‹ Un demi-siècle de vie, 1848-1901Chapitre 2 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Draguignan. La Marseillaise. — Un compagnon d'exil. — La pudicité de M'"" Bazu. Les visites. La société. — Le l'umier. — Mon chef. — 11 part; je reste chargé du, service. L'émeute. La sérénade aux aristocrates. — Arrestation des concertants. — Leur lâcheté. Une ville pétrifiée. — Retour de mon chef. 11 me désavoue Le garde des sceaux m'envoie des félicitations, et l'envoie en disgrâce. — Clôture de plusieurs clubs sur mes poursuites, et félicitations du même à tout le tribunal. Les cercles dans les villages. — Le 24 juin I8'i8 à la Garde-Freynet. — Transport de justice. — Scènes menaçantes à la Garde-Freynet, menaces de mort à Cogolin, Force à la loi. Vive le procureur de la république !

Quelque solennelle que soit l'entrée dans une carrière où l'on va passer sa vie, ce qui domine tout lorsqu'on arrive à sa première résidence, c'est le saisissement dun homme qui vient de tomber d'un quatrième étage. Aussi

mon premier mouvement, lorsque je me réveillai le lendemain matin, fut d'aller faire le tour d'une ruelle qui enceint la plus grande partie de la ville.

Rentré dans ma chambre d'hùtel, je me jetai sur un canapé, où je demeurai longtemps, plutôt étourdi que désespéré. Je serais bien embarrassé de dire à quoi je pensai, mais, autant qu'il m'en souvienne, ce fut un rude moment. Après une ou deux heures de réflexions tumultueuses, je fus réveillé par la cloche du déjeuner; je rae ressaisis, et me mettant debout, je murmurai, en manière de conclusion : « A'oilà le cercle où ma vie est enfermée. Nous verrons... » Et je descendis à la salle à manger pour goûter, la première fois de ma vie, le pain de l'exil.

Une bonne rencontre m'attendait déjà. Je remarquai la tournure parisienne d'un jeune homme qui vint s'asseoir à une table particulière et rae parut être un pensionnaire de l'hôtel. Je ne l'abordai pas, mais à sa tenue très aristocratique, il n'était évidemment pas Provençal, et je le supposai fonctionnaire. Là-dessus arriva Chauvin, celui que j'avais, à ma stupéfaction, fait nommer chef du parquet de Draguignan, et naturellement le temps se passa entre nous en effusions et en remerciements. Nous déjeunâmes ensemble, car il prenait pension à cet hôtel. Je ne songeai pas à lui demander qui était mon inconnu, mais dès le lendemain nous étions amis et j'allais partager son logement.

11 s'appelait Do^vling. C'était le percepteur de Drao;uignan, parisien consommé, gentleman jusqu'au bout des ongles. La révolution de février l'avait échoué à Draguignan, où on l'avait envoyé uniquement pour voiler la faveur abusive à laquelle on le destinait, et qui devait être une perception considérable, après quoi on lui donnerait le plus tôt possible une recette particulière. Son grandpère était mafre de Bordeaux, cet avenir était assuré, mais la république renversait le château de cartes. Il devait rester ù Draguignan pendant de bien longues années, s'y marier, y devenir veuf, épouser en secondes noces

la sœur d'un juge du tribunal, et réussir enfin à rentrer au ministère des finances, pour y mourir peu de temps après.

Exilés tous deux, nous fûmes bientôt amis. En dehors de notre service, nous ne nous quittions pas, et ne sachant où aller, nous passions toutes nos soirées ensemble.

Dès les premiers jours de notre installation, je pus lui rendre un service signalé, en même temps que, par le seul fait de notre habitation commune, il allait en résulter une conséquence du plus haut intérêt pour mon avenir. Ce bienfait résulta, je dois en convenir, d'une heureuse polissonnerie qui pouvait paraître un peu risquée de la part d'un magistrat, mais qui me vint par une inspiralion irrésistible.

Dowling, qui était joli garçon et orné d'un très beau teint, venait d'attraper, sur le nez et les joues, une plaque d'eczéma qui le défigurait. Entre autres remèdes, il prenait chaque jour un bain.

Il me dit qu'il en était d'autant plus ennuyé que des mauvaises langues répétaient partout qu'il était couvert de dartres vives sur tout le corps, et M"® Bazu, notre propriétaire, était la première à répandre ce bruit, étant naturellement postée pour le savoir mieux que personne. Or le cancan était d'autant plus désastreux que Dowling recherchait en mariage une demoiselle fort riche de hi ville, qui n'attendait que la guérison de l'eczéma pour donner son cœur, mais à qui la dartre vive couvrant tout le corps pouvait ins|)irer des objections.

