LE GÉNÉRAL CHAN
et montra les conséquences des événements accomplis. Elle engagea les électeurs honnêtes à ne faire aucun acte qui parût une reconnaissance du gouvernement insurrectionnel, et à éviter tout ce qui aurait pu seconder ses vues.
Le général Chanzy, qui avait été appelé à Paris pour y prendre un commandement, courut les plus grands risques et subit les traitements les plus humiliants. Ce qui dominait, c'était la haine de l'armée et de ses
chefs ; on avait tant travaillé à les discréditer ! L'amiral Saisset était rentré dans la capitale, d'accord avec Thiers, pour essayer d'organiser la résistance avec les bataillons fidèles. Il comprit bientôt qu'il n'y avait rien à espérer au milieu d'une désorganisation universelle, et il dut repartir découragé. D'autres tentatives isolées ne furent pas plus heureuses, et les négociations secrètes engagées en vue de la conciliation n'obtinrent pas plus de succès. Elles'n'avaient pour effet que d'encourager ceux dont on espérait amener le retour. On ne doit pas accuser le gouvernement d'un excès de confiance, puisque, en faisant ces ouvertures, il se préparait à l'attaque, mais on doit reconnaître que, par ses avances et ses concessions, il inspirait aux comités réunis qui siégeaient à l'Hôtel-de- Ville, le sentiment de leur force. Puisqu'on traitait avec eux, on les reconnaissait, et on les redoutait. Comment n'auraient-ils pas cru qu'ils finiraient par rester les maîtres ?
On a reproché ces négociations au gouvernement. Peut-être les avait-il tentées uniquement pour gagner du temps, et c'est ce qui explique la persistance qu'il y mit. On n'aurait pu s'entendre qu'à des conditions déshonorantes pour le pouvoir régulier, et funestes au pays. La situation était telle, que la force seule pouvait la dénouer. Il ne faut pourtant pas accuser ceux qui obéirent au désir d'éviter la guerre civile, et à l'illusion que c'était possible.
Les élections eurent lieu le 26 mars. 150,000 électeurs environ y prirent part, s'il faut en croire les résultats donnés au public. La proclamation du nom des élus se fit avec cette solennité théâtrale que les révolutionnaires affectionnent, et par laquelle ils trompent le peuple. La journée se termina par un banquet. Les plébiscites avaient légitimé les coups d'Etat du 18 brumaire et du 2 décembre : la Commune crut pouvoir faire reposer sa légitimité sur l'adhésion, que semblait porter avec elle, la participation de 1 50,000 électeurs au scrutin. C'était peu pour une population comme celle de Paris, et il n'est pas prouvé que tous ceux dont le nom avait été émargé eussent déposé leur bulletin, mais, en temps de révolution, on se montre peu difficile à l'égard de ceux qui disposent de la force, et font sortir du scrutin, ou des délibérations, ce qui peut servir leur cause ou légitimer leurs actes.
Une démonstration pacifique, commencée sur la place du nouvel Opéra, avait été reçue à coups de fusil sur la place Vendôme, et ceux qui avaient crié : Vive l'ordre ! Vive la République ! Vive l'Assemblée Nationale! furent traités comme des perturbateurs de la paix publique. Il
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n'y avait à Paris qu'une autorité légitime : la Commune, et elle prétendait régner en maîtresse, à l'exemple de celle qui avait tout fait plier en 1 793. Puisque le suffrage populaire l'avait investie du pouvoir souverain, sa volonté devait s'imposer à tous, et l'évocation constante qu'elle faisait de la liberté, avait pour but unique de prouver qu'elle n'en reconnaissait pas d'autre que la sienne.
La Commune fit d'abord deux choses : des décrets et des arrestations. Il fut fait remise générale aux locataires des termes d'octobre 1870 à avril 1871. C'était le moyen de se faire de nombreux partisans. La conscription fut abolie et la garde nationale déclarée la seule force armée régulière.
