‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 88 sur 112 · MINERAI, FONTE, ACIER · texte numérisé non relu

MINERAI, FONTE, ACIER

Le développement des industries extractives dans le Nord et dans l'Est de la France, leur état presque stationnaire et, dans certains cas, leur décroissance dans le Centre, l'utilisation progressive de la houille blanche dans les Alpes, la découverte du procédé Thomas pour la fabrication de l'acier, tels ont été les facteurs primordiaux d'une évolution profonde pour les industries sidérurgiques de nos différentes provinces depuis un demi-siècle. Avant d'en résumer les étapes, jetons un coup d'œil sur l'ensemble de la production, à partir de l'époque où l'apparition des procédés Bessemer et Martin allait révolutionner la métallurgie et faire succéder l'âge de l'acier à l'âge du fer. Nous ne trouverons pas, dans cet examen, de tonnages comparables à ceux des États-Unis, de l'Allemagne et de l'Angleterre; mais si, en dehors de la question d'organisation économique, nous tenons compte de la situation géographique exceptionnelle de ces pays pour leur alimentation en matières premières, et de leurs ressources supérieures en main-d'œuvre, nous ne pourrons méconnaître l'importance des progrès que nous avons nous-mêmes réalisés.

En 1860, notre production de fonte était de 898000 tonnes*, dont 316 000 tonnes, soit 35 p. 100, de fonte au bois. Nous possédions 472 hauts fourneaux, dont 282 fonctionnant au bois, 77 au bois et au coke et 113 au coke^, tandis que l'Angleterre, jusque-là seule grande productrice du monde avec ses 3 827 000 tonnes, avait renoncé, depuis

1 . Les chiffres de production de fonte, de fer et d'acier sont empruntés à la Statistique de l'Industrie Minérale et en particulier aux graphiques de l'édition pour l'année 1900.

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i l'édition pour l'année 1900.

2. Le Développement Economique de la France. — L'Industrie étallurgiaue, par Th. Laurent, Directeur général des Aciéries de la arine et d'Homécourt. — Bibliothèque du Musée Social, Paris, 191a.

longtemps déjà, à l'emploi du combustible végétal. Bien que tardives, les transformations de méthodes et d'outillage s'accomplirent alors rapidement dans notre pays : les petits hauts fourneaux à faible rendement furent remplacés par un nombre moindre d'unités plus puissantes, on adopta des souffleries plus fortes et l'emploi des appareils à chauffer le vent se généralisa. En 1869, 290 hauts fourneaux, dont 199 au coke et 91 au bois, fournirent i 381 000 tonnes de fonte, dont 119 000 tonnes seulement de fonte au bois (moins de 9 p. 100)*.

Le traité de Francfort, en nous enlevant les grandes usines deNovéant, Ottange, Ars-sur-Moselle, Hayange, Moyeuvre, Styring, qui comprenaient 38 hauts fourneaux, entrava pendant quelques années l'essor de notre production de fonte; nous arrivions cependant au chiffre de 1400000 tonnes en 1879. A partir de cette date, grâce à la fabrication des fontes phosphoreuses et malgré le temps d'arrêt imposé par la crise de 1885, la progression a été satisfaisante et, en 1900, notre production totale était de 2 714000 tonnes. L'exploitation du bassin de Briey a permis ensuite une marche beaucoup plus rapide, à peine ralentie par les crises de 1901 et de 1908. En 1913- 131 hauts fourneaux, dont 129 au coke et deux au charbon de bois, donnaient 5207000 tonnes, dont 3509000 tonnes de fonte Thomas, 810000 tonnes' de fonte de moulage et 532000 tonnes de fonte d'affinage. Notre production, ainsi doublée dans les douze dernières années, était encore en voie de s'accroître à brève échéance, au moment de la guerre, du fait de la construction de nouveaux hauts fourneaux à grande capacité.

Bien qu'elle ne doive plus avoir bientôt qu'un intérêt historique, nous ne pouvons passer sous silence la fabrication du fer, qui régnait encore à peu près seule en 1860, avec une production de 532 000 tonnes. Malgré l'introduction de la fabrication de l'acier, la production passait à 904000 tonnes en 1869. Tombée à 677 000 tonnes en 1871,

1 La production de fonte au bois continua à décroître rapidement : en 188?, elle ne représentait plus, avec 51 000 tonnes, que 2,5 p. 100 de la production totale. Depuis trente ans elle est devenue négligeable.

par suite de la perte de plus de 200 fours à puddler qui se trouvaient dans les provinces annexées, elle s'est relevée a 883000 tonnes dès 1872 et est parvenue à un maximum de I 073 000 tonnes en 1882. Depuis cette époque, la substitution de plus en plus généralisée de l'acier doux au fer a provoqué une décroissance continue de la production qui n était plus que de 406000 tonnes en 1913 *.

Pour ce qui est de l'acier, nous ne fabriquions, en 1860, que 30000 tonnes de métal puddlé et d'acier au creuset. Le procédé Bessemer, dont les brevets remontent à 1855 et 1856, venait de faire son apparition dans le Périgord, en 1858' aux usines Jackson. Quatre ans plus tard, il était appliqué aux usines d'Assailly, d'Imphy et de Terrenoire. Il s'étendit rapidement et, en 1869, 16 convertisseurs de 4 à 10 tonnes fournissaient en France 52 000 tonnes d'acier \ D'autre part et c'est une des plus hautes gloires de la métallurgie française^ Pierre Martin, reprenant l'idée du procédé présenté en 1720 par Réaumur à l'Académie des Sciences, pour la fabrication de l'acier dans un bain de fonte, obtenait en 1864 son premier brevet pour la production de l'acier sur sole et, la même année, il faisait industriellement de l'acier fondu dans son usine de Sireuil. Peu de temps après, des fours étaient montés à Firminy, à Terrenoire, au Creusot et à Ghâtillon-Gommentry. Le procédé se développait parallèlement à l'étranger. En 1869, dix aciéries l'avaient essayé ou remployaient déjà en Prusse et un certain nombre de firmes l'utilisaient en Autriche et en Amérique '.

Notre production totale d'acier, en 1869, était de 1 10 000 tonnes. Elle fit plus que doubler de 1870 à 1875, passant à 256000 tonnes, et, en 1880, elle arrivait à 389000 tonnes. Les deux procédés Bessemer et Martin avaient cependant pour notre pays l'inconvénient d'exiger des fontes ne contenant pas de phosphore, et comme nos gisements de minerai les plus abondants sont phosphoreux,

I. Et encore, depuis dix ans, les statistiques confondent, sous une même rubrique, le fer et l'acier soudés.

7'if ■/''^i"^ if l'industrie du fer en 1867, par S. Jordan, Bevtw de l bxposîhon Universelle de i86-], t. IV, Paris, 1870.

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