« Mon cher, lui dis-je après quelques moments de réflexion, si ce bruit ne tombe pas, votre mariage est manqué. Si vous démentez la chose, vous l'apprenez à toute la ville. Il faut qu'un témoin irréprochable s'en charge, et vous l'avez sous la main, c'est M"'' Bazu. Si vous lui faites des reproches, elle n'en parlera que mieux, mais si vous lui demandez un service, elle sera forcée de témoigner. ]Montrez-lui les pièces de conviction. »

Le lendemain matin, je descendis chez M"* Bazu, et je lui dis que M. Dowling la priait de monter chez lui. J'entrai dans la chambre.

« Madame Bazu, lui dis-je en montrant la porte du cabinet de toilette, voilà M. Dowling, qui vient vous prier de vouloir bien attester qu'il n'a pas sur le corps la moindre tache de dartre. Entrez, je vous prie ! »

A ces mots la porte s'ouvrit, et Dowling, nu comme notre premier père avant le péché, se planta au milieu de la chambre, les jambes écartées, les mains épanouies dans l'attitude de l'innocence, et se montrant sous toutes les faces, lui dit :

« Madame Bazu, voil-là... et voil-là! »

Après quoi il se retira dans son cabinet pour y achever sa toilette, tandis que M""^ Bazu se pâmait de pudeur, d'admiration et de protestations sur la blancheur immaculée de son locataire, les mains devant les yeux, mais les doigts écartés, après quoi elle dégringola l'escalier pour aller publier la nouvelle.

Mon premier acte d'autorité fut d'aller faire mes visites à mes collègues, aux fonctionnaires, et enfin aux personnes de ce qu'on appelle dans les villes de province « la société ». Cette corvée, qui comprend d'ordinaire une centaine de visites dans d'autres pays, est fort limitée en Provence, comme dans tous les pays oîi l'état de guerre, pendant des siècles, a rendu impossible l'habitation à la camjiagne. Propriétaires et paysans se sont de tout temps concentrés dans les villes, avec leurs bestiaux, leurs écuries, leurs granges ; c'est dans la ville qu'ont lieu le battage des récolles et la fabrication du vin, dont le foulage se fait dans une fosse pratiquée sous le vestibule des maisons; on voit à la porte un comptoir avec un tonneau de vin et un litre, et le vin se vend aux passants jusqu'à ce que la récolte soit épuisée. Dans beaucoup de petites villes même, et dans tous les villages, les rues sont jonchées de paille et de buis, couvertes de toutes les ordures « propres » à produire du fumier, et c'est cette litière qui

reçoit, outre les résidus digestifs des habitants, l'ëgout des étables et écuries.

A Draguignan, chef-lieu de département, si le cœur de la ville avait un aspect de propreté grâce à des ruisseaux d'eau vive coulant dans la plupart des rues, les faubourgs et le tour delà ville olfraient leurs tas de fumier deriière les maisons, à telle enseigne que celle où jai habité lorsque ma mère est venue me rejoindre, n'avait pour tout exutoire que la fenêtre de ma chambre donnant sur un t is de fumier dans une ruelle. C'est qu'en Provence, vu la pénurie du fumier de campagne, la formation de cet engrais, ne pouvant se faire que dans ces villes trop bucoliques, devient un intérêt vital qui prime celui de la décence, de la iiroprelé, de Ihygiène elle-même. Intérêt il'une telle àpreté, qu'on a vu certains propriétaires donner congé à des locataires qui, dégoûtés des détails de toilette <le la maison, avaient pris le parti de battre les buissons. Pour mapart, jai vu un porc monstrueux qui, de sa loge en contre-bas du rez-de-chaussée, se dressait le Ions du mur et recueillait ce que lui laissait tomber, par un tuyau à ce destiné, un certain cabinet de l'étage su|)érieur.

-Je ne m'étendrai pas sur la description de la ville, d'abord parce que ces détails n'ont rien à voir avec le cours <les événements, et que surtout il y a un certain nombre <le modèles, pour les chefs-lieux de canton, d'arrondissement et de département, qu'on rencontre partout et qui font tous le même effet lorsqu'on y arrive pour la preuiière fois. J'en puis dire autant pour la campagne : il y avait de jolis coins, mais avec sa terre sèche, ses oliviers gris et sa verdure brûlée par le soleil, l'ensemble me <b5nnait l'impression de ces plans en relief, agrémentés d'arbres postiches, dont on peut, dans le musée des Invalides, admirer l'exactitude toute militaire.

Je n'avais rien à apprendre sur mon chef direct. Chauvin, puisqu'il y avait entre nos parents une amitié de <leux générations. Chauvin était un des magistrats les plus distingués du ressort, et qui serait arrivé aux postes

les plus élevés s'il n'avait pas manqué d énergie. Je reviendrai ailleurs sur ce qui lui arriva. Comme toute compagnie, le tribunal avait sa diversité. Je ne crois ni convenable ni intéressant de spécifier la valeur de chacun de ses membres, et je dois avouer qu'après de si longues années j'ai oublié les noms de plusieurs d'entre eux ; mais je me rappelle que sur neuf magistrats, il y en avait cinq de parfaitement bien sous tous les rapports, deux assez forts en droit, et que le président, tout en étant apte à son service, avait de graves défauts, qui ne m'ont pas permis de marcher d'accord avec lui. D'ailleurs, comme dans tous les tribunaux, on ne se voyait presque pas en dehors du service.

