IIL — LES COLONIES D'ASIE, D'AMERIQUE ET D'OCÉANIE
LES possessions de la France en Asie sont moins étendues que celles de l'Afrique, puisqu'elles ne dépassent pas 530.508 kilomètres carrés, mais leur population, quoiqu'elle ne soit que de 18.775,000 habitants, est relativement supérieure.
La France avait poursuivi au XVI II^ siècle la création d'un empire colonial dans l'Inde, et il semblait que les efforts de Martin, de Dupleix, de Bussy et de La Bourdonnais, dussent le conquérir et nous l'assurer. Des mesures insuffisantes, des fautes militaires, l'absence d'un plan étudié, et des antagonismes regrettables, rendirent inutiles les résultats obtenus, et l'Angleterre, notre constante rivale, profita de nos erreurs et de nos échecs. Elle se substitua partout à nous, et de ces vastes possessions, que nous lui disputâmes longtemps, il ne nous reste que cinq petits territoires, pendant que, par la Compagnie des Indes, elle mettait la main sur une immense étendue de pays.
Le plus important de nos territoires est Pondichéry, qui a 291 kilomètres carrés et 145.000 habitants, presque tous Bravidiens, de langue tamoul. Il est sur la côte de Karnatic, et comprend la ville, qui est le chef-lieu des établissements de l'Inde française, son port, trois cités de peu d'importance et de nombreux villages. Le gouverneur y réside. Notre situation sur cette côte est singulière. Le territoire que nous occupons est coupé de nombreuses enclaves appartenant à l'Angleterre, et il y a plusieurs points où la domination est mixte. Il n'est donc pas permis de compter sur des agrandissements que rendrait nécessaires la sécurité du pays.
Pondichéry était, en 1683, une bourgade qui fut achetée par la France. Les Hollandais s'en emparèrent en 1693 ; ils nous la rendirent en 1697. Les Anglais la prirent pendant la guerre de Sept Ans, la restituèrent en 1763, à la paix ; et, après l'avoir encore perdue en 1793, nous la recouvrâmes en 18 15. Ces changements n'ont pas ajouté à son importance.
Karikal ou Karinkala, sur la côte de Coromandel, est un petit territoire peuplé de 20.000 habitants environ. Il produit du riz et on y fabrique des toiles peintes. Le rajah de Tondgaval nous le céda en 1 739. La ville eut un moment de grande prospérité, de 1740 à 1763. Nous la perdîmes en 1803, et elle nous fut rendue en 181 5.
Yanaon est un comptoir, au pays des Circars septentrionaux, qui nous appartient depuis 1752. Il ne dépasse pas huit kilomètres carrés, et n'a pas dix mille habitants. Nous l'avons perdu en 1797 ; il nous fut rendu en 1817. Il était de peu d'importance aux yeux des Anglais.
Mahé, sur la côte de Malabar, acquis en 1727, n'a que 9 kilomètres de rayon, et renferme trois mille habitants. Il fait un commerce considérable de poivre et de cannelle.
Chandernagor, que les indigènes appellent Fransdonga, a peu d'été n-
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due et peu d'importance. Nous l'avons depuis 1688; les Anglais, qui nous l'enlevèrent en 1793, nous le rendirent en 18 14. On y compte 25.000 habitants. Il est sur la côte de Bengale, et sa position est avantageuse ; mais le mouvement des affaires suit une autre direction.
L'Indo-Chine française se compose de quatre États : la Cochinchine, le Cambodge, l'Annam et le Tonkin.
La Cochinchine faisait partie de l'empire d'Annam. En 1787, l'empereur Gyalong, qui avait pour conseiller l'évêque d'Adran, demanda le secours de la France contre ses sujets révoltés, et, en reconnaissance, céda à Louis XVI la baie de Tourane. Les chrétiens étaient nombreux dans ses États. Les Jésuites y avaient, depuis le XVI I« siècle, des missions très prospères, et leur influence favorisa sur ce point, comme partout où ils ont été entraînés par leur zèle religieux, nos projets d'acquisition. La Révolution interrompit nos relations, mais les chrétiens restèrent fidèles, et on n'en comptait pas moins de cinq cent mille au commencement de ce siècle.
