LE GÉNÉRAL DUCHESNE
reuse contre les Hovas, que les Anglais, jaloux de nos établissements, avaient soulevés et secrètement aidés contre nous. Si nous avons pu
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conserver nos droits, nous faire respecter de la caste dominante des Hovas et aimer des tribus répandues dans l'île, nous le devons à nos missionnaires, Jésuites et Pères du Saint-Esprit, et à des religieuses de différents Ordres, qui servent Dieu et la France au mépris de toutes les fatigues et de tous les dangers. Les Anglais ont combattu cette influence pacifique par des missionnaires et trafiquants, plus riches mais moins dévoués, qui nous ont créé plusieurs fois des difficultés avec le gouvernement de l'île, et ont essayé de nous supplanter.
En 1884, nous avions à lutter contre les Hovas, maîtres du pouvoir. Les Anglais leur fournissaient des armes et des munitions, ce qui n'empêcha pas l'amiral Miot de prendre possession, le 5 août, de la baie de Passandova. Nous fûmes attaqués à Aboumadirou, mais sans succès, et nos marins, aidés d'un fort détachement d'Antakares, enlevèrent une position qui nous assura le concours de plusieurs chefs. Nous étions sur les côtes, mais il était difficile de pénétrer dans l'intérieur. La protection la plus sûre des contrées situées dans le voisinage de l'équateur, c'est le climat. Salubre sur certains points, celui de Madagascar est mortel pour les Européens sur un grand nombre d'autres.
Au mois d'octobre 1894, le gouvernement hova, avec lequel nous étions, depuis plus de dix ans, dans une situation, sinon de guerre ouverte, du moins de défiance armée, refusa de répondre à Le Myre de Villers, qui demandait des satisfactions immédiates pour infraction aux traités. Les colons français, dont la sécurité n'était plus garantie, gagnèrent la côte, et notre envoyé extraordinaire quitta Tananarive, la capitale.
La Chambre vota soixante-cinq millions et l'envoi de quinze mille hommes, pour une expédition propre à obtenir des résultats définitifs, ce qui n'avait pas été possible avec un état indécis qui n'était ni la paix, ni la guerre, et avec des forces insuffisantes. La campagne fut activement menée, et dès le mois d'août 1895 le corps expéditionnaire avançait dans l'intérieur. Le 25 novembre, le ministre des affaires étrangères déclarait à la Chambre que l'occupation de Madagascar n'était pas un simple protectorat, mais ferait l'objet d'un traité définitif, assurant à la France tous les droits résultant de la conquête. Au mois de janvier suivant, le général Duchesne rentrait en France après avoir pacifié Madagascar, et l'insurrection des Sakalaves, qui s'est produite le 2 1 octobre 1897, ^'^ apporté aucun trouble dans notre colonie. Les tribus qui occupent les plateaux, comme celles des côtes, s'habituent à notre domination, plus juste que celle des Hovas.
L'occupation de Madagascar n'a soulevé aucune opposition diploma tique. L'Angleterre avait déjà reconnu nos droits le 28 juillet 1890. La colonie s'organise, grâce à l'énergie des commandants militaires, dont les mesures préventives et l'action rapide empêchent les mouvements insurrectionnels de tribus peu habituées à la soumission, ou les répriment promptement lorsque, sous des influences étrangères, ils se produisent.
Les ressources de Madagascar sont considérables. Aujourd'hui que la possession directe a remplacé le protectorat, et que la dernière reine a quitté l'île, elles pourront être utilement exploitées. Si les productions agricoles sont variées, les richesses minérales, déjà connues ou soupçonnées, promettent un dédommagement considérable pour les dépenses qu'a exigées la conquête, et que rend nécessaires l'organisation. Les houillères, dont les principales occupent tout le nord-ouest de l'île, sont, d'après des estimations peut-être exagérées, plus abondantes que celles de la France tout entière.
La capitale de Madagascar, Tananarive, bâtie sur le plateau d'Imérina au centre de l'île, a cent cinquante mille habitants, en grande partie de race hova. Tamatave sur la côte orientale, et Majunga sur la côte occidentale, se développent rapidement. La population totale est évaluée de trois à cinq millions. Les éléments divers et longtemps hostiles qui la composent se fusionneront peu à peu, grâce à la paix, aux relations commerciales et à l'influence des missionnaires, qui ont plus de peine à lutter contre les efforts politiques et religieux des sociétés bibliques anglaises que contre les superstitions du pays.
Quelques îlots rocheux, Radama, Nossi-Bé, Minow et Sainte-Marie, entourent la grande île et ont la même végétation tropicale : palmiers, cocotiers, tamariniers, baobabs, riz, café, canne à sucre, orangers, citronniers, pêchers, céréales diverses. Cette colonie est donc pleine de promesses. Il faut espérer que la mère-patrie en secondera la réalisation par le choix des fonctionnaires qu'elle y enverra, et par l'esprit de justice qu'elle leur recommandera d'apporter dans leur administration.
Au nord-ouest de Madagascar est un groupe montagneux d'îles appelées Comores. Longtemps indépendantes, elles appartiennent aujourd'hui à la France. Elles sont au nombre de quatre : Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore. Nous avons Mayotte depuis 1841. Les autres ne sont françaises que depuis 1886. Leur population est d'environ cinquante mille habitants. Mayotte a un commerce étendu et des relations anciennes.
L'île de la Réunion, autrefois Bourbon, est l'une des trois Masca-
reignes qui tirent leur nom du navigateur portugais Pedro Mascarenhas, qui les découvrit en 1545. La Réunion seule appartient aujourd'hui à la France, Maurice et Rodriguez sont à l'Angleterre. C'est une terre montagneuse, couverte en grande partie de laves et bordée d'une plage fertile. La population est de cent soixante-dix mille habitants, en grande partie français ; les Hindous, les Cafres et les Malgaches forment le reste. La capitale, Saint-Denis, qui a un évêché, contient vingt mille habitants. Le Piton des Neiges, qui s'élève à trois mille soixante-neuf mètres, est un ancien volcan qu'une plaine fertile entoure. Cette île appartient à la France depuis 1642. Occupée par les Anglais de 18 10 à 1814, elle nous fut rendue en 18 15.
Depuis 1883, la France occupe, à l'est de l'Afrique, sur la côte occidentale du golfe d'Aden, presque à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, un point de relâche et un centre de ravitaillement pour ses vaisseaux. C'est Obok, dans la baie de Tadjoura. Notre possession, qui a une étendue côtière de cent vingt kilomètres, s'étend du cap Doumaïra au cap Djibouti. Nous avons essayé de nous étendre vers l'intérieur, dans un désert où de rares averses entretiennent une maigre végétation. La surface occupée est d'environ six mille kilomètres carrés, et la population, de vingt mille habitants. La situation d'Obok est avantageuse, et son port, que des travaux récents ont considérablement amélioré, peut être appelé à rendre de grands services, s'il est suffisamment protégé.
Les colonies de la France en Afrique : Algérie, Tunisie, Sénégal et Haut-Niger, établissements du golfe de Guinée, Gabon, Congo, Madagascar et les îles voisines, Comores, Réunion, Obok, ont une superficie totale de 3.702.046 kilomètres carrés. Leur population s'élève à 20.250.306 habitants.
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