Quant aux autres fonctionnaires et à la société de la ville, les relations se réduisaient à quelques visites, d'autant plus rares que dans ce temps de révolution chacun se tenait plus que jamais sur la réserve.

Chauvin, vu ses mœurs provençales, n'avait pas noué d'intimité avec moi. Nous nous voyions d'ailleurs toute la journée au parquet. Il en était de même pour le second substitut, marié et ne recevant pas. Tous deux passaient leurs soirées au cercle, où je n'allais pas; nous les passions chez nous, Dowling et moi, ne nous inquiétant nullement de ce qui pouvait se passer à Draguignan, et ne parlant que de Paris.

Chauvin m'avait donné l'audience correctionnelle; je faisais au parquet la partie de correspondance afférente à ce service; mais en dehors de cela il ne me communiquait rien des affaires générales d'administration ni surtout de politique, de sorte que, à part quelques conversations avec les uns et les autres, je n'avais pas la moindre idée de l'état des esprits à Draguignan depuis que j'y étais arrivé.

Cependant, un jour qu'avec lui nous rentrions du parquet, je lui vis faire une chose qui m'étonna sans plus, car je n'y vis qu'une leçon à garder si pareille rencontre m'arrivait. Au moment où nous passions devant la mairie, nous vîmes s'engouffrer dans la cour une troupe

■d'hommes qui, les poings levés, criaient des mots patois ■que je ne corapi'enais pas, mais il était évident qu'il y Avait là un désordre violent. Je lui demandai s'il n'allait pas s'approcher pour voir ce qui se passait. Pour toute réponse, il enfila aussitôt une ruelle, et me dit que le •chef du parquet, quand il rencontre par hasard un rassemblement ou une agitation, doit s'en écarter et non s'y idler jeter inconsidérément. L'affaire n'ayant pas fait plus de bruit, et lui ne m'en parlant pas, je n'y pensai plus.

Quelques jours après, il prit un congé, et comme j'étais premier substitut, je me trouvai chef du parquet, recevant la correspondance et la faisant avec le procureur général. Mon attention, naturellement, s'éveilla un peu sur ce qui pouvait bien se passer dans cette ville où je vivais jusque-là comme un simple étranger, tant j'étais peu au courant des affaires du parquet. Un soir donc que, les fenêtres ouvertes, nous entendions retentir, dans la direction de la place, des chants de Marseillaise entrecoupés de cris confus, je proposai à Dowling, par pure curiosité, de nous en aller tous deux entendre de près cette sérénade. Arrivés sur la place, nous vîmes un rassemblement d'une centaine au moins d'hommes en veste, qui, après avoir chanté la Marseillaise, se prirent quatre à quatre par le bras, et criant « Viva la Républico! » s'en allèrent par la rue du Palais au pas de charge. Des personnes avec qui je causai m'apprirent, ce que j'ignorais, que ce concert démocratique se donnait tous les soirs depuis trois mois, et que ces gens finissaient toujours leurs chants par une tournée dans la ville. Nous rentrâmes chez nous sans nous y intéresser autrement.

Mais le lendemain matin, en décachetant mon courrier, je fus informé que pendant leur promenade de la veille, au lieu de s'en tenir à la Marseillaise et à leur « Viva la llépublico ! » les manifestants avaient ajouté : « A bas les aristocrates! On les pendra! »

On sait combien d'émeutes agitèrent la république dès les premiers jours de son établissement. Nous appro-

cliions du 15 mai, que devait suivre bientôt l'insurrection de juin, et des manifestations de plus en plus significatives laissaient voir, dans les pays révolutionnaires, qu'il se tramait une vaste conspiration de tous les partis socialistes. Je me fis donner des renseignements sur l'état des partis à Draguignan. J'appris que quatre hommes, dont un cordonnier et un paysan, menaient la basse classe, et que, par entraînement ou par menace, ils exerçaient une véritable terreur sur la population ; que personne, même la police et la gendarmerie, n'avait jamais osé les dénoncer, et que la scène de la veille n'était que la répétition dune série qui durait depuis trois mois.

Devant un tel état de choses, il n'j'^ avait pas à hésiter. Je fis dresser procès-verbal, je pris conseil du juge d'instruction et d'un autre juge en qui j'avais pleine confiance; j'allai avertir le préfet, qui était alors un M. Ayraud-Degeorge, ancien rédacteur du National, homme très distingué et très énergique, je lui demandai de faire consigner les troupes pour le cas où il y aurait quelque résistance; et à quatre heures de l'après-midi j'envoyai arrêter tout uniment, comme de simples mortels, ces quatre terribles agitateurs qui devaient dévorer tout crus les gendarmes et les magistrats assez téméraires pour leur mettre la main au collet.

