‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 48 sur 132 · FRANÇOIS JOSEPH, EMPEREUR D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS JOSEPH, EMPEREUR D'AUTRICHE

Cavour avait répondu le 26 avril à la lettre du comte Buol qu'il avait reçue le 23. En rappelant incomplètement les négociations, il déclarait que la responsabilité des événements « retomberait sur ceux qui avaient armé les premiers, qui avaient refusé les propositions formulées par une grande puissance, et reconnues justes et raisonnables par les autres, et qui, maintenant, y substituaient une sommation menaçante. » Cavour était arrivé à son but, qui était de rendre la guerre inévitable, et de la faire attribuer à ceux qui la subissaient. Il entraînait ainsi la France dont, par une habileté incontestable, il dirigeait la politique, et qu'il avait

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engagée de manière à ne plus lui permettre de rester étrangère à ce qui allait suivre.

Napoléon hésitait encore. L'Autriche avait accepté la médiation de l'Angleterre, ce qui faisait entrer l'affaire dans une nouvelle phase. Le conseil réuni par Napoléon déclina cette proposition, et le manifeste suivant fut aussitôt publié : « L'Autriche, en faisant entrer son armée sur le territoire du roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi les traités, la justice, et menace nos frontières. Toutes les grandes puissances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient amener la paix, on se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine ; c'est que l'Autriche a amené les choses à cette extrémité, qu'il faut qu'elle domine jusqu'aux Alpes, ou que l'Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique. »

Ce manifeste déplaçait les responsabilités et donnait à la guerre un caractère inattendu. L'empereur y était poussé par de continuelles suggestions, auxquelles il n'avait pas assez essayé de se soustraire. Cavour avait habilement exploité ses faiblesses et ses souvenirs, rappelant des engagements anciens, signalant les dangers dont le fanatisme patriotique entourait l'empereur, et ravivant, par des faits habilement groupés et multiples, sa haine contre l'Autriche et contre le gouvernement pontifical. Il encourageait en même temps l'ambition, que n'avait pu satisfaire la guerre de Crimée, d'acquérir une gloire militaire personnelle, et l'espérance de consolider sa dynastie par l'accroissement de sa propre popularité

La décision prise, et comme pour ne laisser place à aucun retour de sagesse, il voulait agir vite, et ne pas laisser le temps de la réflexion. Il suivait en cela l'exemple de son oncle, qui avait le plus souvent surpris ses ennemis en pleine formation et s'était ainsi assuré le succès. « Il nous faut, disait-il, arriver avec la rapidité de la foudre. » Il comptait sur la bravoure des soldats, sur le prestige dont les avait entourés la guerre de Crimée, sur le perfectionnement des armes et particulièrement de l'artillerie, enfin, et par-dessus tout, sur un génie militaire auquel personne ne pouvait croire, parce que rien ne l'avait révélé, mais dont il ne doutait pas.

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lY. - LA CAMPAGNE D'ITALIE.

L'armée d'Italie fut formée le 24 avril, quatre jours après que l'empereur eut appris la sommation adressée par l'Autriche à Victor- Emmanuel. L'empereur se réservait le commandement suprême, avec le maréchal Vaillant pour major-général. Quatre corps d'armée étaient placés sous le commandement de chefs qui avaient la confiance du soldat : Baraguey d'Hilliers, Mac-Mahon, Canrobert et Niel. La garde fut confiée à Regnauld de Saint-Jean d'Angely. L'incertitude qui avait présidé aux négociations se perpétuait à la suite de l'ouverture de la campagne, et lorsqu'une direction unique et ferme était plus que jamais nécessaire. L'armée était belle et dans les meilleures dispositions, mais les services administratifs n'avaient qu'une apparence de vigilance et de régularité. Il fallait improviser ce qui, depuis longtemps, aurait dû être organisé, et la hâte ajoutait à la confusion. Les ordres se croisaient et s'annulaient, une activité admirable était dépensée en pure perte, et les premières opérations présentèrent le même spectacle.

