LE GÉNÉRAL DE LAMORICIÈRE
tiers Saint-Denis et Saint- Martin. Cavaignac, qui l'avait secouru, dut être soutenu à son tour. L'essentiel, c'était ce garder l'Hôtel de Ville et de protéger l'Assemblée. Il concentra ses forces sur ces points importants, dégagea le Palais- Bourbon, et prit successivement les barricades qui l'enserraient.
La lutte recommença le lendemain, et les insurgés, à qui ne manquaient
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ni les armes, ni les munitions, se recrutaient sans cesse, et lassaient une armée dont le service était écrasant.
L'Assemblée restait en permanence, attendant avec anxiété les résultats de la lutte, et prenant les résolutions que les diverses péripéties rendaient nécessaires.
La grandeur du danger, la prise de la VII I^ et de la X^ mairie et la marche offensive de l'émeute, la déterminèrent à décréter que « Paris était mis en état de siège, et que tous les pouvoirs étaient concentrés entre les mains du général Cavaignac. > Le général adressa à la garde nationale, à l'armée et aux insurgés, trois proclamations élevées, loyales, énergiques, propres à inspirer le courage et à maintenir ou ranimer la confiance, réunit des munitions, concentra des forces et attaqua vigoureusement sur tous les points. Les généraux Lebreton, Lamoricière, Duvivier, Bedeau, Bréa, Damesme, parlementaient et combattaient. A la fin de la seconde journée, les insurgés, débordés de toutes parts, étaient repoussés jusqu'aux barrières d'Enfer et de Fontainebleau.
La lutte recommença dès le matin du 25. L'insurrection était concentrée dans le quartier Saint-Antoine, qui fut attaqué vers neuf heures par deux colonnes du général Duvivier. Le colonel Regnault, qui commandait la première, fut assassiné par un prisonnier qu'il interrogeait, et Duvivier blessé mortellement au moment où il quittait l'Hôtel de Ville. Négrier, qui le remplaça, fut, peu de temps après, atteint d'une balle et tué en attaquant un réseau formidable de barricades qui se défendaient mutuellement. Le général Bréa, qui, comme tous les généraux, déplorait celte lutte fratricide, fit appel à la conciliation, en annonçant que l'Assemblée venait de voter un crédit de trois millions pour les ouvriers sans travail. Entraîné par un élan généreux, il pénétra, bravement et sans défiance, derrière la barrière de Fontainebleau au milieu des insurgés, avec quelques officiers, portant des paroles de paix. A ses propositions, on répondit par des cris de mort ; il fut entouré, désarmé, contraint d'écrire à ses troupes l'ordre de se retirer, menacé, accablé d'outrages, et enfin frappé de plusieurs coups de feu, ainsi que le capitaine Mangin. Les commandants Desmarets et Gobert furent sauvés par hasard. Le colonel Thomas attaqua les barricades derrière lesquelles venaient de s'accomplir ces crimes, les emporta, et laissa toute liberté à la fureur des soldats qui vengèrent par un massacre général cet abominable guet-apens.
Mgr Affre, archevêque de Paris, crut que l'influence de ses vertus et de la religion dont il était le pontife pouvait, après tant de sang répandu.
arrêter une lutte dans laquelle des frères tombaient sous les coups de leurs frères. Il se dirigea à pied vers la place de la Bastille et s'avança jusqu'à la grande barricade qui fermait le faubourg Saint-Antoine. Deux de ses vicaires généraux l'accompagnaient, et un ouvrier portait devant lui une branche d'arbre en signe de paix. Les conférences engagées venaient d'être rompues ; il essayait d'apaiser la multitude de la voix et du geste, et se rapprochait des insurgés, lorsqu'il fut frappé de haut en bas par une balle dans les reins. Il expira peu de temps après avoir été transporté à l'archevêché, disant : « Je désire que mon sang soit le dernier versé. » Sa mort ne fut pas inutile. La douleur qu'elle inspira porta les esprits à la conciliation. Les négociations reprirent. L'attitude des troupes, les mesures prises, les pertes éprouvées, la mort ou la fuite des plus exaltés, les positions enlevées à l'insurrection, l'issue certaine de la lutte, tout invitait les insurgés à déposer les armes.
Cette guerre fratricide avait duré quatre jours. L'armée de l'ordre et celle du désordre avaient une force à peu près égale de quarante à cinquante mille hommes. L'armée eut sept cent huit tués ou blessés, la garde mobile sept cent cinquante et un. On n'a pu évaluer les pertes de la garde nationale. Celles des insurgés s'élevèrent environ à trois mille hommes, dont mille tués. Ces évaluations sont certainement inférieures à la vérité. On voudrait croire qu'elles furent encore moindres. L'armée donna dans ces circonstances douloureuses où des frères combattaient contre des frères égarés et coupables, un grand exemple de fidélité et de courage. La garde mobile, dont la composition pouvait inspirer de la défiance, fut digne de l'armée. Le général Cavaignac, qui avait montré autant d'habileté dans les mesures que d'énergie dans l'exécution, et qui trouva dans ses vieux compagnons d'Afrique le concours le plus dévoué, rendit compte de ce qu'il avait fait, et déposa la dictature qui lui avait permis de sauver la société. L'Assemblée déclara qu'il « avait bien mérité de la patrie > et, par un décret, lui confia le pouvoir exécutif à la place de ceux qui n'avaient pas su prévoir les événements, et qui s'étaient montrés incapables de les surmonter.
Pendant ces luttes sanglantes, Marseille avait eu son insurrection et ses victimes. La province fut tranquille. Plusieurs villes envoyèrent des détachements de leur garde nationale pour venir en aide à l'Assemblée, et cet exemple fut imité sur les points les plus extrêmes du territoire. C'était, du moins, une preuve non équivoque du dévouement à l'ordre.
CHAPITRK PREMIER.
Cavaignac appela Bethmont à la justice, Bastide aux affaires étrangères, Sénard à l'intérieur, Goudchaux aux finances, Carnot à l'instruction publique, Recurt aux travaux publics, Thouret à l'agriculture. Cinquante mille hommes furent réunis à Paris, les officiers et les soldats reçurent des récompenses, la préfecture de police se reconstitua, les