Je ne connaissais pas la poltronnerie de ce bas peuple provençal. JNIoi, sur la foi de la terreur qu'ils inspiraient, j'avais pris à tout hasard des précautions jusqu'à demander, dans la direction de la caserne, quelques sentinelles espacées pour avertir plus vite la troupe en cas d'émeute, j'étais allé me promener seul sur la place pour voir les gendarmes se poster aux abords des maisons de chaque inculpé, et je m'étais ensuite établi en permanence au parquet avec le juge d'instruction et le second substitut, afin de pourvoir aux événements.

Ce fut misérable et honteux. Ces quatre lions se laisse rent prendre comme des agueaux. Pour le plus terrible, ce fut le maréchal des logis de gendarmerie qui, à travers

les deux ou trois cents buveurs d'un café, alla tout seul lui frapper sur l'épaule et l'empoigna en l'emmenant en prison. Les trois autres ne furent pas plus fiers : il n'y eut pas un mot, pas un cri, sur leur passage; personne ne les suivit, et les rues restèrent si tranquilles que je n'entendis passer d'autre bruit, dans la rue du tribunal, que celui des boites et des éperons des gendarmes les emmenant à la maison d'arrêt.

La tenue du public n'était pas moins lamentable : les gens étaient comme pétrifiés sur le pavé : on ne marchait pas, on ne »e parlait pas, on respirait à peine, comme si un coup de tonnerre venait d'éclater, ou si la ville allait s'écrouler. Etranger à ce pays et aux mœurs des races du Midi, je nen revenais jias. Je prenais d'ailleurs une leçon qui m'a bien servi là et ailleurs en face des rassemblements de petites villes ou de campagnards : pourvu qu'on ne craigne rien, on peut tout oser : mais il faut bien faire comprendre qu'on est de sang-froid, sans irritation et sans peur.

J'écrivis immédiatement au procureur général ce que je venais de faire, et il reçut en même temps du préfet une lettre des plus flatteuses sur l'acte que je venais d'accomplir. Le procureur général me répondit d'abord par une approbation complète, et quelques jours après me transmit les félicitations du garde des sceaux, qui était alors l'avocat Marie. Les inculpés restèrent en prison. Au cours de l'instruction, plusieurs témoins, après avoir déposé sur les cris séditieux, racontèrent dans tous ses détails la scène que nous avions aperçue, Chauvin et moi, en passant devant la mairie, et dont il s'était détourné comme j'ai dit ])lus haut. Elle avait été beaucoup plus grave que les cris séditieux : la troupe que nous avions vue entrer dans la cour de la mairie avait tout simplement envahi le cabinet du maire, le sommant de donner sa démission, et lui avait dit : « Si vous ne donnez pas votre démission, votre tête tombera! »

11 n'y avait pas à hésiter, il n'élait pas possible de re-

fouler une déposition aussi catégorique, et la poursuite «'aggrava d'une inculpation de menaces de mort contre un magistrat de l'ordre administratif à l'occasion et dans rexercice de ses fonctions.

Sur ces entrefaites, Chauvin revint de son congé. Il reprit son service ; le procureur général lui demanda un rapport sur l'affaire, et naturellement son appréciation sur l'initiative que j'avais prise. Au lieu de me soutenir, il répondit en écrivant dans son rapport que « le subsitut était allé un peu vite ». Ce fut sa condamnation. Quelques jours après, il fut envoyé à Castellane, le plus infime des tribunaux du ressort, dans un pays de loups, et après y avoir végété quelque temps, tomba gravement malade et alla mourir à Marseille, son pays natal.

Je fus, comme on peut penser, désolé de sa disgrâce, mais outre que vraiment il se l'était attirée, je n'3- étais l)Our rien, n'avant fait que mon devoir, et n'ayant pas, au cours de l'instruction, soufflé un mot sur son compte, bien que je fusse averti de ce qu'il avait dit de moi. Au reste ce qui doit l'excuser, c'est que, loyal comme il était, et reconnaissant de la faveur inespérée que la république lui avait faite, il se sentit gêné pour commencer par un acte de rigueur contre des républicains. Il a agi par faiblesse, mais non par calcul ni, encore moins, par peur.

Bien que, traduits devant les assises, les coupables eussent été acquittés, cette poursuite eut pour effet de couper court, et définitivement, aux manifestations menaçantes des socialistes, et les gens d'ordre commencèrent à respirer un peu plus librement. Cependant il fallait se tenir en garde contre les agissements secrets des clubs, et surtout des cercles. Ces derniers forment, dans les villes et les villages du Midi, des foyers permanents de désordre et d'agitation. Le plus mince des villages a son cercle, où l'on boit, oîi l'on joue, où l'on parle politique, et ces lieux de réunion, en temps de révolution, étaient devenus de véritables clubs, sans compter les clubs déclarés, fort nombreux à Draguignan. L'invasion de la

Chambre, au 15 mai, avait accentué la l'éaction contre les socialistes, et une loi sévère ayant armé le gouvernement contre eux, on commençait activement, un peu partout, à poursuivre les clubs pour les fermer au moindre écart.