Ils furent persécutés, et la France vint à leur secours par la diplomatie. Après l'expédition que l'Empire fit en 1860 contre la Chine, il comprit de quelle importance serait, pour nos relations en Extrême-Orient, un point d'appui dans l'Indo-Chine. Il n'y parvint pas sans difficulté. Après une guerre, qui ne fut pas sans gloire pour une petite armée, l'empereur Tu-Duc, despote barbare, qui persécutait les chrétiens, fut obligé de s'engager à leur accorder la liberté du culte, et à céder à la France, dans la Basse-Cochinchine, les trois provinces de Saigon, de Bienhoa et de Mytho. Ce traité est de 1862. Cinq ans après, la France acquit sans lutte les trois provinces de Ving-Long, de Chaou-Doc et de Ha-Tien.
La Cochinchine a 60.000 kilomètres carrés, et i.Soo.ooo habitants. Elle est marécageuse et couverte de rizières. C'est une terre basse, que la chaleur et l'humidité font malsaine, mais qu'une culture patiente finira par rendre salubre et riche en productions. La capitale est Saigon, la ville européenne, où l'on compte un millier de Français, et qui, avec Cholon, la cilé indigène, a 55.000 habitants. Elle est à soixante milles de la mer, et cependant, grâce à un large et profond estuaire, les vaisseaux y remontent facilement. Son commerce, que sa situation favorise, a pris un grand développement depuis que son port a été ouvert à tous les pavillons.
Lé Cambodge a ico.ooo kilomètres carrés, et 1.500.000 habitants. Il
est situé entre le Laos, la Cochinchine, le royaume de Siam et la mer. Il se compose de plaines fertiles. Il fut autrefois le centre de remf)ire des Kmers, dont la civilisation paraît avoir été fort avancée, 'et qui a laissé, perdus au milieu des forêts, des restes de constructions gigantesques. Le protectorat français a été demandé par le roi Norodom, et notre autorité, solidement établie aujourd'hui, grâce au sentiment que nous avons inspiré de notre force, nous permettra de tirer parti des richesses de cette contrée, qu'une vigilante et ferme administration nous assimilerait rapidement.
Les Cambodgiens sont de race jaune, et descendent des anciens Kmers. Ils ont été conquis, à une époque déjà lointaine, par des populations venues de l'Inde, qui se sont mêlées à eux, et leur ont donné leur langue, leur religion, leur culture intellectuelle et leurs arts. Les monuments d'Angkor, qui ne sont pas moins remarquables par leur masse, leur hardiesse et leur nombre que par le soin de la forme, sont la preuve du développement de cette antique civilisation. Que de grandeurs du passé sont ignorées aujourd'hui !
L'Annam, ou Vietnam, avait pour bornes la mer, la Chine, l'Inde anglaise et la Birmanie, avant d'avoir perdu la Cochinchine, le Cambodge et le Tonkin. Il fut longtemps soumis à la Chine, qui lui donna sa législation, son culte, ses usages et ses mœurs ; puis il se rendit indépendant, fut démembré à la suite de révoltes, et passa par des fortunes diverses, qui lui firent perdre des terres et de l'autorité morale. Il a aujourd'hui 205.000 kilomètres carrés, et cinq millions d'habitants. Il forme une longue bande que baigne la mer, et que parcourt une chaîne de montagnes rapprochées du rivage. Les plateaux du versant occidental sont très salubres. Les hautes montagnes du nord renferment des tribus indépendantes qui se mêlent peu avec le reste de la population, à moins que ce ne soit pour piller. Une grande partie de ce pays, sur lequel s'étend le protectorat français, est encore inexplorée.
La capitale est Hué, qui renferme environ cinquante mille habitants. L'Annam est nécessaire à nos possessions d'Indo-Chine. Il joint la Cochinchine au Tonkin, et son long rivage peut offrir à notre commerce des marchés importants.
Le Tonkin ou Tong-King, c'est-à-dire le royaume du dehors, après avoir longtemps appartenu à la Chine, se rendit indépendant, fut gouverné par des dynasties indigènes, fit partie du royaume de Cochinchine, subit de nombreuses révolutions, et constitue aujourd'hui une riche pro-
vince de notre empire colonial en Extrême-Orient. En 1873, le lieutenant Francis Garni'er, à la suite d'un voyage d'exploration dans la vallée du fleuve Bleu en Chine, comprit le parti que pourraient tirer, pour leurs relations, les provinces centrales d'un débouché par le Tonkin. Il eut l'ambition de le donner à son pays, et il y travailla, par l'opinion qu'il donna de notre générosité et de nos forces. Malheureusement, il périt dans une lutte contre les bandes qui désolent ces contrées, et le fruit de ses efforts parut perdu.
