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publique, mais un certain nombre de réfugiés en Espagne, en Italie, en Suisse, en Angleterre, en Hollande, en Belgique, refusèrent de recevoir comme un bienfait de leur ennemi, cette tardive réparation d'une injustice. Louis Blanc, Victor Hugo, Schœlcher, Clément Thomas, Edgar Quinet, Charras, Félix Pyat, donnèrent, en termes plus ou moins vio-
lents, les motifs de leur refus. Ledru-Rollin, exclu de l'amnistie comme contumace, exhorta cependant les proscrits à rentrer, et Proudhon, condamné comme coupable d'outrage aux mœurs, pour un livre dépassant en violence tout ce qu'il avait publié après 1848, resta en exil, après avoir écrit que « le rédacteur du décret, par sottise ou méchanceté, avait jugé à propos de ne faire les choses qu'à moitié ».
Un prix de vingt mille francs, destiné à être distribué tous les deux ans, et attribué tour à tour dans l'ordre des lettres, des sciences et des arts, fut créé pour une œuvre ou une découverte désignée, par la majorité des suffrages des académies réunies, comme faisant honneur à l'esprit humain.
L'année 1859 se termina au milieu des appréhensions que donnait la situation de l'Italie. La paix de Zurich, qui suivit les préliminaires de Villafranca, avait créé en Italie une situation dont la politique piémontaise ne paraissait tenir compte que pour les avantages qu'elle lui assurait. On pouvait prévoir que rien n'était fini, et que ceux qui avaient tant obtenu, « iraient jusqu'au fond. »
La constitution de 1852 donnait à l'empereur le droit de faire les traités de commerce. Le 15 janvier 1860, une lettre impériale, adressée au ministre d'Etat Fould, faisait connaître le programme nouveau qui devait donner une vive impulsion à l'agriculture, à l'industrie et au commerce. Il était ainsi résumé : « Suppression des droits sur la laine et les cotons ; réduction successive sur les sucres et les cafés ; amélioration, par des mesures promptes et générales, des voies de communication ; réduction des droits sur les canaux, abaissement général des frais de transport ; prêts à l'agriculture et à l'industrie ; travaux considérables d'utilité publique ; suppression des prohibitions ; traités de commerce avec les puissances étrangères. »
C'était une révolution économique que rien n'avait préparée. Le 23 janvier, un traité de commerce pour dix ans était signé avec l'Angleterre, et le II février, le Monitetir en annonçait la ratification. Les ministres n'en eurent communication que lorsque tout fut terminé. C'était l'œuvre de Michel Chevalier, qui avait paru à l'empereur propre à remplir cette mission délicate, à cause de son esprit d'initiative et des théories qu'il avait émises avec l'école Saint-Simonienne, à laquelle il appartenait.
Michel Chevalier, racontant la conclusion des traités de commerce de 1860, qui étonnèrent tout le monde, dit qu'à son retour de Londres, où il
était allé s'assurer de l'appui de Gladstone pour le changement de la politique économique, vit l'empereur le 24 octobre. Il fut convenu que Cobden, l'apôtre du libre-échange, serait immédiatement reçu. Aucun des ministres n'était au courant de ces négociations mystérieuses auxquelles l'empereur se plaisait. On en dit quelque chose à Fould, à Rouher, à Baroche, qui en furent déconcertés, et à lord Cowley, qui en vit aussitôt toute la portée pour son pays. Walewski, dont on craignait l'opposition, ne fut prévenu que lorsqu'il était trop tard pour qu'il pût faire ses objections.
Ce changement si important ne fut pas résolu après de longues méditations et des enquêtes sérieuses. L'empereur n'avait jamais songé à ces nouveaux traités de commerce avant que Michel Chevalier et Cobden ne lui en eussent parlé. Ce fait suffit pour signaler les conséquences trop ordinaires du gouvernement personnel. S'il peut prendre tout seul des résolutions fécondes, ne peut-il pas, avec la même facilité et sans aucune précaution, compromettre les plus grands intérêts ?