Les arrestations suivirent. Le nombre des suspects était considérable. Les gens qui composaient la Commune ne pouvaient se faire illusion sur leur prestige. Incapables de s'imposer par la dignité, les services rendus, une supériorité quelconque, ils n'avaient qu'une ressource : se faire craindre. Ils ne négligèrent rien pour y parvenir, et si leurs adversaires politiques furent aussitôt recherchés, inquiétés, poursuivis, arrêtés, quelques-uns de leurs amis de la veille ne furent pas mieux traités. Les vieux antagonismes se réveillèrent, et la jalousie s'y joignant, ainsi que la cupidité, plusieurs de ceux qui avaient déjà occupé des monuments publics, et s'étaient attribué des fonctions honorifiques ou lucratives, ne tardèrent pas à suivre à Mazas ceux en qui la Commune voyait des ennemis. A quoi servirait une révolution, si ceux qui l'inspirent ou la font ne recevaient aussitôt des honneurs, des places et des traitements ?
Paris était occupé militairement. Des perquisitions avaient lieu constamment dans les maisons où l'on espérait trouver de l'argent ; on prenait possession du Panthéon, où le drapeau rouge remplaçait ou surmontait la croix, et les démonstrations armées étaient continuelles. Vingt-cinq bataillons de marche furent organisés avec vingt batteries d'artillerie et quinze de mitrailleuses. Les forts d'Issy, de Vanves, de Montrouge, de Bicêtre et d'Ivry, abandonnés par l'armée, reçurent des garnisons, et une attaque générale contre Versailles fut résolue. Il s'agissait ainsi, non pas seulement d'occuper Paris, mais encore de s'emparer du gouvernement de la France. La Commune se crut assez forte pour y parvenir. Elle comptait sur le peu de forces dont disposaient l'Assemblée et le chef du pouvoir exécutif et elle espérait trouver dans la province, où elle avait envoyé des émissaires, des sympathies politiques et un concours militaire.
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Plusieurs des bastilles qui environnaient la capitale étaient occupées par les Prussiens, et c'est en leur présence, sous leurs yeux, que ceux qu'ils avaient vaincus allaient s'égorger ! Ce spectacle ne pouvait que réjouir un ennemi dont la haine ne paraissait pas satisfaite par les désastres de la guerre et du siège.
Le 2 avril, des bataillons de gardes nationaux s'avancèrent jusqu'au rond-point de Courbevoie, et lorsqu'ils se trouvèrent en présence des troupes de Versailles, ils mirent la crosse en l'air, aux cris de : Vive la Commune ! Vive la ligne ! espérant amener une défection comme celle du i8 mars.
L'officier qui commandait envoya un parlementaire, le chirurgienmajor Pasquet, pour essayer d'éviter l'effusion du sang et d'amener une entente. Un décharge le blessa mortellement. Ce fut le signal du combat. Le Mont-Valérien envoya quelques obus qui portèrent l'indécision et le trouble dans les rangs des fédérés, et les soldats de Versailles se précipitèrent contre les bataillons de la Commune. La débandade fut générale et la fuite immédiate. Les chefs, selon la coutume révolutionnaire, en avaient donné l'exemple. La Commune, déplaçant les responsabilités et travestissant les faits, déclara solennellement, dans une proclamation, que « les conspirateurs royalistes avaient attaqué », et qu'elle était prête à « défendre la grande cité contre ces coupables agresseurs ». Elle décréta la mise en accusation de Thiers, de Jules Favre, de Picard, de Dufaure, de Jules Simon et de Pothuau, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la suppression du budget des cultes et la confiscation de tous les biens appartenant aux communautés religieuses. Elle ne voulait pas que la révolution ne fût qu'un mot, et faisait violemment, par des décrets, ce que, trente ans après, ceux qui obéissent aux mêmes passions tenteront de demander à des lois hypocrites.
La plus grande partie de l'armée régulière était encore en Allemagne : on crut avoir facilement raison des troupes dont pouvait disposer le gouvernement. La Commune, au contraire, avait des armes, des munitions, des soldats et des généraux : comment n'aurait-on pas la victoire ? Maîtresse de Paris, elle se croyait sûre de la province au premier succès, mais il fallait se hâter, afin de ne pas laisser à l'ennemi le temps de réunir ses forces.