Mais le Tonkin nous était ouvert. Nous savions les avantages que nous pourrions en retirer, et nous avions à venger la mort d'un brave soldat. A défaut de ces raisons, nous aurions trouvé des prétextes qui ne manquent jamais. Quelques années après, nos marins débarquaient quelques troupes, qui s'établissaient sur le rivage, et se trouvaient immédiatement en contact avec les pirates et avec les réguliers chinois. Nous étions l'étranger, et il fallait nous chasser. C'était la guerre de tous les jours et sur tous les points. A mesure que nous avancions dans l'intérieur, la résistance était plus vive, et ceux que nous croyions avoir soumis redevenaient, à la première occasion, et lorsque nous étions éloignés, nos ennemis. La trahison de Lang-Son fut la cause de la chute du cabinet Ferry, qui poursuivait avec ardeur la conquête. Le 30 août 1884, le général Brière de Lisle remplaçait, dans son commandement, le général Millet. Les vice-rois du Yun-Nan et du Kiang-Si avaient reçu l'ordre d'envahir le Tonkin. Nous n'étions pas en état de guerre avec la Chine, mais nos vaisseaux bombardaient ses ports, et nos soldats battaient ses troupes. Cet état se continue depuis, sans déclaration, et les expéditions sont assimilées à des mesures de police pour lesquelles le gouvernement n'a pas besoin de recourir au Parlement, si ce n'est pour lui demander d'autoriser les dépenses faites. C'est ainsi que l'on viole la loi en affirmant que l'on a pour elle le plus profond respect, et que l'on enlève au peuple souverain la satisfaction de savoir ce que l'on fait en son nom.
Pendant que nos troupes étaient occupées au Tonkin, les Annamites attaquèrent, le 7 janvier 1885, nos établissements, pillèrent nos stations, enlevèrent nos approvisionnements et tuèrent les gardiens. Une répression était nécessaire. On la demanda au roi, à qui le général de Courcy présenta ses lettres de créance le 2 juillet à Hué. Dans la nuit du 4, il fut attaqué par trente mille Annamites. La Légation de France fut bombardée et son escorte entourée. La situation était critique, et une catastrophe paraissait inévitable à cause de l'immense disproportion des forces.
Mais nos soldats eurent raison de cette multitude, et après un combat acharné ils la mirent en fuite. Le lendemain, le général se rendit maître de la citadelle de Hué, fit occuper le palais du roi, et prit en main le gouvernement. Le roi, qui avait ordonné ou autorisé, en secret, la trahison, était en fuite. Le 6 une proclamation du général flétrit cette lâche agression, et le 9 l'armée annamite était licenciée.
Le 14 septembre, le roi d'Annam était déposé.
Le 2 1 novembre, le gouvernement demandait à la Chambre un crédit de soixante-dix-neuf-millions, pour les expéditions de Madagascar et de l'Extrême-Orient. La Chambre, qui redoutait les aventures, et ne voyait qu'avec une vive appréhension une extension coloniale, ne la vota qu'à la majorité de quatre voix.
Le 2 février 1886, Paul Bert, que rien ne pouvait désigner pour des fonctions de cette nature, fut nommé résident général au Tonkin. Ce ne fut pas un acte isolé de la politique gouvernementale. Alors et depuis, quand on a voulu payer des services rendus, non pas au pays, mais à l'un des partis qui montent tour à tour au pouvoir, ou lorsqu'il y a eu intérêt à se débarrasser d'un compétiteur et d'un rival dangereux, on a trouvé dans les colonies, sous des noms et à des degrés divers, des fonctions qui donnaient satisfaction à la vanité, à l'ambition et à l'intérêt. Les hommes politiques reçoivent ainsi une récompense ou subissent un châtiment agréable, et les pays ainsi dotés de gouverneurs et de résidents peuvent, par hasard, se trouver bien de ces choix, où la sagesse n'est pour rien.
Le 22 février 1886, une grave insurrection désola le Tonkin. Quatrevingt-quinze villages furent incendiés, six cents chrétiens égorgés, et parmi eux plusieurs prêtres indigènes et un prêtre français. En frappant les chrétiens, les insurgés savaient qu'ils atteignaient nos meilleurs amis.
