VICTOR-EMMANUEL
avec votre gouvernement ne soient pas aussi bons que par le passé. Je vous prie cependant de dire à l'empereur François-Joseph que mes sentiments personnels ne sont nullement changés à son égard. » Ces paroles, prononcées dans une circonstance où il n'y a guère place que pour un échange de protestations courtoises, émurent profondément l'opinion publique et semblèrent un signal de guerre. Le Moniteur en atténua la portée, et les officieux ne manquèrent pas d'expliquer qu'elles
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se rapportaient à un désaccord relatif à la Serbie. On n'y crut pas. mais l'intérêt de l'Europe exigeait la paix, et toutes les puissances travaillaient à la maintenir. L'Autriche renforçait cependant son armée de Lombardie, deux divisions de l'armée de Lyon étaient prêtes à marcher, et les troupes sardes se concentraient autour d'Alexandrie. Plus on parlait de paix, moins on y croyait, et plus on se préparait à la guerre.
En même temps Cavour prétendait que, malgré ses dispositions pacifiques, les Autrichiens allaient entrer en campagne. C'est ainsi qu'il entretenait l'agitation des esprits, irritait le sentiment patriotique et rendait la guerre inévitable.
L'Angleterre proposa ses bons offices pour le maintien de la paix. Napoléon, déclarant que des réformes étaient nécessaires, les recommandait, dans leur intérêt, à tous les États italiens. Un tempérament dans la forme du gouvernement des provinces occupées par l'Autriche, lui paraissait imposé par les circonstances. Justement inquiète et préoccupée des moyens de réparer ses désastres, la Russie proposait timidement un congrès des cinq grandes puissances. Cette dernière proposition finit par être acceptée comme un moyen, sinon de conjurer le danger, du moins de l'éloigner, et la paix sembla dès lors assurée.
Cependant la Sardaigne empruntait cinquante millions, mobilisait ses gardes nationaux, appelait ses réserves et armait des volontaires. L'agitation était extrême. Les aventuriers se réunissaient et se montraient prêts à un coup de main. La Lombardie et la Vénétie étaient sillonnées par des émissaires qui poussaient à la révolte. L'Autriche inquiète se sentait impuissante. Les vieilles haines étaient partout ravivées, et elle ne voulait pas être prise au dépourvu. Pourtant elle avait promis de ne pas attaquer, mais les provocations pouvaient changer ses dispositions. Cavour courut à Paris, et dit hautement que la Sardaigne ferait la guerre en dépit du congrès, parce que son existence était compromise. L'empereur le pressa vainement de donner, par le désarmement, un gage de ses intentions pacifiques. « Nul ne croira, répondit-il, que la Sardaigne ait agi contrairement à mes intentions, et je serai accusé de déloyauté. »
L'Autriche n'en douta pas, et le 7 août, François-Joseph donna l'ordre de mobiliser l'armée d'Italie. Cependant, la Sardaigne refusant de désarmer, le comte Buol, ministre d'Autriche, proposa un désarmement général,qui n'aurait rien de blessant pour personne. Napoléon ne répondit pas d'abord, puis repoussa ce projet et le terme moyen introduit par lord Malmesbury, Ces perpétuelles incertitudes rendaient la situation
plus grave. On n'était pas sûr que ce qui avait été accordé ou résolu la veille, fût maintenu le lendemain. On ne se fiait pas aux protestations, on ne croyait pas aux promesses, et on s'attendait aux pires solutions. L'empereur, qui causait ou favorisait ces incertitudes, se trouvait gêné par les espérances qu'il avait entretenues dans l'esprit de Cavour, et peut-être par des promesses formelles de concours diplomatique ou armé. Il n'était plus maître de ses actes.
Cependant Cavour déployait une activité infatigable. Son assurance doublait sa force. S'il voulait la guerre, s'il ne négligeait rien pour la rendre inévitable, c'est qu'il était assuré de ne pas la faire seul. Charles- Albert avait été écrasé en 1849 ; il ne voulait pas s'exposer à un pareil désastre, et, par ses intrigues, il s'efforçait d'isoler l'Autriche, assuré qu'elle succomberait sous les efforts réunis de la I-'rance et du Piémont. 11 paralysait ainsi toutes les bonnes volontés et tenait en échec, par des moyens différents, la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Russie.
Le 16 avril, lord Malmesbury recevait une dépêche du comte Buol l'avertissant que, pour mettre fin à une situation intolérable, il allait sommer directement le cabinet de Turin de remettre son armée sur le pied de paix. Le duc de Malakoff, ambassadeur à Londres, s'engagea à conseiller le désarmement à la Sardaigne, si on admettait les États italiens au congrès, ce que le comte Buol avait toujours refusé. Le 18, cette demande fut adressée par l'empereur au roi de Sardaigne. Cavour répondit à cette communication qui mettait obstacle à ses projets : i Puisque la France s'unit à l'Angleterre pour demander au Piémont le désarmement préalable, le gouvernement du roi, tout en prévoyant les conséquences fâcheuses de cette mesure pour l'Italie, déclare être prêta la subir. » Personne ne crut à cette résignation, et, sans calomnier Cavour, on ne doutait pas qu'il ne fût décidé à y manquer. Les circonstances lui en fournirent le moyen.
La sommation était déjà partie au moment où le duc de Malakoff transmettait son conseil au roi de Piémont. Quoique courtoise dans la forme, elle était, au fond, très ferme. 11 était impossible de résister, disaitelle, car « le ministère avait à ménager l'opinion publique >. Personne n'ignorait combien elle avait été émue, en Autriche, par les provocations italiennes. « Nous vous avons prévenus, vous et la Prusse, disait le comte Buol à lord Loftus ; la plus extrême longanimité a son terme. Des mois se sont écoulés en propositions et en contre-propositions, qui n'ont servi qu'à démontrer la mauvaise foi de la Sardaigne. Nous sommes à
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bout ; toutes les affaires sont suspendues dans notre pays, nos finances s'épuisent ; nous ne pouvons supporter indéfiniment un état de choses si contraire à nos intérêts. »
Tout cela était vrai, et les diverses cours engagées dans ces négociations multiples qui se croisaient et se contrariaient, n'en doutaient nullement. La sommation était un acte, et elle demandait, non plus des explications et des atermoiements, mais une résolution.