IV. — LA TENTATIVE DE RESTAURATION ET LES LOIS CONSTITUTIONNELLES
LA visite faite, le 5 août 1873, par M. le comte de Paris au comte de Chambord, parut devoir réaliser toutes les espérances de ceux qui croyaient l'avenir de la France attaché au rétablissement de la monarchie. Cette réconciliation, opérée au grand jour, ne permettait plus à ceux qui avaient été si longtemps ennemis, de conserver encore le souvenir de leurs divisions et de leurs animosités. Un souffle d'union courut à travers la France, et il sembla, pendant quelques jours, que la monarchie était faite. Les légitimistes s'en réjouissaient pour le triomphe de leurs idées et le salut du pays ; les orléanistes de gouvernement y voyaient la légitimation de leurs espérances dynastiques ; les autres s'y résignaient ; les républicains modérés se consolaient en pensant que les intentions libérales du prince leur donnaient les plus sérieuses garanties ; les bonapartistes étaient encore sous le coup de l'effondrement de l'Empire. Seuls, les membres de l'extrême-gauche et les révolutionnaires, théoriques ou pratiques, protestaient, et ne désespéraient pas de voir l'attente générale trompée par l'intrigue, ou frustrée par la violence.
C'est alors que des rancunes vivaces ou des ambitions coupables, peutêtre seulement des préférences imprudentes, soulevèrent la question du drapeau. Le 5 juillet 1871, le comte de Chambord avait dit, dans un manifeste daté du château qui lui avait été donné à sa naissance : « Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc de Henri IV. » Mais il s'en était expliqué d'une manière très significative lorsque, le 5 février 1857, répondant à M. le duc de Nemours après « le rétablissement des rapports politiques et de famille », il écrivait : « J'ai toujours cru et je crois toujours à l'inopportunité de régler, dès aujourd'hui et avant le moment où la Providence m'en imposerait le devoir, des questions que résoudront les. intérêts et les vœux de notre patrie. Ce n'est pas loin de la France et sans la France, qu'on peut disposer d'elle. »
Au commencement de 1873, l'évêque d'Orléans l'avait engagé à céder, en lui disant : « Dans une question de rapprochement, il y a des devoirs réciproques. » Le comte de Chambord lui répondit : « J'ai beau descendre au fond de ma conscience, je ne trouve pas un jour, une heure de:
ma vie, où mes prétendues exigences aient apporté un obstacle sérieux à une réconciliation sincère.
J> Sans prétention ni rancune contre les personnes, mon devoir était de conserver, dans son intégrité, le principe héréditaire dont j'ai la garde,