Le 9 mars, une révolte éclatait en Cochinchine, un mouvement se produisait au Sénégal, à la suite des prédications d'un Marabout, et dans les premiers jours d'avril, les massacres recommençaient dans l'Annam. Cette coïncidence est la preuve d'un accord qui, de l'Orient, s'étendait jusqu'au Sénégal, et même à la Nouvelle-Hibernie, où les indigènes de Malacoco massacrèrent les F'rançais.
La répression fut partout prompte et vigoureuse. La résistance se prolongea sur quelques points, et particulièrement dans l'Annam et au Tonkin, où des villages entiers furent détruits, et où nos postes furent partout attaqués.
Canet. 3t
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Les bandes chinoises régulières ou irrégulières étaient toujours prêtes à quelque tentative qui leur permettait de piller et de satisfaire leur haine contre l'étranger. Un véritable combat fut livré le 24 janvier 1889 à une bande chinoise considérable, qui fut battue à Cho-Moy par la colonne de Borgnis-Desbordes. Le 28 mars 1892, le fort de Dom, boulevard des rebelles dans le You-Tsé, fut emporté, et sa chute découragea les plus audacieux.
Des difficultés s'étaient élevées avec le royaume de Siam, qui s'étend à l'ouest de nos possessions, et qui subit l'influence anglaise. Le 4 avril 1893, nous avons occupé l'île de Kohne, sur le Mékong-est, que les Siamois durent évacuer. Le 3 mai, il y eut sur les bords de ce fleuve un conflit sanglant entre un détachement français et une troupe laotienne. Des indemnités furent réclamées pour ce guet-apens. Le roi de Siam paya les sommes demandées, et abandonna sur la rive gauche du Mékong une étendue considérable de terrain, qui fut jointe à nos possessions. La délimitation ne se fit pas facilement, mais aux résistances, la France répondit par la menace d'un blocus des ports. L'entente se rétablit aussitôt, et nous sommes restés les maîtres des terres cédées.
Aujourd'hui, ces contrées sont pacifiées, et si des attaques se produisent, ce sont des actes isolés, toujours à redouter dans ces immenses espaces qui abritent des tribus indépendantes, des brigands et des pirates, et pour la répression desquels il suffit de quelques soldats.
Le Tonkin a une étendue de 105.000 kilomètres carrés, et une population de dix à douze millions d'habitants. Il se divise en deux parties : une région montagneuse, couverte de forêts et presque inhabitée ; un delta formé par le fleuve Rouge, qui renferme des terres fertiles, coupées de rizières, et où se presse une population nombreuse et active.
Sa capitale est Hanoï, qui a cent mille habitants. Sa citadelle, construite d'après les règles de l'art militaire au XVI 11^ siècle, est l'œuvre d'officiers français, qui aidèrent le roi Gyalong à reconquérir son royaume. C'est sous ses murs que Francis Garnier fut tué en 1873, et Rivière, qui poursuivait la même œuvre, y succomba glorieusement en 1882.
Le Tonkin renferme, ainsi que l'Annam, de nombreux minerais. Les gisements de houille y sont très étendus, et d'une excellente qualité. Le fleuve Rouge, ou Song-Koï, est une excellente voie par où les communications sont faciles jusque dans les hautes terres. C'est par là que s'exportent les produits des mines, le thé, l'opium, et que pénètrent les produits de l'industrie européenne.
La Cochinchine, l'Annam, le Cambodge et le Tonkin, avec les terres de Siam, sont placés sous l'administration d'un gouverneur général, , d'un lieutenant-gouverneur et de trois résidents supérieurs. Ce sont des colonies d'avenir, à condition que la paix ne compromettra pas, par des imprudences, des excès de pouvoir ou l'incapacité, les fruits glorieux d'une guerre qui nous a coûté cher en argent et en hommes.
La France possède encore en Asie l'île Kerguelen, découverte en 1772 par le marin breton qui lui donna son nom. C'est une terre volcanique, dont le rivage est découpé et forme de nombreuses baies. La pêche de la baleine y attira autrefois de nombreux bateaux. Mais la baleine a disparu de ces mers, et l'île de Kerguelen, inhabitée, n'offre plus aucune ressource.
