‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 9 sur 132 · IIL — LOUIS NAPOLÉON, PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

IIL — LOUIS NAPOLÉON, PRÉSIDENT

LA discussion publique sur la Constitution, ouverte le 5 septembre, fut promptement terminée. Le pouvoir législatif était confié à une assemblée unique de sept cent cinquante membres nommés pour trois ans, le pouvoir exécutif à un président élu, comme les membres de l'assemblée, par le suffrage universel. L'amendement Grévy demandant la suppression de la présidence fut repoussé par six cent quarante-trois voix contre cent cinquante-huit. Le mandat du président devait durer quatre ans. Il était responsable et non rééligible immédiatement. On crut devoir prendre cette précaution contre des prétendants dont on suivait anxieusement les vues et les projets.

La Constitution consacrait l'inamovibilité de la magistrature, maintenait la cour de cassation, instituait une haute cour de justice, et formait un conseil d'État de quarante membres, élus pour six ans. Elle ne reconnaissait pas le droit au travail, et repoussait tout ce qui aurait paru présenter un caractère socialiste. Au fond, les différences entre le nouvel état de choses et l'ancienne monarchie constitutionnelle étaient plus

apparentes que réelles. La monarchie était fondée sur l'hérédité, la république sur l'élection.

La question qui semblait dominer toutes les autres était celle-ci : Quel serait le président ? Et cependant, la Constitution ne lui attribuait qu'une action restreinte. Cavaignac ne négligeait rien de ce qui pouvait lui attirer la faveur populaire, et ses amis défendaient sa cause avec plus d'ardeur que de prudence. Ils la compromettaient en prétendant la servir, et en agitant l'opinion. L'Assemblée s'éloignait sensiblement de lui. Il semblait d'ailleurs avoir peu de confiance dans le succès, peut-être un médiocre désir de l'atteindre, et c'était assez pour éloigner de lui la foule, toujours empressée de courir à ceux qui regardent du côté de l'avenir, et qui ont ou affectent d'avoir la certitude qu'il ne leur manquera pas.

C'était le cas de Louis-Napoléon. Il avait pour lui la popularité de son nom, une ambition dévorante, une habile réserve, la foi en son étoile et l'activité de ses amis. Cependant, la séance du 25 novembre sembla offrir à Cavaignac une occasion de reprendre ses avantages. Il € plaida », selon son expression, pour sa cause, et le fit avec sobriété, énergie et dignité, repoussant les accusations d'incapacité, de déloyauté et d'abus de pouvoir, formulées contre lui à l'occasion de l'insurrection de Juin. La séance se termina par le vote de la résolution suivante : « L'Assemblée nationale, persistant dans le décret du 28 juin ainsi conçu : Le général de Cavaignac a bien ynérité de la patrie, passe à l'ordre du jour. » Le témoignage de l'Assemblée ne toucha pas la France, que travaillaient déjà d'autres idées.

Louis-Napoléon, de son côté, adressa au peuple français un manifeste modéré quoique ferme, et propre à flatter les esprits par les souvenirs du passé et à les entraîner par les espérances de l'avenir.

L'élection avait été fixée au 10 décembre. 7,327,345 votants y prirent part. Louis- Napoléon réunit 5,434,226 suffrages, Cavaignac 1,448,107, Ledru-Rollin 370,119, Raspail 36,000, Lamartine 17,000 et Changamier 4,000. Ces chiffres ont une signification qu'il est impossible de méconnaître. Évidemment, la France repoussait les opinions avancées et condamnait le socialisme. Mais quelle chute que celle de Lamartine, qui huit mois auparavant était le maître de la France par sa parole ! Sans doute, on avait bien des faiblesses à lui reprocher, mais ne semblet-il pas que le peuple se plaise à voir abaissés ceux que les circonstances ont élevés !

L'Assemblée avait marqué sa préférence pour Cavaignac, parce qu'elle voulait un essai loyal de la république, mais la France ne la suivit pas. Elle obéissait à d'autres sentiments, et ce n'est pas la république qu'elle acclamait, en donnant une si grande majorité à Louis- Napoléon.

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