On disposa tout pour l'attaque générale sur Versailles. Trois colonnes furent formées pour opérer simultanément. La première, commandée par Bergeret, devait faire sur la route de Rueil une importante démonstra-
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tion; la seconde, sous les ordres de Duval, s'avancer parie Bas-Meudon, Chaville et Viroflay ; la troisième, conduite par Eudes, marcher par Villacomblay et Vélizy, sur la route de Clamart.
Cette triple attaque fut également désastreuse. Les régiments que le gouvernement n'engageait qu'avec une certaine défiance, parce qu'ils avaient été hâtivement formés de soldats revenus d'Allemagne tout récemment et sans cohésion entre eux, firent bravement leur devoir, et la Commune éprouva un échec plus grave que le premier. Ses troupes furent dispersées et rentrèrent à Paris en désordre. Comme toujours, on accusa la trahison.
Flourens, connu par son esprit aventureux et son énergie, avait organisé une troupe pleine de résolution : les Vengeurs. Il tenta une pointe hardie, et gagna Chatou. Les gendarmes du 2« régiment, qui faisaient des perquisitions, reçurent un coup de feu d'une maison voisine du pont. Ils la cernèrent, y pénétrèrent, y trouvèrent des fédérés, les attaquèrent et les mirent en fuite. Flourens fut tué dans la lutte.
La Commune se vengea de cet échec par l'arrestation d'un certain nombre de personnes qu'elle déclara retenir comme otages. Leur nombre devait s'accroître, et leur situation devenir plus périlleuse à mesure que la Commune perdait du terrain. Elle ne pouvait pas même alléguer un prétexte pour expliquer ces arrestations, mais elle ne s'en préoccupait pas. Tout n'est-il pas permis à ceux qui sont les maîtres .'' Peut-être les plus prévoyants parmi ses chefs pensaient-ils déjà qu'après la défaite définitive, ils pourraient se couvrir de ceux dont ils avaient supprimé la liberté, mais dont ils auraient protégé la vie.
Le 5, l'attaque du plateau de Châtillon fut faite par les troupes de Versailles. Après une action très vive et qui dura plus de trois heures, les gardes nationaux rentrèrent dans Paris en désordre. Ils avaient subi des pertes considérables, et laissé de nombreux prisonniers entre les mains du vainqueur. Parmi eux était le général Duval. Ceux des prisonniers qui avaient appartenu à l'armée furent passés par les armes, comme coupables de désertion.
Tout échec était, pour la Commune, une occasion de violences contré les personnes et d'atteintes portées aux institutions, aux monuments ou aux intérêts. Elle su^yT^nm^L le Journal des Débats, Paris-Journal et le Constihtdonnel. Ce qu'il lui fallait, c'était une presse qui approuvât ses actes, et n'opposât pas la vérité aux mensonges par lesquels elle trompait l'opinion.
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Mais en même temps qu'elle se livrait à ces vengeances odieuses ou puériles, elle annonçait qu'elle était victorieuse, et qu'il « ne devait plus rester aux royalistes de Versailles que la honte de leurs crimes». Cependant elle changeait ses généraux, car c'était à ses yeux un crime de ne pas réussir, et décrétait des levées forcées, démentant ainsi elle-même ses bulletins de victoire.
Une tentative pour enlever aux troupes régulières le plateau de Châtillon, où elles s'étaient fortifiées, échoua misérablement. Elle fut suivie d'un décret portant que toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles, serait immédiatement décrétée d'accusation et incarcérée. C'était rendre suspect tout le monde au gré du caprice d'un agent quelconque. Des funérailles solennelles faites à quelques-uns des morts dont les corps avaient été apportés à Paris, permirent de cacher un moment ces échecs multipliés.
On ne songeait pas à honorer ceux qui étaient tombés devant l'ennemi; on cherchait à entretenir l'ardeur guerrière et la confiance du peuple, qui aime les spectacles. Une pension de six cents francs promise à la veuve de tout garde national victime de la guerre, fit à la Commune des adhérents intéressés, et lui valut le concours inattendu d'un certain nombre de femmes. Elles ne furent pas les moins violentes.