La France avait autrefois, dans l'Amérique du Nord, une vaste et belle colonie, qu'elle perdit en 1763, après la guerre de Sept Ans. Du Canada, où de 1608 à 1759 elle a envoyé de nombreux colons, et qui lui reste aussi profondément attaché que si les liens politiques existaient encore, il ne lui reste aujourd'hui que les trois îlots de Saint-Pierre, de Grande- Miquelon et de Petite-Miquelon, qui forment ensemble une superficie de 216 kilomètres carrés, et ont une population de 6.300 habitants. La ville de Saint-Pierre, dans l'île de ce nom, est le chef-lieu du groupe. Son port est bon, et sa population, de 5.560 habitants. La morue fait la richesse de cette petite colonie, qui, malgré la rigueur du climat et son peu d'étendue et de fertilité, occupe, par l'activité de ses relations commerciales, le troisième rang de nos possessions américaines. Nos pécheurs flamands, normands et bretons se trouvent constamment en contact avec les Anglais, qui se livrent comme eux à la pêche, et des difficultés surgissent fréquemment entre eux.
Nous avons dans les Antilles une île qui, avec les îlots dont elle est entourée, a 1.868 kilomètres carrés de superficie, et renferme 182.619 habitanis. C'est la Guadeloupe. Elle est formée de deux îles : la Grande- Terre et la Basse-Terre. Un étroit bras de mer, que l'on appelle rivière Salée, les sépare. La Basse-Terre est un massif montagneux qui court du nord au sud, et jette des deux côtés des ramifications nombreuses qui donnent naissance à des ruisseaux, dont les eaux grossissent rapidement à la saison des pluies. La Grande-Terre n'a que des collines qui forment de légères ondulations. Les deux îles jumelles ont chacune une ville importante : Basse-Terre, qui a dix mille habitants, et, dans la Grande-Terre, la Pointe-à-Pitre, qui en a 26.617. La première est le
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centre administratif ; la seconde a un commerce très étendu, et son port est un des plus beaux et un des plus sûrs des Antilles.
De la Guadeloupe dépendent : Marie- Galante, la Désirade, les Saintes, Saint-Barthélémy et Saint-Martin. Ces noms rappellent des souvenirs de la guerre de Sept Ans, et du secours que nous avons généreusement accordé, de 1776 à 1783, aux treize Etats lorsque, épuisés par les impôts et irrités par une administration hautaine, ils secouèrent le joug de l'Angleterre, et formèrent cette puissance qui prétend à la domination de l'Amérique, et qui, au point de vue commercial, aspire à se substituer à l'Europe, et à l'écraser par sa supériorité. Nous partageons avec la Hollande l'île de Saint-Martin, dont nous occupons les deux tiers.
On tire de la Guadeloupe du sucre, du café, du cacao, du coton, du tabac, du rhum et du tafia. La température y est très élevée. Il y a trois saisons : l'hiver, de juillet à novembre, période troublée par les vents, et pendant laquelle les cyclones font de fréquents ravages ; la saison fraîche, qui va de décembre à mars ; la saison chaude, d'avril à juillet, dont les excès ne peuvent que difficilement être supportés par les Européens.
La Guadeloupe, découverte le 4 novembre 1493 par Christophe Colomb, fut négligée par les Espagnols. La France s'y établit en 1675, et en chassa les Caraïbes, peuple brave, actif et anthropophage. Les Anglais la lui ont enlevée en 1759, en 1794, en 1810 et en 1815. Elle nous fut rendue par les traités de cette dernière année.
La Martinique, une des petites Antilles, a 9S8 kilomètres carrés et 175.735 habitants. Moins grande à peu près de moitié que la Guadeloupe, elle a une population presque égale. Elle est hérissée de hautes montagnes et de volcans éteints. Le climat est très chaud et la terre fertile, grâce aux multiples cours d'eau qui l'arrosent. La canne à sucre y donne les meilleurs résultats. Le chef-lieu est Fort-de- France, qui a 17.190 habitants, blancs, sang-mêlés et noirs. Saint-Pierre a une population plus nombreuse. Son commerce est très actif. Elle a eu à souffrir de tremblements de terre qui ont accasionné de fréquents désastres. C'est du reste le sort de la plupart des Antilles, qui semblent les débris d'un continent disparu.
Les Espagnols découvrirent la Martinique en 1493, mais ils ne s'y fixèrent pas solidement. Seuls maîtres des contrées nouvelles, îles ou continents, où ils abordaient, ils ne formaient des colonies que là où le travail n'était pas grand, et où le profit était assuré.
