RETOUR DE PIE IX A ROME
La Constitution qu'elle fit, et qui ne devait pas avoir une longue durée, n'était que la charte de 1830, appropriée à la forme nouvelle du gouvernement. Elle conservait le régime parlementaire, qui recevait une autorité plus souveraine par la diminution des attributions du pouvoir exécutif, et mettait entre les mains du suffrage universel les destinées de la France.
Le 3 juin, l'armée commença le siège de Rome, et après une journée de lutte, la villa Pamphili, le couvent de Saint-Pancrace, le château Cor-
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sini et la villa Valentini furent occupés. Le 4 juin, la première parallèle fut établie, sous un feu très vif, à trois cents mètres des saillants de l'enceinte. En même temps, on occupait toutes les issues, on arrêtait les convois, on rendait impossibles les secours du dehors, et on repoussait, sur tous les points, les attaques et les sorties. Le 13 juin, après une dernière sommation repoussée par les assiégés, les batteries commencèrent à ouvrir la brèche. L'assaut fut donné le 22. Nous restâmes maîtres d'une partie de l'enceinte, mais la nature du sol arrêtait les travaux, et le général avait pour Rome, et pour les monuments anciens et modernes qui font sa gloire, des ménagements qui retardaient le succès final. Toutes les attaques de l'ennemi contre nos lignes avaient' échoué, et la discorde commençait à régner dans la ville. Pendant que les uns parlaient de se rendre, les autres poussaient à une résistance obstinée. La population qui, en immense majorité, était restée fidèle au Pape, souffrait du siège et de ses nouveaux maîtres, mais la terreur la réduisait au silence, quand elle ne l'obligeait pas à s'associer à des actes qu'elle réprouvait.
Le 27 commença un violent combat d'artillerie, et le 28, le feu de l'ennemi était presque complètement éteint. L'assaut fut donné, et la valeur de nos soldats triompha des efforts de volontaires que les chefs avaient fanatisés, et qui luttèrent avec une suprême énergie. Les ouvrages emportés furent alors solidement occupés. L'ennemi découragé proposa aussitôt un armistice. Mais le général, malgré sa générosité, ne put en accepter les termes. Il ordonna l'occupation des portes de la ville et du fort Saint-Ange. Le siège nous avait coûté mille vingt-quatre tués ou blessés. Les troupes régulières ou irrégulières de Rome avaient eu dix-huit cents hommes tués et plus de trois mille blessés.
Il fallait faire disparaître les traces du gouvernement insurrectionnel. Rostolan, nommé gouverneur de Rome, prit des mesures énergiques qui ramenèrent la sécurité. Il renvoya les volontaires polonais, allemands, hongrois, lombards et piémontais qui s'étaient abattus sur Rome dès la proclamation de la République, pour défendre ce qu'ils proclamaient une cause commune, et leur départ fut, pour la population, un immense soulagement. La tâche du vainqueur devenait plus facile.
L'armée française avait accordé le respect pour les personnes avec le respect pour les monuments, et sa victoire fut de celles qui honorent les vainqueurs et ont droit aux hommages des vaincus. Ceux qui aimaient
leur pays et savaient combien lui avait toujours été favorable sa fidélité au Saint-Siège, ne pouvaient que s'en réjouir.
Le i^"" juillet, le colonel Niel alla porter au Pape, à Gaëte, les clés de Rome. Le lo, son rétablissement fut proclamé, et un Te Deum chanté à Saint-Pierre. Une commission de trois cardinaux reprit le pouvoir. Les mesures que les circonstances rendaient nécessaires parurent maladroites à l'autorité militaire, qui crut trop vite que ni les cardinaux ni le Pape n'étaient reconnaissants du service rendu. Pie IX ne se hâtait pas de se rendre à Rome. Il tenait à laisser calmer les esprits et à se rendre un compte exact des désirs du gouvernement qui le rappelait dans sa capitale. Éclairé par une expérience aussi douloureuse que loyale, il ne croyait plus aux concessions libérales, et ne pouvait se prêter à celles qu'on lui conseillait. Le président ne comprenait pas que le Pape ne pensât pas comme lui, et ne partageât pas les illusions de son esprit chimérique, qui n'avait rien répudié des actes de 1831. Il s'irritait de sa résistance, et un jour, il montra à ses ministres une lettre qu'il venait d'écrire à un de ses aides de camp, le lieutenant-colonel Edgard Ney. Il y formulait, avec une brutalité de langage que rien ne pouvait excuser, ses exigences sur l'administration des États pontificaux : Amnistie générale, sécularisation de l'administration, code Napoléon, gouvernement libéral. Il ne paraissait pas comprendre que ces conditions gâtaient le service rendu, humiliaient le Pape et compromettaient la France avec le président (18 août 1849).
L'effet de cette lettre fut déplorable à l'intérieur, à Rome et au dehors. Au point de vue religieux et au point de vue politique, c'était une faute. On essaya de l'atténuer, en disant qu'elle n'était pas destinée à la publicité, mais on ne pouvait en nier l'esprit et la portée. Il fallut longtemps et de grands efforts pour dissiper les inquiétudes qu'elle fit naître dans l'esprit de Pie IX. Corcelles obtint enfin qu'il publierait un motu pi-oprio qui donnerait satisfaction, dans une mesure aussi large que possible, aux exigences de Louis- Napoléon. Ce motu proprio fut suivi d'une amnistie qui ne parut pas suffisante, parce que l'on ne se rendait pas, en France, un compte exact de la situation des esprits en Italie, et du danger qui résulte, au milieu d'une population mobile, de la présence d'un grand nombre d'étrangers. La mesure prise par le général en chef n'avait pu être étendue à tous, et le danger n'était pas conjuré de ce côté. Il y avait donc encore des précautions à prendre, et le Pape avait fait ce qu'exigeait la clémence éclairée par la sagesse.
Le vote des crédits pour les dépenses de l'expédition réunit quatre cent soixante-dix voix contre cent soixante-cinq. C'était l'approbation du secours donné au Pape et la promesse implicite d'un appui assuré à son pouvoir. Comme la gauche rappelait sans cesse la lettre à Edgard Ney, Odilon Barrot la montra d'accord avec le motu proprio. C'était un peu hardi, mais fort d'accord avec les traditions de la stratégie parlementaire, et si les catholiques ne furent pas pleinement rassurés du côté du président, ils se montrèrent disposés à éloigner dans leur conduite, comme dans leurs paroles, toute occasion de conflit.