I. — LA PREMIERE EVOLUTION
u retour de l'empereur à Paris après le voyage d'Algérie, le Piémont avait accompli dans la Péninsule son œuvre d'iniquité, et Gaëte, seule, résistait encore, attaquée par l'armée régulière, et défendue courageusement par le roi de Naples. Le tzar, l'empereur d'Autriche et le régent de Prusse avaient eu à Varsovie de longs entretiens, dans lesquels cette situation et les conséquences qui devaient en résulter avaient été certainement examinées. L'opinion publique était inquiète, les catholiques s'éloignaient d'un pouvoir qui avait trompé leur attente, les libéraux, déconcertés pendant huit ans, revenaient à l'espérance, et les cinq du Corps législatif, sans avoir encore une influence sur les affaires, trouvaient auprès de la majorité un accueil plus favorable et presque sympathique.
Une évolution devenait nécessaire dans le système gouvernemental, et l'empereur n'hésita pas. Il s'agissait de rompre avec le passé, mais il lui en coûtait peu, dès que l'intérêt de son pouvoir l'exigeait. Il avait toujours eu des aspirations libérales mêlées de tendances socialistes. Il pouvait donc, sans rien abandonner de son système gouvernemental, se plier aux exigences de la situation, et recourir à un expédient qu'il espérait bien maintenir dans de justes bornes.
Le 25 novembre, le Moniteur publia un décret donnant au Corps
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législatif le droit de voter une adresse discutée en présence des commissaires du gouvernement, chargés de donner toutes les explications demandées sur la politique intérieure et extérieure. Un compte-rendu officiel des séances devait être adressé, tous les soirs, aux journaux. L'empereur voulait ainsi, disait-il, donner aux grands corps de l'État une participation plus directe à sa politique. A cette situation nouvelle, il fallait des hommes nouveaux. Walewski avait remplacé, Fould comme ministre d'État. Billault et Magne furent nommés ministres sans portefeuille et chargés de défendre, devant le Corps législatif, les projets de loi présentés par le gouvernement. Le ministère de l'Algérie fut supprimé, et le ministère de la maison de l'empereur reçut des attributions importantes.
C'était un changement qui paraissait en préparer et en assurer d'autres. L'empereur ne renonçait à aucun des pouvoirs qu'il s'était attribués, mais il voulait donner à l'opinion publique une apparente satisfaction. Les hommes chargés de diriger la politique nouvelle étaient personnellement dévoués à l'empereur, et on ne pouvait pas voir en eux les représentants d'un régime moins personnel, mais ils pouvaient paraître avoir la mission de ménager une transition.
Le ministère qui devait appliquer les nouvelles vues de l'empereur comprenait treize portefeuilles : Comte Walewski, ministre d'État ; Billault, Baroche et Magne chargés de défendre le gouvernement auprès du Corps législatif et du Sénat ; Rouher, agriculture, commerce et travaux publics ; maréchal Vaillant, maison de l'empereur ; Rouland, instruction publique et cultes ; Delangle, justice ; Persigny, intérieur ; maréchal Randon, guerre ; Chasseloup-Laubat, marine et colonies ; Thouvenel, affaires étrangères, Forcade de la Roquette, finances. Haussmann, qui n'avait pu faire créer en sa faveur le ministère de Paris, qu'il croyait nécessaire pour assurer l'exécution des plus vastes projets, fut autorisé à prendre part aux délibérations du conseil d'État. Un sénatus-consulte adopta ces modifications. L'empereur voulait associer à son évolution le corps qu'il avait chargé de garder la constitution.
Le discours de l'empereur à l'ouvt-rture de la session législative, le 4 février 1861, exposa les avantages de la décision impériale, et signala l'importance des concessions récemment faites. Les affaires avaient une activité extraordinaire, les entreprises se multipliaient, des usines s'ouvraient sur tous les points du territoire. La prospérité intérieure croissait de jour en jour, et malgré les réformes économiques, qui avaient dimi-
nué, dans une large proportion, les droits à l'entrée des matières premières et des produits de l'industrie, le budget était en équilibre. Pour l'extérieur, il s'en était tenu au principe de non-intervention, afin de conjurer de plus grands dangers, et, pour garantir la sécurité du Souverain Pontife, il s'était empressé d'augmenter la garnison française à