LE MARÉCHAL VAILLANT
perdu plus de deux mille hommes, parmi lesquels un grand nombre de prisonniers. Ils durent céder, et le plan de l'empereur de tourner l'armée autrichienne par une marche de flanc, se trouva réalisé. Nous étions sur les bords du Tésin et nous menacions Milan.
Guilay court à la défense de la capitale de la Lombardie. Le 2 juin, l'empereur s'avance sur Mortara, jette un pont à Turbigo sur le Tésin et concentre ses troupes à Novare, pendant que Mac-Mahon
s'établit sur la rive gauche. Un détachement autrichien est mis en fuite, et on sent des deux côtés que de grands événements se préparent.
Cependant l'armée autrichienne venait d'échapper à un désastre. Si l'empereur s'était brusquement jeté, avec les forces dont il disposait, sur les trois corps concentrés à Mortara, il les aurait enveloppés, et par conséquent réduits à l'impuissance ou écrasés. Guilay résolut de livrer
GÉNÉRAL BARAGUAY DHILLIERS.
bataille, mais les échecs partiels qu'il avait déjà subis et l'infériorité de ses forces le déterminèrent à faire un mouvement en arrière. Les troupes rentrèrent dans leurs cantonnements, épuisées par les marches et peu confiantes dans l'issue de la lutte.
François-Joseph avait envoyé le feld-maréchal Zeugmeister-Hess auprès de Guilay, pour l'aider de ses conseils, fortifier ses résolutions, et le déterminer à prendre vigoureusement l'offensive. Les armées occupaient, sur les deux rives du Tésin, une grande étendue et cherchaient le point où devait s'engager la lutte. Guilay jeta ses régiments entre le
Canet
Tésin et Milan. Mac-Mahon s'était établi sur la rive gauche. L'empereur franchit la rivière à San-Martino, à quatre kilomètres de Magenta, qui était son objectif, ainsi que celui de Mac-Mahon. Arrêté par des obstacles naturels, des retranchements et des redoutes, pressé par un ennemi dont les forces s'accroissaient rapidement, il courait les plus grands risques, lorsque Canrobert et une division du général Niel vinrent à son aide. Mac-Mahon, appelé par le bruit du canon, qui lui révélait la direction et l'intensité de la lutte, se jeta en avant, après avoir repoussé les Autrichiens qui lui barraient le passage, déboucha sur le champ de bataille, emporta, après une lutte meurtrière, le village de Magenta, et à sept heures du soir la victoire était complète. L'artillerie avait joué un rôle considérable et infligé à l'ennemi des pertes énormes. Il laissait sur le champ de bataille 20.000 morts ou blessés. Nous avions perdu 4.000 hommes (4 juin).
Le 8, Napoléon et Victor-Emmanuel entraient à Milan, accueillis avec un enthousiasme dont les Italiens ont l'habitude, et par lequel ils croient payer suffisamment tous les services qu'on leur rend. Le maréchal Baraguay d'Hilliers atteignit à Marignan les Autrichiens en déroute, et, après un combat acharné de trois heures, les dispersa. L'ennemi avait perdu la ligne du Tésin et celle de l'Adda. Il avait évacué Pavie et Plaisance, il abandonna Crémone et Pizzighettone, points d'appui sur lesquels il comptait pour ses opérations.
Un cinquième corps, commandé par le prince Napoléon, n'eut à faire aucune opération militaire. Ce rôle était en rapport avec la compétence du prince, comme la mission qui lui fut donnée de provoquer les insurrections. Il n'y manqua pas. Son passage à travers la Toscane fit évacuer par les Autrichiens les duchés de Parme et de Modène et même Bologne, quoique la neutralité des États de l'Église eût été proclamée. La Romagne s'insurgea, et le caractère révolutionnaire de la guerre, jusqu'alors dissimulé, apparut au grand jour. L'empereur et le roi de Piémont, qui s'appuyaient déjà sur les idées révolutionnaires, recouraient ainsi directement au concours de ceux qui les représentaient, ou s'en servaient au profit de leur ambition. Le prince Napoléon avait été le fidèle exécuteur de leurs volontés.
Les Autrichiens abandonnèrent la Lombardie, reculant successivement derrière L'Adda, l'Oglio, la Chiese et le Mincio. Notre armée les suivait, subissant le concours plus bruyant qu'utile et honorable de Garibaldi, qui prétendait éclairer sa marche et couvrir ses flancs. Le 24 juin, elle
se trouva subitement en présence de l'ennemi qui, revenu sur ses pas, occupait les hauteurs au-delà de la Chiese, et offrait la bataille.
Le quartier général de l'empereur d'Autriche, qui avait rejoint son armée, était à Cavriana. Dès le matin, Baraguay d'Hilliers attaqua Solférino, que défendait une artillerie nombreuse et où était massée l'infanterie. Il l'emporta après plusieurs tentatives, qui montrèrent plus de valeur dans le soldat que de compétence militaire dans le général, ou d'entente entre les chefs de corps. Niel, après avoir énergiquement résisté toute la journée, put enfin, grâce au secours de Canrobert, et après de brillantes charges de cavalerie, rompre les Autrichiens.Cavriana fut emporté, et l'ennemi recula sur tous les points, au milieu d'un orage épouvantable. Notre artillerie avait eu, dans le succès de cette journée, une part importante. Sa portée avait étonné l'ennemi, fait d'affreux ravages dans ses rangs, et, en renversant toutes ses prévisions, rendu impuissante sa stratégie et inutile son courage. Le résultat matériel de la journée n'était pas décisif, car, le soir même, on se demandait des deux côtés quel était le vaincu, nul n'ayant été délogé de ses positions. Mais les pertes de l'armée autrichienne étaient grandes, l'incertitude, les fatigues, les échecs avaient profondément ébranlé sa confiance, et il eût été difficile de la ramener au combat. On fit un mouvement en arrière, et le conseil des généraux considéra la situation comme perdue. François- Joseph demanda une entrevue à Napoléon. Les deux empereurs se rencontrèrent dans une maison de Villafranca, et, le 1 1 juillet, les préliminaires de la paix furent signés. Napoléon ne la désirait pas moins que le vaincu de Solférino. Il avait devant lui le quadrilatère formé par Mantoue. Vérone, Peschiera et Legnano, Cavour provoquait partout des mouvements révolutionnaires, ce qui l'effrayait, et la Prusse mobilisait sa landwehr, nous menaçant sur le Rhin. Il recula devant des complications possibles, préparées par la duplicité de sa politique, et provoquées par ses succès mêmes.
Les hostilités furent aussitôt suspendues et les plénipotentiaires discutèrent les conditions de la paix.
Deux traités furent signés à Zurich, le i6 octobre, entre la France et l'Autriche ; le lo novembre, entre la France, l'Autriche et la Sardaigne. La Lombardie, remise à Napoléon, fut attribuée à Victor-Emmanuel, Venise resta à l'Autriche, les princes dépossédés de Toscane, de Modène et de Parme devaient recouvrer leur pouvoir et former, avec les autres États italiens, une confédération, sous la présidence honoraire du Pape.
Napoléon, qui avait promis que l'Italie serait libre des Alpes à l'Adriatique, trompait les espérances des révolutionnaires, mais il espérait rassurer les catholiques, et se les rattacher après les avoir aliénés. Il ne contenta personne, car sa duplicité ou son impuissance ne tarda pas à se manifester.