La question se présentant à Draguignan de façon parliculièrement urgente, et le successeur de Chauvin n'étant pas encore nommé, je fis dresser des procès-verbaux; contre trois ou quatre clubs, et le résultat fut que le tribunal les ferma, à la suite de quoi je reçus, pour le tribunal et pour moi-même, des félicitations du garde des sceaux. Il est de fait qu'à partir de ces deux actes de poursuites, Draguignan cessa d'être un foyer d'agitation.

Au bout de quinze ou vingt jours arriva le successeur de Chauvin. C'était M. Alexandre, magistrat de l'Empire, qui avait été révoqué après le 24 février, mais qui reprenait pied déjà dans la magistrature, car la réaction s'accentuait de plus en plus. C'était, sans parler de son amabilité, un très savant magistrat, qui a fini sa carrière à la cour d'appel de Paris, où il tenait le premier rang par sa science profonde du droit.

En arrivant à Draguignan, il trouva le terrain déblayé, car avant son arrivée j'avais encore eu occasion, celte fois dans un de nos chefs-lieux de canton, de faire à la Garde- Freynet une véritable expédition contre deux socialistes qui prétendaient mettre tout sens dessus dessous dans le canton, et qu'on croyait, comme les terroristes de Draguignan, plus redoutables qu'ils n'étaient en réalité, ainsi qu'on va voir.

Nous étions aux premiers jours de juillet. La répression terrible de l'insurrection de juin n'avait pas désarmé les socialistes. On pouvait, à Draguignan, voir de temps à autre certains drapeaux flotter à la porte de certaines maisons où se rassemblaient des socialistes, et on avait remarqué que ces pavoisements correspondaient toujours à quelque mouvement ou démonstration dont la nouvelle arrivait le jour ou le lendemain. Ces signes suspects se reproduisaient dans la campagne, et

particulièrement à la Garde-Freynet, gros bourg de deux mille âmes habité presque entièrement par des fabricants de bouchons, où il y avait un foyer d'agitation qu'on jugeait très dangereux. Un avocat, et avec lui le pharmacien obligé de tous les temps de désordre, exerçaient sur celte agglomération d'ouvriers sédentaires une influence

énorme.

C'est dans cet état de choses que, peu de jours après les journées de juin, je reçus du juge de paix un rapport sur la plantation dun arbre de la liberté à Cogolin, commune du canton, et où, à la fin de la fête, l'avocat et le pharmacien, après avoir prononcé des discours féroces contre le gouvernement établi, avaient conclu en répandant des bouteilles de vin rouge au pied de l'arbre de la liberté, jurant que si les choses ne marchaient pas à leur volonté, ils l'arroseraientde sang. C était un appel à l'insurrection, d'autant plus insolent au lendemain d'un attentat formi- <]able : je ne délibérai même pas sur ce que j'avais à faire, et je décidai que le lendemain nous partirions pour la Garde-Freynet, à la pointe du jour, pour y arriver à six heures du matin, arrêter les deux inculpés et y procéder aux premiers actes d'information sur les lieux.

Dans les conditions où nous allions nous trouver devant une population nombreuse et fanatisée, il nous fallait une force armée suffisante pour appuyer nos actes. Deux brigades de gendarmerie, dont nous pouvions seulement disposer, ne suffisaient pas. Nous avions pour préfet M. Haussmann, le même qui devait, peu de temps après, s'immortaliser dans sa glorieuse administration de Paris. J'allai le voir, et lui demandai de me faire soutenir par une compagnie du bataillon d'infanterie de marine en garnison àDraguignan : à mon très grand étonnement, il refusa de se dessaisir, et ne m'offrit que de faire envoyer à la Garde-Freynet un peloton de la garnison du port de Saint-Tropez, situé assez près. Il fallut bien m'en contenter.

Le lendemain matin à quatre heures, précédés de nos

dix-sept gendarmes à cheval, nous partîmes dans uno antique berline, dont je dois faire mention à cause du rôle qu'elle devait remplir dans une des scènes de ce transport de justice.

C'a été certainement un des beaux jours de ma carrière, parce qu'il y avait non seulement de l'émolion et du danger, mais des scènes tantôt curieuses, tantôt pathétiques, des mouvements de foule, un appareil militaire, tout cela se passant dans un paysage splendide, sur des sommets couverts de châtaigniers géants, avec des vallées abruptes, la mer à l'horizon, et resplendissant de soleil.