En même temps, on répandait la terreur dans Paris. Tous ceux qui ne portaient pas à la Commune leur adhésion, et ne lui assuraient pas leur concours, étaient déclarés suspects, menacés, insultés et emprisonnés. Le 4 avril, Mgr Darboy, archevêque de Paris, avait été arrêté et conduit à Mazas. L'abbé Icard, supérieur de Saint-Sulpice, eut le même sort. Les visites domiciliaires entretenaient l'aQfitation de la rue et les craintes des honnêtes gens. Les maisons religieuses, la Banque, les Halles, les hospices, étaient à chaque instant envahis, avec ou sans mandat. Les petites sœurs des pauvres furent soumises les premières à ces perquisitions, que suivaient habituellement le pillage, des menaces et des arrestations. Un coup de feu tiré à leur porte annonça la troupe armée, qui se répandit dans la maison, ne trouva pas les trésors qu'on lui avait annoncés, resta frappée d'étonnement en présence des sœurs et des vieillards, et se retira sans avoir exercé la moindre violence, entrevoyant peut-être pour la première fois ce qu'est le dévouement chrétien, et s'inclinant par un respect involontaire devant des vertus qu'elle ne soupçonnait pas.
La tactique de l'armée de Versailles consistait à mener le siège de
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front, et à n'avancer que successivement et sur toute la ligne. Dès le début des hostilités, elle s'était emparée du grand pont de Neuilly, et avait établi des barricades et des retranchements sur les grandes voies que le canon des forts enfilait. Neuilly se trouvait ainsi entre deux feux. Il en souffrit cruellement, et pendant que les ruines s'accumulaient, les habitants, à qui la fuite était impossible, vivaient dans de continuelles appréhensions, ou mouraient frappés par leurs compatriotes.
Bergeret, à qui la Commune ne pardonnait pas la défaite de Neuilly, fut relevé de son commandement et emprisonné. Dombrouwsky le remplaça. Les étrangers devenaient facilement colonels et généraux. Révolutionnaires et peu soucieux des destinées d'un pays qui n'était pas le leur, ils inspiraient à la Commune une confiance que, dans cette lutte fratricide, elle accordait difficilement à ceux qu'elle connaissait. Son passé le recommandait, et les soupçons dont il avait été l'objet pendant le siège, où il fut arrêté sous l'accusation d'entretenir des intelligences avec les Prussiens, ne pouvaient que le désigner à la faveur des maîtres de Paris. Il avait, d'ailleurs, des connaissances et des aptitudes militaires dont on attendait les meilleurs résultats. On ne pouvait guère en espérer autant des autres.
Il donna une impulsion vigoureuse à l'action militaire. Neuilly fut le théâtre d'engagements sanglants. Le 14 avril, une brèche fut ouverte par l'artillerie de la Commune dans les murs crénelés d'un parc derrière lesquels les gendarmes et les marins s'étaient abrités. Lorsque les gardes nationaux s'élancèrent contre ceux qu'ils croyaient peu nombreux, ils furent accueillis par des mitrailleuses et une fusillade qui les mirent en désordre, et les firent reculer en leur infligeant de grandes pertes.
Chaque défaite était pour la Commune une victoire. C'était le seul moyen, à sa disposition, d'entretenir la confiance, de soutenir les exaltés et d'entraîner les indécis. Quand on lit les bulletins affichés et publiés dans les journaux, on reste stupéfait en présence d'une telle audace du mensonge. L'armée sur laquelle on remportait ces victoires ininterrompues était, disaient-ils, composée de zouaves pontificaux, et il n'y en avait pas un seul à Versailles ; elle reculait, et ses progrès étaient visibles ; elle était découragée, et la vigueur de ses attaques montrait à la fois son ardeur et sa fidélité. Il en était ainsi de toutes les affirmations par lesquelles on essayait d'exciter le courage et de fortifier ou de ramener la confiance.