La France s'y établit en 1635. Les Hollandais essayèrent de la lui
enlever pendant que leur pays était envahi par les armées de Louis XIV, mais ils échouèrent. Les Anglais nous la prirent en 1762, en 1802 et en 1809. Elle est redevenue française en 181 5.
La Guyane est, par son étendue, une colonie considérable. Elle a, en effet, une superficie de 121. 143 kilomètres carrés. Mais par son climat malsain, son sol stérile et le petit nombre de ses habitants, qui était en 1886 de 26.905, elle constitue une quantité presque négligeable. La France l'occupe depuis 1604. Elle a eu, depuis 1713, des questions litigieuses à traiter pour l'attribution de terres à l'intérieur, d'abord avec le Portugal, et depuis 1808 avec le Brésil. Les intérêts qui en résulteraient pour la nation la mieux partagée, sont de peu d'importance.
La Guyane fut un lieu de déportation pour les condamnés politiques, puis pour les forçats. Elle ne reçoit plus guère aujourd'hui que des transportés arabes ou noirs. Il n'y a que peu de produits agricoles. On tire de ses forêts de beaux bois pour l'ébénisterie. Son chef-lieu est Cayenne, qu'habitent en petit nombre des blancs, presque tous fonctionnaires, des noirs, anciens esclaves, des mulâtres, des indigènes, des Asiatiques et des Arabes. La population de Cayenne est de 12.524 habitants. Son port pourrait recevoir de grands vaisseaux.
Les Anglais nous prirent la Guyane en 1654 et les Hollandais en 1676, mais ils ne purent la garder. Les Portugais, dont la famille royale venait de quitter l'Europe pour le Brésil, s'en emparèrent en 1809. Ils nous la rendirent en 1817. Ils n'y trouvaient pas plus d'avantages que dans la Guyane brésilienne, que personne ne leur disputait. La Guyane colombienne, la Guyane anglaise, la Guyane hollandaise, la Guyane française et la Guyane brésilienne, ne sont occupées que sur les côtes. On ne trouve à l'intérieur que des montagnes et des forêts. Quelques parties seraient assez fertiles et donneraient les produits de la zone tropicale, mais le climat est malsain, et les avantages que l'on pourrait en retirer ne compenseraint pas les travaux à faire et les dangers à courir.
Nous possédons, dans l'Océanie, la Nouvelle-Calédonie, qui a été découverte en 1 774 par Cook, et dont nous nous sommes emparés en 1853. Elle a 21.000 kilomètres carrés en y comprenant des dépendances, dont quelques-unes, les îles Loyauté, ne nous appartiennent que depuis 1864. Sa forme est allongée, et son sol montagneux se prête aux cultures les plus variées. On y trouve divers minerais, dont l'exploitation pourrait acquérir de la valeur, si l'île n'était devenue une colonie pénitentiaire. La presque totalité de la population est composée de trans-
portés et de libérés. On les évalue à 18.000. L'île des Pins, qui est la continuation de la Nouvelle-Calédonie, est réservée aux récidivistes. Le chef-lieu est Nouméa, dont la rade est une des plus belles de l'Océanie. Les Canaques, population primitive, dont le nombre décroît rapidement, occupent le centre de l'île ; ils sont restés anthropophages.
L'archipel de la Société forme deux groupes : les îles au Vent, qui ont 1.179 kilomètres carrés, et les îles sous le Vent, qui n'en ont que 471. L'annexion des premières, dont Tahiti est la plus considérable, date de
1880, mais elles étaient sous notre protectorat dès 1842. Les îles sous le Vent nous appartiennent depuis 1887. Tahiti a un climat excellent et une grande fertilité. Il produit le coton, la canne à sucre, et se prête aux cultures européennes. La population totale est d'environ onze mille habitants. Le chef-lieu est Papeete, dont le port, parfaitement protégé, a une étendue et une profondeur assez grandes pour offrir un abri aux vaisseaux du plus fort tonnage.
Les îles Marquises, au nombre de douze, nous appartiennent depuis 1842. Elles ont une superficie de 1.274 kilomètres carrés. La plus grande est Nouka-Hiva. Elle est montagneuse et renferme une population qui l'emporte, par sa taille et sa beauté, sur toutes les variétés de la race polynésienne. On y compte 5.250 habitants, parmi lesquels il n'y a qu'une centaine d'Européens et quelques Chinois.
