait à nouveau une ample récolte. Le 3 août, M. Francis Evrard entretenait ses juges des Végétaux du Gâtinais français', le 23 décembre, Mme Thérèse Robert leur parlait du rôle du Calcium dans les plantes. On connaît enfin les travaux de Bernard Renault, Adolphe Brongniart, G. de Saporta et Marion, Grand'Eury, Zeiller, Lignier, etc., sur les plantes fossiles.
Ce rapide exposé n'a eu d'autre prétention que de faire ressortir, par quelques exemples et par le rappel de quelques noms, l'activité des naturalistes français dont, faute d'espace, nous n'avons pu citer qu'un trop petit nombre. Chez eux, la recherche et l'exacte observation des faits a toujours marché de pair avec la préoccupation de les enchaîner par des relations de cause à effet. Les Allemands se contentent, au contraire, en général, de les faire cadrer avec de prétendues lois générales, relevant de plans mystérieux de la Nature.
PAR