L'armée autrichienne, qui devait toujours être en Italie sur pied de guerre, ne se trouvait pas prête, et les services divers n'étaient pas mieux pourvus. L'économie avait secondé la négligence et supprimé les responsabilités. L'organisation dont François-Joseph était l'auteur, ne fournissait que des soldats incomplètement formés, ou étrangers, à cause d'un long séjour dans leurs foyers, au service militaire. Le général Guilay, qui commandait en chef, s'en plaignait, mais inutilement, et ses régiments se composaient de cadres qu'il fallut hâtivement remplir. Il avait cinq corps d'armée, et franchit avec le troisième le Tessin à Pavie, le 29 avril. Il avait perdu deux jours. Les corps qui suivirent ne montrèrent pas plus de rapidité, et les avantages que lui aurait donnés la rencontre de l'ennemi, dont la concentration n'était pas faite, lui échappèrent. Des pluies arrêtèrent sa marche, et ses reconnaissances lui apprirent que toutes les positions étaient abandonnées, et que l'armée piémontaise, concentrant ses forces et se refusant à tout contact, se trouvait aux environs d'Alexandrie. Un peu plus de décision et d'activité aurait conduit les Autrichiens à Turin, qui n'aurait pu être défendu. La prise de la capitale du Piémont aurait eu une immense portée morale, et changé peut-être les conditions et l'issue de la campagne. Les Fran-

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çais Venaient de franchir les Alpes, arrivaient par mer à Gênes et marchaient rapidement à l'ennemi, mais il eût été facile de les rencontrer avant que la concentration fût opérée, et de les obliger à modifier leur plan.

L'empereur quitta Paris le lo mai, publia le 14 à Alexandrie une proclamation qui prouva qu'il ne se rendait pas compte de l'effet des armes de précision, ou qu'il n'hésitait pas à braver le reproche d'ignorance pour flatter l'opinion publique; il se plaisait à ces jeux. On pouvait être toujours assuré que, sous l'apparente franchise de ses paroles, se cachait quelque dessein secret. Dans d'autres cas, à l'exemple des oracles antiques, il enveloppait sa pensée d'obscurités qui laissaient à son action une entière liberté, et aux événements toute la responsabilité.

L'armée piémontaise s'élevait à cinquante deux mille hommes. Elle était séparée de l'ennemi par le Pô, fleuve large, profond, rapide et débordant fréquemment par des crues subites. Le général Guilay, qui avait cent trente mille hommes, fit une reconnaissance offensive sur la rive droite du Pô, dans la direction de Voghera. Le feld-maréchal Urban, détaché du corps de Stadion, s'était avancé vers Carteggio et avait rencontré les Français. Le général Forey repoussa l'ennemi, qui tenta vainement de reprendre ses positions, et le rejeta sur Montebello, où se trouvait Stadion. La lutte fut vive jusqu'à la nuit, et Stadion, qui s'était porté sur Carteggio, le quitta précipitamment à neuf heures, ramenant ses troupes diminuées et démoralisées. Il n'avait pas atteint son but, puisqu'il ne savait rien des positions de l'armée alliée, et s'il n'éprouva pas la défaite créée par l'imagination populaire, qui grossit démesurément en France les proportions de cette première affaire, il débutait mal, ce qui, à la guerre, est toujours une cause d'infériorité. La disproportion des forces engagées accrut encore l'importance de ce succès. Montebello donna donc ainsi deux fois son nom à une victoire des Français contre les Autrichiens (20 mai).

Le combat de Montebello avait été livré sur la rive droite du Pô, où se trouvait échelonnée l'armée française. Un mouvement général s'opéra aussitôt, et les quatre corps d'armée remontèrent le cours du fleuve. Il s'accomplit sans que l'ennemi, trompé par un rideau de troupes, pût le suivre, et les corps de Niel, de Canrobert, de Mac-Mahon et de Baraguay d'Hilliers, après avoir passé de Pô à Casale, arrivèrent à Verceil, où ils franchirent la Sésia.

L'état-major autrichien était dans la plus grande inquiétude. Incertain.

sur notre direction et sur nos projets, il hésitait et ne savait où porter ses troupes. Victor- Emmanuel les attaqua le 30 mai à Mortara et, pendant que notre armée opérait le passage de la Sésia, les battit à Palestro. La journée fut brillante, et les zouaves trouvèrent dans les Piémontais des rivaux d'entrain et de courage. Les Autrichiens avaient

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