L'ouverture de la session avait eu lieu au Louvre le i"^'' mars. Après avoir parlé des conseils de sagesse qu'il avait donnés au roi de Sardaigne pour sa conduite à l'égard du Saint-Siège, l'empereur déclarait assumer l'entière responsabilité des traités de commerce, et annonçait que l'important remaniement territorial qui allait se faire, nous donnait droit à une garantie indiquée par la nature elle-même. Le 24 mars, le roi de Sardaigne consentait à la réunion de la Savoie et de Nice à la France. Les populations, ne devaient subir aucune contrainte, et elles consentirent à l'annexion, la Savoie par 132.000 voix contre 133, et Nice par 26.000 contre 160. Leur entrée dans la grande patrie française fut donc volontairement acceptée, et il n'y aurait pas de conquête plus glorieuse, si elle n'eût pas été le prix d'une guerre injuste et des spoliations qui la suivirent.
Les débats sur les tarifs des laines, cotons et matières premières, s'ouvrirent le 28 avril, et donnèrent lieu à une lutte très vive. De grands intérêts étaient en jeu, et on s'étonnait qu'on en eût disposé sans consulter ceux qui en avaient la charge. L'empereur avait tout tranché d'une manière aussi absolue qu'irréfléchie. Il en fut de même pour le dégrèvement du sucre, du café, du cacao et du thé, qui donnèrent lieu à des débats animés. Ces lois furent votées par 229 voix contre 10.
Jérôme Bonaparte, ancien roi de Westphalie de 1807 à 18 13, mourut le 24 juin 1860. Il fut inhumé aux Invalides. Son action, depuis la reconstitution de l'Empire, avait été assez effacée. Il y avait gagné des honneurs.
La CTuerre, les traités de commerce et diverses lois avaient excité l'opinion publique. La compression avait été si forte, qu'elle ne pouvait être de longue durée. On commençait à désirer et à demander un nouveau régime pour la presse. On s'élevait contre les traités de commerce. On n'espérait pas obtenir des changements, mais on travaillait à les préparer, et il semblait que les circonstances devaient les amener nécessairement.
Les hommes les plus attachés au gouvernement ne se dissimulaient pas que, malgré les apparences, l'établissement n'était pas solide. On avait la force, on avait la gloire, on assurait la prospérité des affaires, mais on ne gagnait pas les cœurs, et tout était à la merci de l'imprévu.
Le budget de 1861 fut adopté à l'unanimité moins cinq voix.
L'empereur se rendit, dans les premiers jours d'août, au camp de Châlons, dont il fit les honneurs au grand-duc Guillaume de Bade, et alla visiter avec l'impératrice les trois départements cédés par Victor- Emmanuel, la Savoie, la Haute-Savoie et les Alpes-Maritimes. Son voyage se continua par l'Isère, la Drôme, Vaucluse, les Bouches-du- Rhône, la Corse et l'Algérie. Sa bonne grâce, les générosités qu'il répandait, les faveurs dont il était prodigue, lui conquéraient les populations. Il se mettait au courant des désirs et des besoins des villes, des campagnes, de l'industrie, de l'agriculture et du commerce. Il promeUait des améliorations et tâchait d'ouvrir de nouvelles sources de revenus, espérant ainsi vaincre les résistances, dompter les hostilités et acquérir des dévouements. Il était rare qu'un de ses voyages n'amenât pas quelque réforme utile. C'était de la bonne politique, et s'il y était resté constamment fidèle, s'il s'était tenu en garde contre l'esprit d'aventure et les souvenirs de son passé, peut-être aurait-il épargné à la France d'épouvantables calamités et assuré la durée de sa dynastie.
Le voyage en Algérie avait un but particulier. L'empereur voulait s'éloigner des événements qui s'accomplissaient en Italie, conformément aux plans de Cavour. Il lui semblait que cette absence dût le garantir contre une responsabilité à laquelle il s'était prêté, mais qu'il redoutait.
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Il parut, en effet pendant plusieurs jours, complètement étranger à ce qui se passait, et les ordres que l'on attendait de lui, et que l'on sollicitait, n'arrivaient pas. Mais cette abstention même était de la complicité. Aussi l'opinion publique ne s'y méprit pas. La guerre l'avait effrayée, les conséquences qu'elle amena provoquèrent une désaffection qui, chez les catholiques, ne tarda pas à devenir de l'hostilité. Alors commença pour l'Empire la seconde phase qui devait aboutir à sa chute.
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L'EMPIRE LIBÉRAL