Le 17 avril, un engagement sérieux eut lieu dès le matin, en avant
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d'Asnières, et Paris vit bientôt arriver de toutes parts, dans le plus grand désordre et se plaignant d'avoir été trahis, ceux qui avaient promis une victoire éclatante. Dombrouwski se vengea en faisant fusiller de paisibles paysans, qu'il accusa d'avoir fait le coup de feu en compagnie de l'armée de Versailles. C'était une satisfaction donnée à l'amour-propre du général et des soldats, et un dédommagement pour l'échec subi.
Asnières n'avait pas été occupé. L'armée s'était retranchée dans la presqu'île de Gennevilliers, établissant, auprès de la gare de Colombes, des batteries qui commandaient le chemin de fer et toute la plaine. Le 19, les fédérés prirent l'offensive. Mais ni leur attaque ne réussit, ni leurs batteries ne résistèrent au feu de l'armée, ni les barricades ne leur offrirent un abri.
Pendant qu'on se battait, les négociations continuaient secrètement. Le gouvernement craignait que l'exemple de Paris n'entraînât certaines grendes villes, dans lesquelles existaient de nombreux éléments de désordre, et il multipliait, pour arrêter l'effusion du sang et empêcher des horreurs qu'il était possible de prévoir, ses propositions d'entente. Son désir de conciliation encourageait la résistance, et des concessions donnaient lieu à de nouvelles exigences. La réponse qui fut faite à ses dernières propositions permettait de juger des illusions ou de l'obstination des fédérés.
Le même jour, la Commune lui faisait connaître, par une déclaration, ses vues et ses revendications. Elle demandait au nom de Paris :
La reconnaissance et la consolidation de la République ;
L'autonomie absolue de la Commune, étendue à toutes les localités de France dans les conditions suivantes :
Le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la direction des services locaux ; l'organisation de la magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement ; le choix, le contrôle et la révocation des magistrats ou fonctionnaires ; la garantie de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté du travail ; l'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales ; l'organisation de la défense et de la garde nationale élisant ses chefs ; et elle concluait :
« C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres. »
Elle se chargeait de montrer par des actes de quelle manière elle corn-
prenait l'application de ces principes. La rupture des négociations était inévitable, et il fallut aller jusqu'au bout, ce que, du reste,les esprits sages avaient prévu dès le commencement.
Le 2 1, à Neuilly, trois barricades, mal défendues, tombèrent au pouvoir des fédérés ; elles furent prises et reprises jusqu'à trois fois. Un mouvement tournant essayé par l'armée ne réussit pas, mais les pertes des fédérés furent très graves. Le 22, le combat reprit sans autre résultat qu'un grand nombre de tués.
Le 25, une suspension d'armes fut conclue pour permettre aux habitants de Neuilly de se soustraire au bombardement. Les hostilités reprirent le lendemain. Le 27, les batteries de l'armée s'étendaient de Fontenay-aux- Roses à Meudon. La redoute de Châtillon fit taire le fort de Vanves, les batteries du Moulin de Pierre et de Meudon, celles d'Issy. Le 28, les fédérés firent une- attaque malheureuse contre Châtillon, qu'ils supposaient mal gardé. Le 30, le fort d'Issy fut un moment occupé, mais les fédérés le reprirent sous le commandement de La Cécilia. Il ne tomba que le 8 mai entre les mains d'une compagnie de la brigade Paturel, qui y fit quatre cents prisonniers.
Le 1 2 mai, après une proclamation dans laquelle le maréchal de Mac- Mahon disait aux soldats, en les félicitant d'avoir répondu à la confiance que la France avait mise en eux : « Nous planterons sur les remparts le drapeau national, et nous obtiendrons le rétablissement de l'ordre réclamé par la France et l'Europe entière, » le village d'Issy, la maison des Oiseaux, l'asile des petits ménages et le Lycée furent occupés, et le 14, les fédérés abandonnèrent le fort de Vanves. L'armée cerna le fort de Montrouge, franchit la Seine et s'établit dans le village de Clichy. Ces succès en présageaient d'autres, et à mesure que la confiance croissait à Versailles, elle s'affaiblissait à Paris. Chaque jour l'armée gagnait du terrain, et les fédérés ne pouvaient plus nier des progrès que leur retraite successive sur tous les points où ils étaient attaqués, accusait aux yeux de tous.
Canet.