Il suffira, pour compléter ce court exposé de notre extension coloniale, de citer les Touamotou, qui forment un groupe de quatre-vingts îles, dont l'étendue est de 1. 100 kilomètres carrés ; leur population est de 5.500 habitants. Le christianisme y a fait de grands progrès, ainsi qu'aux Marquises. L'annexion date de 1880.
Celle du petit archipel Gambier, qui renferme 446 habitants, est de
1881. Ils sont depuis longtemps catholiques, et l'île de Mangaréva, la plus grande du groupe, possède une église qui est le plus bel édifice religieux de l'Océanie française. C'est par la religion, plus sûrement que par les moyens auxquels les hommes politiques ont habituellement recours, que nous pouvons conserver nos acquisitions, et en tirer de sérieux avantages. Les missionnaires ont été, de tous temps et en tous pays, les pionniers de la civilisation ; et si le nom de la France est synonyme, partout, de bonté, de dévouement, de justice et de loyauté, c'est à eux que nous le devons. Il serait heureux que des administrateurs d'occasion ne détruisissent pas rapidement, par leurs fautes, ce que les religieux ont péniblement élevé par leurs sacrifices.
On peut citer encore les îles Toubouaï ou Australes, annexées en 1880 et dont deux ont été soumises à notre protectorat en 1888. Elles ont 145 kilomètres carrés et 7.000 habitants. L'île de Râpa ou Ouparo, qui a une centaine d'habitants, est protégée depuis 1844, et annexée depuis 1882. Elle a une rade excellente.
Le petit archipel Wallis, qu'occupent 3,500 indigènes, tous catholiques, a demandé lui-même en 1886 son annexion à la France. Enfin, l'île de Foutouna, rattachée administrativement à la Nouvelle-Calédonie, a 3.500 habitants et nous appartient depuis 1886.
Tel est notre empire colonial, qui comprend à peu près 3.560.620 kilomètres carrés, avec une population approximative de 33.99 1.300 habitants. Nous sommes loin de l'Angleterre pour le nombre de ces sujets lointains et la prospérité des pays qu'ils habitent. Plusieurs de ces colonies ont été chèrement achetées. L'Algérie, Madagascar et le Tonkin nous ont demandé d'immenses sacrifices. Si nous portons partout où notre autorité est reconnue, avec l'activité industrielle et commerciale qui produit la richesse, la foi qui éclaire, discipline et sauve, nous resterons fidèles à la grande mission de la France, et la prospérité du présent sera la garantie des plus belles espérances pour l'avenir.
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is siècle ne meurt pas tout entier. Héritier pour les croyances, les aspirations, les idées et les découvertes, de celui qui l'a précédé, il les transmet à celui qui suit, intégrales ou modifiées. Les changements ne se produisent que lentement, et si, comme dit Pascal ('), « toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement, » on peut, par ce qui a été, pressentir ce qui sera, et comprendre dans quelle mesure l'avenir répondra au passé.
Le XXe siècle va recevoir un héritage redoutable. Au point de vue des formes gouvernementales, l'instabilité a été constante pendant ces années où les idées, au sein même de la paix, étaient en pleine effervescence, et jusqu'à la troisième République, qui existe depuis trente ans, les autres ont à peine dépassé, deux fois, les quinze années que Tacite appelle « un grand espace de temps dans la vie mortelle ».
La guerre, qui est l'état habituel des peuples, n'a été suspendue que pendant de courts intervalles. Les traités de Lunéville en 1801, et d'Amiens en 1802, y mettent fin, mais elle continue à Saint-Domingue ; la troisième coalition est de 1805, la quatrième de 1806, la cinquième de 1809 ; la conquête de Naples et du Portugal, la guerre d'Espagne étaient alors commencées ; la campagne de Russie suivit, en 18 12, une courte période de paix, et l'Europe, armée contre nous, repoussa nos armées à travers l'Europe, envahit la France, et reçut la capitulation de Paris le 31 mars 18 14. Les Cent Jours aboutirent à Waterloo. Les traités de 1815 donnèrent une paix qui ne fut troublée qu'en 1823, par une rapide expédition en Espagne, une intervention sans grands risques en Morée, en 1827, et la prise d'Alger en 1830.
L'Algérie a été, de 1830 à 1847, un champ de bataille glorieux pour notre armée, dont les opérations n'ont pas été arrêtées par la soumission