Une bonne demi-heure avant d'arriver à la Garde- Freynet, qui est sur la crête d'une montagne boisée, nous étions signalés. En quelques minutes la population, avertie de maison en maison par des coups à tous les murs mitoyens, sautait à bas du lit, et nous avions à peine investi le domicile des prévenus que la place était couverte de monde.

Pendant que le juge d'instruction interrogeait les inculpés et décernait les mandais d'amener, je sortis de la maison où il opérait. Je vis arriver une escouade de sept soldats : c'était le renfort qu'on nous envovait de Saint-Tropez. En cas de conflit, qu'auraient-ils pu faire contre une population de deux mille âmes? Je les remerciai, et je les renvoyai, ce qui ne parut pas les désoler outre mesure.

A moment où j'allais rentrer auprès du juge d'instruction, quelques hommes s approchèrent de moi, puis d'autres, et peu à peu je me trouvai enveloppé d'une foule compacte. Au premier rang, un ouvrier beau parleur, évidemment l'un des grands personnages de la bande, m'entreprit pour obtenir de moi qu'au lieu de faire emmener les deux inculpés par la gendarmerie, je les laissasse aller librement se constituer prisonniers à Draguignan. Sans entrer dans les autres considérations qu'on devine du reste, je me renfermai imperturbablement dans la raison d'égalité, qui ne permettait de faveur pour per-

sonne quel qu'il fût. Il ine paraissait déjà à peu près à bout d'arguments, lorsque je senlis venir derrière moi le flot dune bousculade : c'était le brave lieutenant Morin, commandant notre gendarmerie, et qui, me voyant perdu au milieu de cette foule, me croyait en danger et venait au besoin me sauver. Mais ayant compris auxpremlers mots qu'il n'y avait aucun danger et voyant que tous ces gens étaient parfaitement polis et respectueux, il s'avisa d'un expédient qui donnait une satisfaction apj)arente. « Eh bien, leur dit-il, puisque ça vous fait tant de peine de voir emmener vos amis par mes gendarmes, c'est moi seul qui me chargerai d'eux : je les prendrai avec moi dans une voiture. » L'expédient fit merveille, et tous furent enchantés : ils avaient obtenu une concession. Concession enfantine, puisque seize gendarmes suivraient la voiture, mais ils n'y pensèrent pas, parce qu'on leur donnait une apparence à sucer.

11 ne restait plus qu'à faire une perquisition chez l'avocat; il demeurait dans une maison en travers d'une rue très large, qui s'arrêtait là, formant presque une place. J'y entrai avec le juge d'instruction, le greffier, le commissaire de police et le garde champêtre, et l'opération terminée, pendant qu'ils mettaient en ordre leurs papiers, je sortis à l'avance pour aller commander le départ, car nous avions à continuer l'instruction à Cogolin, où avait eu lieu la plantation de l'arbre de la liberté.

A une cinquantaine de pas de la porte, je vis une vingtaine d'hommes rangés en travers de la rue comme des tirailleurs, et qui étaient autre chose que des curieux, car on n'apercevait pas une âme en dehors d'eux. Ils étaient là pour se livrer à quelque acte redoutable, convaincus que le moment venu ils l'exécuteraient : à la façon dont ils s'alignaient, je jugeai qu'ils nous attendaient pour nous tondjer dessus.

Dans tout autre pays, j'aurais bien fait de me mettre en garde autrement, et surtout de ne pas m'approcher, étant

lout seul; mais éJifîé sur ce que valaient les résolutions oflrayantes des Provençaux, je marchai paisiblement sans faire attention à eux, et quand j'arrivai presque à les toucher, ils s'écartèrent, et je passai sans même tourner la tète pour voir ce qu'ils faisaient. Au reste, par une pré- ■caution que je recommanderai toujours, il est bon, quand on part pour un transport de justice qui peut s'animer de façon ou d'autre, d'avoir sur soi des armes pour couper court aux incidents fâcheux. En ce temps-là on connaissait à peine le revolver; j'avais tout simplement deux pistolets de poche, d'ailleurs simplement chargés de menu plomb, bons tout au plus à effrayer, à écorcher, et surtout à appeler au secours. Je me gardais bien de les faire voir, mais je ne serais pas étonné qu'à un je ne sais quoi dans ma désinvolture, ces féroces conjurés les aient Ilairés sous mes pacifiques hauts-de-chausses.

Quoi qu'il en fût, cet incident, au moins louche, laissait deviner des projets de résistance qui pouvaient aussi bien aboutir à des actes de violence qu'à des menaces ridicules comme celles qui venaient de rater devant ma bonhomie. Un incident plus grave ne tarda pas à me le confirmer.

Nous n'avions plus rien à faire à la Garde-Freynet, et nous partîmes pour Cogolin, emmenant les deux inculpés en cabriolet avec le lieutenant, les seize gendarmes à cheval suivant, et nous, le juge d'instruction, moi et le greffier, dans la vieille berline dont j'ai fait plus haut pressentir l'entrée en scène.

