‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 50 sur 132 · LE MARECHAL DE MAC-MAHON · texte numérisé non relu

LE MARECHAL DE MAC-MAHON

Ces conditions ne furent pas exécutées. Cavour avait donné sa démission après les préliminaires, et, du 20 au 27 août, sous la pression d'agents étrangers, les assemblées de Modène, de Parme et de Florence avaient prononcé la déchéance de leurs souverains et l'annexion au Piémont. Les Légations, soulevées par les révolutionnaires, émirent le même vote le 16 novembre. C'était le résultat inévitable des menées secrètes et des excitations publiques auxquelles se livraient les agents du

Piémont. La France pouvait les répudier, mais son souverain, par son

consentement ou ses encouragements, s'en était rendu complice. Il se trouvait lié plus qu'il ne l'aurait voulu.

Cavour revint alors au pouvoir (janvier 1860), et dans une circulaire aux agents du Piémont, établit que les derniers événements, qu'il attribuait au sentiment national, avaient prouvé l'impossibilité d'une restauration des souverains de l'Italie centrale. Napoléon s'empressa de déclarer qu'il ne s'opposait pas à ce mouvement national, mais que, pour calmer les inquiétudes que faisait naître la constitution sur ses frontières d'un État puissant, il fallait à la France les versants des Alpes, Nice et la Savoie. Cette convention avait précédé la guerre. Elle était le prix de la participation de la France à l'unification de l'Italie, et devait, dans la pensée de l'empereur, être le dédommagement des sacrifices accomplis. Elle fut acceptée par le Parlement italien, et les populations consultées se prononcèrent en immense majorité pour l'annexion à la "France. Le 13 juin, le Sénat proclama l'incorporation des trois départements de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes. L'Europe laissa accomplir ces violations des traités de 18 15, soit parce qu'elle ne pouvait les empêcher, soit parce qu'elle en prévoyait, dès lors, les conséquences, et la France eut, sur ses frontières méridionales, un État de onze millions d'habitants.

Le 10 mai 1860, Garibaldi était descendu avec ses aventuriers dans la Sicile insurgée. Cette insurrection, provoquée et soutenue, non seulement par le Piémont, mais encore par les sympathies, fréquemment manifestées, d'une grande puissance européenne, ne pouvait que servir les projets révolutionnaires contre le roi de Naples, dont le pouvoir rencontrait partout la trahison. Palerme fut emportée après un siège de trois jours, et la bataille de Milazzo livra aux aventuriers toute la Sicile (20 juillet). Garibaldi passa le détroit, entra à Naples le 7 septembre, fut proclamé dictateur, et remporta, sur les bords du Vulturne, une sanglante victoire sur une armée depuis longtemps travaillée par les sociétés secrètes. Le jeune roi François II, trahi par ses ministres, abandonné par ses soldats, s'était enfermé dans Gaëte avec . douze mille hommes. Garibaldi fit alors appel à Victor-Emmanuel, qui se rendit à Naples, laissant aux populations des Deux-Siciles le temps de voter, sous la pression des étrangers, leur réunion au Piémont (21 octobre). Gaëte, assiégée par terre et libre du côté de la mer, grâce à la flotte française, résistait énergiquement à l'armée piémontaise. Le départ de la flotte, quatre mois après, rendit la lutte impossible, et François II, dont la femme avait partagé l'héroïsme et montré un courage viril, dut capituler. Il avait, du moins, vaillamment défendu, au milieu des plus

cruelles épreuves, le trône sur lequel il venait de monter. Il se retira à Rome (13 février 1861).

Les États Pontificaux avaient été envahis le 11 septembre 1860, à la suite du refus par le Pape de dissoudre l'armée qui s'était formée, pour le protéger, sous un de nos plus brillants généraux, et que composaient des volontaires étrangers. La Hollande, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, le Canada, la France avaient envoyé de nobles cœurs pour défendre la personne et les droits du Père commun des fidèles. Lamoricière commandait cette élite, que la diplomatie révolutionnaire appelait un ramas d'aventuriers. Le Piémont les écrasa sous le nombre, le 18 septembre, à Castelfidardo. Il fut encore cette fois aidé par la trahison, et cette défaite, aussi glorieuse pour les vaincus que criminelle pour les vainqueurs, livra les États du Pape à la Révolution. Lamoricière, qui s'était enfermé dans Ancône, ne put s'y défendre et capitula le 28 septembre, terminant une glorieuse carrière militaire par un insuccès qui n'en amoindrit par l'éclat.

La France, la Russie et la Prusse protestèrent contre cette guerre injuste et cette violation du droit des gens. Les Piémontais n'en occupèrent pas moins les États de l'Église, et le 14 mars, le Parlement italien décerna à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie. A ces conséquences politiques de la guerre de 1859 pour la péninsule, ne devaient pas tarder à se joindre, pour la France, des conséquences d'une autre portée, que la sagesse aurait prévues, et que l'aveuglement de l'empereur ne lui permit pas même de soupçonner. Les fautes et les crimes ont toujours leur inévitable châtiment, et l'unité de l'Italie ne tarda pas à être suivie de l'unité de l'Allemagne.

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