‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 68 sur 132 · GAMBETTA · texte numérisé non relu

GAMBETTA

amiral Fourichon la marine, Crémieux la justice, Jules Simon l'instruction publique, Ernest Picard les finances, Magnin le commerce, Dorian les travaux publics, Etienne Arago la mairie de Paris, et Jules Ferry la préfecture de la Seine.

Une délégation du gouvernement provisoire, composée de Crémieux, Glais-Bizoin et Fourichon, fut envoyée à Tours, afin de représenter le

pouvoir, dans le cas où les rapports avec Paris seraient interrompus. On croyait assurer ainsi, d'ailleurs, la défense dans la province, et préparer la délivrance de la capitale.

Le général Trochu, que l'empereur avait nommé gouverneur de Paris, fut maintenu dans ses fonctions, qui consistaient à organiser la défense, pour le cas où ce serait nécessaire. Il avait pour lui l'opinion publique, qui lui tenait compte de sa disgrâce et de ses travaux militaires.

Le général Vinoy était rentré à Paris, le 7 septembre, avec son corps intact. La garde mobile, convoquée, arrivait des départements les plus éloignés, et, le 14 septembre, s'élevait à cent mille hommes. La garde nationale s'organisait. L'enceinte continue recevait les compléments indispensables, et les forts étaient armés. Un camp retranché était, en peu de jours, créé à Gennevilliers, et'tout ce qui pouvait gêner la défense ou servir à l'attaque, aux abords de Paris, était détruit et enlevé.

Des approvisionnements considérables avaient été réunis par les soins du ministre Duvernois. Ils furent rapidement augmentés, car la population de Paris s'était accrue de ses défenseurs, et de tous ceux dont les habitations avaient été sacrifiées aux exigences de la défense ; mais il n'entrait alors dans la pensée de personne qu'ils dussent, un jour, devenir insuffisants.

Le 17 septembre, les premiers corps allemands prenaient leurs positions autour de Paris. Dès le lendemain, le ministre des affaires étrangères écrivait au comte de Bismarck pour lui demander une entrevue, dans le but d'arriver à une transaction honorable. Les négociations eurent lieu à Ferrières. Elles furent pénibles et difficiles. Le ministre des affaires étrangères de Prusse parlait en vainqueur, exigeant le Haut et le Bas-Rhin, une partie de la Moselle avec Metz, et comme condition de l'armistice, pour laisser à une assemblée le temps de se réunir à Tours et d'accepter le traité, l'occupation de Strasbourg, dont la garnison serait prisonnière de guerre.

Le gouvernement repoussa ces conditions, qu'il trouvait exorbitantes. L'investissement de Paris était complet, et il fallait résister à des attaques dont l'imprévu augmentait le danger, ou essayer de briser le cercle de fer qui étreignait déjà cette immense population.

Des reconnaissances furent faites sur plusieurs points par les éclaireurs de la Seine, le général Vinoy et le général Ducrot. Elles n'amenèrent aucun résultat. Cependant, après celle du 23, nos troupes s'établirent aux Hautes-Bruyères et à Villejuif Le 30, l'attaque de l'Hay, de Chevilly et

de Thiais, où l'ennemi s'était fortifié, nous prouva qu'un coup de main ne donnerait aucun résultat, et que nous trouverions partout des moyens de défense accumulés. Il fut évident que les Prussiens voulaient faire moins le siège que le blocus de Paris, et que si nous prétendions les repousser, il ne fallait pas moins qu'une grande bataille et une victoire, qui auraient rompu leurs lignes. Ce résultat paraissait impossible avec les forces dont on disposait à l'intérieur. Pouvait-on raisonnablement compter sur un secours du dehors ?

La politique se mêlait malheureusement à l'action militaire et la compromettait. Dès les premiers jours d'octobre, Paris avait eu son émeute ; elle avait été préparée par les déclamations de la presse et les propositions insensées faites dans les clubs, dont rien ne pouvait ni arrêter, ni modérer la violence. Le gouvernement menacé ne fut sauvé que par l'attitude de la garde nationale, dont la plus grande partie avait été inutilement travaillée par ces singuliers patriotes, qui ne craignaient pas d'unir leurs efforts à ceux des assiégeants. Les bataillons de mobiles, unis à la garde nationale, avaient contribué à rétablir momentanément l'ordre, mais il était évident que tout servirait de prétexte à de nouvelles manifestations, et, peut-être, à des mouvements plus redoutables.

En effet, la journée du 8 octobre avait révélé le danger, et ceux qui n'avaient pas craint, en présence de l'ennemi, de rendre la défense impuissante, devaient recommencer. Ils n'avaient rien à redouter d'un échec et tout à espérer du succès. Que leur importait la prise de Paris, l'écrasement de l'armée et la mutilation de la France .''

Le 7 octobre, Gambetta, ministre de l'intérieur, était parti en ballon, pour aller organiser la guerre en province, où le pouvoir n'était représenté que par des commissaires extraordinaires, ou des préfets d'occasion, qui s'étaient empressés d'aller accomplir, sans respect pour aucun droit, leur œuvre révolutionnaire. La délégation de Tours était impuissante et tout allait au hasard. Le gouvernement enfermé à Paris, en envoyant un des siens en province, lui conférait tous ses pouvoirs.

Le 13, le général Vinoy essaya de pousser jusqu'à Bagneux et Châtillon, espérant faire une trouée où passeraient ceux qui le suivaient. Les mobiles de l'Aube et de la Côte-d'Or montrèrent l'élan et la vigueur de vieilles troupes. Le commandant de Dampierre fut mortellement frappé à leur tête, au moment où il entrait dans Bagneux. Après un premier succès il fallut se retirer, parce que les forces n'étaient pas suffisantes pour tenir tête à un ennemi dont le nombre grossissait sans cesse.

Le 2 1, les positions occupées par les Allemands à Rueil, à la Malmaison et à Bougival, furent si vivement attaquées par le général Ducrot, que tout céda devant lui. Mais, le soir, la disproportion des forces était telle, qu'il dut abandonner le terrain qu'il avait conquis et rentrer dans Paris. C'était malheureusement le sort des plus vigou-

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