Cogolin est une commune située en plaine, au bas du versant où s'élève la Garde-Freynet, et qui communique, par un chemin au bord de la mer, au port de Saint- Tropez. De la Garde-Freynet, une route carrossable au sortir de la ville descend par une rampe. De là on domine les montagnes des Maures et la Méditerranée à l'hox'izon. A droite, après un remblai gazonné, sont pratiqués dans le flanc de la montagne des raccourcis qui descendent dans la plaine, et permettent d'abréger beau-

coup l'arrivée à Gogolin. Sur le sommet du remblai gazonné qui s'élève à la sortie de la ville, se dresse une chapelle de la Vierge, en forme de petite maison, et ressemblant à celle que les peintres font figurer dans toutes les scènes de brigandage de la Corse ou des Abruzzes.

Nous étions en marche, et nous allions nous engager sur la pente, lorsque nous nous aperçûmes qu'après avoir assisté en masse au départ de notre convoi, la moitié de la population, jiresque tous les hommes, nous accompagnait, se disposant à nous suivre jusqu'à Cogolin et à y rester tant que nous y serions. Les faits s'élant passés là, il s agissait évidemment d'aller exercer une pression, un espionnage, des menaces sur les témoins, c'était même contre nous une démonstration au moins insolente. Je fis arrêter, et je descendis de voiture, et me plaçant derrière, je pris la parole.

Ce (ut vraiment une scène à peindre. Tout le monde, s'arrêtant, prit position, à distance respectueuse, autour de moi, les uns debout, les autres adossés au talus; d'autres assis sur les marches de la chapelle, portant leur enfant au bras, montaient sur le talus et, séchelonnant sur le gazon, se détachaient, aux rayons du soleil, sur l'azur du ciel; même quelques figurants, plus émus ou plus exaltés, avaient grimpé derrière la voiture, et, les jambes pendantes, les bras accrochés aux grands ressorts en cou de cygne de la vieille berline, écoutaient ma parole comme s'ils étaient à quelque drame émouvant. Je n'oublierai jamais la figure et le costume d'un de ceuxlà : assis sur l'arrière de la voiture, il pleurait à chaudes larmes, essuyant continuellement ses joues ruisselantes.

Je ne sais pas ce que je leur ai dit, mais, enlevé par la beauté du théâtre où se déroulait cette scène émouvante, il faut que j'aie bien parlé, car j'arrêtai en grande partie ce mouvement, la plupart cessèrent de nous suivre, et si je n'avais eu affaire qu'à la population tranquille, nous n'aurions eu aucune difficulté à Cogolin. Mais pendant que j'apaisais ce monde, les hommes de désordre, me

laissant parler à mon aise, sautaient de la route dans les raccourcis pour arriver avant nous à Cogolin, où nous attendaient toute une série d'incidents de plus en plus graves.

Arrivés vers deux heures, nous descendîmes dans une auberge située sur la place même où s'était passée la scène séditieuse. L'arbre de la liberté, encore ivre du vin dont on l'avait arrosé en attendant mieux, s'y dressait fièrement. Des gens venus évidemment de la Garde- Freynet allaient et venaient autour et se promenaient comme des désœuvrés, mais sans s'éloigner de la mairie, où nous entendions des témoins. Les opérations finies, nous rentrâmes à l'auberge, les gendarmes mirent leurs chevaux à l'écurie, couchèrent je ne sais où, et nous nous retirâmes chacun dans notre chambre, ou nous dormhnes paisiblement.

Si l'un de nous s'était avisé de regarder à la fenêtre, il aurait vu la place couverte d'un véritable bivouac d'une centaine d'hommes au moins, sans armes apparentes, mais certainement armés, et qui, assis ou couchés autour de quelques lanternes allumées, gardaient à vue notre auberge, préparant sans doute quelque coup de force contre nous.

Quand, levés de bon matin , nous préparions notre départ pour emmener avec nous les prisonniers, le campement n'y était plus, et ce qui était singulier, on ne voyait que quelques hommes allant et venant sur la place, mais ne s'en éloignant pas. Or, au moment où l'on voyait nos prépaititifs, il était étrange que pas un seul curieux ne se montrât quand allait se déployer le suprême épisode d'un événement qui venait d'agiter si furieusement le pays.

Je venais de donner l'ordre de départ, la voiture était attelée, le lieutenant se plaçait dans son cabriolet avec les deux prévenus, les gendarmes enfourchaient leurs chevaux, lorsque arriva une vieille femme qui, tout en larmes, dit à l'aubergiste, en patois :

« Ah! pauvres gens, ils sont au haut de la montée une troupe, per les abriga! » Abriga, en patois, signifie écraseï', anéantir.

