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Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900

Deux volumes, publiés en t88ç et en i8çi, résument r histoire de notre pays deptiis ses origines jusqu'à la deuxième République. Celui qui parait aujourd' hui les complète, tout en formant 7ine œuvre à part. Le premier volume embrasse, sans compter les temps primitifs, une période de onze cent huit ans, depuis Clovis Jusqiià V avènement des Bourbons; le second cotnprend deux cent cinquante-neuf ans, jusqu'à la seconde République. Celui-ci se borne au récit des faits accomplis dans les cinquante-deux dernières années. Avec un titre nouveau, il procède d'une méthode différente.

Il est impossible d'écrire sîir les faits contemporains comme sur ceux . du passé. Lorsqu'on jette un long regard à travers les siècles, les événements se présentent, malgré de nombreuses obscurités, sous une forme arrêtée, que leur donne l'éloignement même. Si bien des détails échappent, la physionomie générale est nettement accusée par l'opinion qui a depuis longtemps prévalu, et ainsi éclairé, l'écrivain n'hésite pas. Il tient compte des découvertes nouvelles, tnais ne se laisse impressionner par aucune des considérations accidentelles qui cissiègent, lorsqu'on a vécu au milieu des faits que l'on doit raconter.

L'impartialité est le premier devoir de ! historien. Il doit écrire, comme le disait Tacite de lui-même, « sans haine et sans faveur, » mais il ne lui est pas permis de rester indifférent pour les hommes et les choses. C'est un devoir pour lui d'aimer et de louer ce qui est bon, de haïr et de flétrir ce qui est mauvais. L'essentiel, c'est qu'il ne se laisse conduire, dans ses amours et ses haines, que par la vérité, et que le parti-pris ne dirige jamais sa plume.

Dans notre époque de publicité à outrance, il est difficile de discerner la vérité, au milieu des atténuations ou des exagérations qui la dénaturent. La société dans laquelle on vit, l'éducation que l'on a reçue.

les journaux dans lesquels on va chercher des informations, et dont on subit habituellement l'influence, des motifs particuliers de satisfaction ou de dépit, pour des mesures dont on a profité ou dont on a souffert, compromettent presque toujours la rectitude de notre jugement. Il faut donc se borner, le plus souvent, à raconter, et s il est toujours possible d'émettre une opinion désintéressée sur un fait qui, en lui-même, est bon ou mauvais., il importe de ne pas le détacher des circonstances qui l'ont précédé et suivi, et qui contribuent à établir son véritable caractère.

Il faut donc, à la ferme volonté de ne dire que la vérité et de la dire tout entière, joindre une grande circonspection. Une erretir sur des faits qui reino^itent à une époque lointaine est regrettable par ellemême, mais elle n'a quune importance secondaire au point de vue pratique. Il n'en est pas de même des appréciations fausses sur les faits contemporains. En jugeant mal les hommes, les actes ei les doctrines, on risque d'exercer une infiiience funeste sur les esprits et, par conséquent, de conseiller et d'encourager une politique dont les conséquences peuvent être désastreuses pour le pays, ou de se montrer l' adversaire de celle qui, plus éclairée et plus loyale, mettrait fin aux difficultés présentes et préparerait un meilleur avenir.

De nos jours, plus que jamais, on ne parle ni on ri écrit en vain. Toute parole, toute opinion est avidement recueillie, et elle est, pour les âmes, une semence qui porte des f'uits de vie ou de mort. Les intérêts matériels nous occupent, sans doute, et sollicitent constamment notre activité, mais les idées ont une influence que l'on ne peut combattre et vaincre que par des idées contraires. Jamais elles n'ont été plus puissantes, et jamais il n'a importé, plus qu'aujourd'hui, de les soumettre à la raison et de les nourrir de vérité, afin que le corps social et les âmes n'en souffrent pas.

La religion et la politique se partagent l'attention inquiète des hommes de notre temps. Quel sera l'avenir de l'Église dans la société française, et quelle sera la destinée de notre pays ? On ne se pose cette double question que parce que le péril est grand, et que chaque jour en augmente l'intensité.

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