Après ce qui venait de se passer, tout indiquait que nous pouvions nous attendre à rencontrer, embusqués dans les bois au bord de la route, les hommes qui nous avaient surveillés pendant toute la nuit. Nous étions dans la voiture quatre, en comptant le cocher, et dix-sept gendarmes; nous arrivions par un chemin étroit, en pente rapide, tournant, bordé à droite par des hauteurs, à gauche par des précipices couverts de bois : ils étaient une centaine, cachés derrière des buissons et des troncs d'arbres séculaires : nous avions à notre disposition le chemin de Saint-Tropez, découvert, en plaine, où nous trouverions une garnison, voire même une jolie petite citadelle espagnole où nous aurions pu soutenir un siège en règle dans le cas infiniment invraisemblable où le bon peuple de Saint-Tropez se serait oublié jusqu'à lever contre nous l'étendard de l'insurrcclion. De là nous n'avions qu'à prendre la grande route pour aller en paix. Je décidai donc que puisqu'on voulait si méchamment nous abriga, nous leur éviterions cette peine en nous en allant par Saint-Tropez.

Nous étions certainement entourés de très près par ces conspirateurs plus ridicules que dangereux, car quelques minutes étaient à peine écoulées, qu'un de leurs gros jjonnets vint se planter devant moi et me dit, en me tirant son chapeau d'un air pincé :

« Si vous passez par Saint-Tropez, le sang coulera.

— Si le sang coule, lui répondis-je sans me fâcher, ce ne sera pas le nôtre. » Et je mis le pied sur le marchepied de la voiture.

Je suppose avec indulgence qu'il recula d'attendrissement devant le forfait qu'il menaçait de commettre, et qu'il en fit signe à quelqu'un de ses féroces eslafiers, car je vis approcher un homme qui m'expliqua que si on avait songé un moment à « faire couler le sang », c'est

qu'on avait répandu le bruit que nous voulions emmener les prisonniers par Saint-Tropez, et que c'était pour de là les envoyer aux îles Sainte-Marguerite, où on les mettrait dans un cul de basse-fosse, et qu'on n'entendrait plus jamais parler d'eux!

J'eus toutes les peines du monde à ne pas pouffer de rire devant cette bêtise colossale, et me bornant à lui dire qu'il pouvait se rassurer, je montai en voiture. Quand il vit que décidément je partais pour Saint-Tropez, il me lit tant de protestations, me jurant que je pouvais passer par la montagne sans qu'il fût touché un cheveu de ma tête. Considérant qu'à tout prendre, un lieutenant et seize gendarmes, sans nous compter, valaient bien cent socialistes de village, surtout Provençaux, nous tournâmes bride et nous nous engageâmes au pas dans celte montée redoutable où les héros de la Gai'de-Frej'net nous avaient ménagé des Thermopyles renouvelées des Grecs. En tête s'avançait le lieutenant flanqué de ses deux captifs et escorté de ses gendarmes; notre vieille berline, lourde, lente et cahotante comme un énorme scarabée dans le sable, faisait un contraste pacifique avec la brillante et lière ordonnance de notre gendarmerie. Le temps était splendide, le silence et la paix semblaient se taire pour nous voir passer, et à cette marche lente et solennelle de la force et de la justice, les fiers prisonniers de la réaction semblaient des vainqueurs en triomphe.

Un épisode inattendu, et même invraisemblable, nous attendait à la Garde-Freynet. Nous faisions halte pour un instant. Des groupes nombreux étaient accourus pour nous voir passer. Voilà, .me disais-je, de bonnes gens qui, en paroles ou en attentats imaginaires, n'auraient pas mieux demandé que de me donner un mauvais coup : ils vont au moins nous huer, car ce sont les mêmes qu'hier.

Ils se mirent à crier. Je ne comprenais pas encore le patois : je demandai ce qu'ils avaient dit. « Vive la république, n'est-ce pas?

— Vive le procureur de la répuljlique I » ine répondit-on.

Ils étaient contents! Osez donc avoir peur du peuple : il n'y a de dangereux que sa bêtise ou la vôtre.

Certes, dans une affaire récente d'assassinat, j'avais fail mon apprentissage d émotions avec levée d'un corps écrasé, rigidité cadavérique, autopsie, arrestation tragique, toutes choses que je voyais pour la première fois. Même j'en avais éprouvé une telle impression que bien des années après, j'en ai fait le sujet d'une nouvelle qui figure dans un de mes livres intitulé l'A/fairc Scapin. Mais c'était alors, si j'ose dire, l'émotion classique, tandis que cette fois, ces bons socialistes du Midi jouaient devant moi, dans leur rôle de matamores, une comédie de poltrons à la fois sérieuse dans la forme et gaie au fond, car nous n'avons pas, j'en suis convaincu, couru le moindre danger. Et voilà comment, ainsi que je le disais en commençant cette histoire, ce transport de justice est resté un épisode à part dans ma carrière.

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