‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 22 sur 62 · LA POMPE-FUNEBRE I · texte numérisé non relu

LA POMPE-FUNEBRE I

des g>'mnasiarques! Plus effroyable esi l'exercice, plus il met la vie de l'artiste en péril et serre les poitrines d'une angoissante étreinte, plus la Pompe-Funèbre le suit assidûment de ses yeux insatiables, fervente habituée des six et des huit mois durant, tous les soirs à poste fixe, des Folies à Paris, du iMusic Hall à Londres, de l'Olympia à Vienne, etc.

Implacable et tenace, on dirait qu'elle épie, qu'elle guette une défaillance, un faux départ, un faux mouvement, la minute de vertige qui fera lâcher prise au trapéziste envolé dans les cintres et le jettera, cadavre, au pied des spectateurs éclaboussés de sang. La Pompe- Funèbre! Les frères Elton, les Aguelman de Londres, et les brillants Brillatori de Naples connaissent de longue date son dur profil cosaque, ses cheveux couleur paille et sa souple taille un peu plate, sanglée de vestes de drap clair sur de somptueuses robes noires. Coiffée d'une éternelle et toujours neuve capote de violettes, elle hante, à la

façon d'un spectre, l'esprit superstitieux des jeunes acrobates, elle fait d'indignation onduler les épaules trapues des vieux barnums.

Son nom... on l'ignore. Riche... sans doute; Américaine ou Slave... pas Française, à coup sûr! Des succès d'alcôve auprès des jeunes dieux, rayonnants et musclés, de la barre fixe et du trapèze?... De sinistres histoires se chuchottent là-dessus, des rendezvous implorés, obtenus et payés jusqu'à deux cents louis, quelquefois en diamants, toujours exigés une heure avant le numéro dangereux du spectacle ou quelque soir d'émotionnants débuts, rendez-vous amoureux presque toujours suivis d'un affreux accident, d'une mortelle catastrophe.

La Pompe-Funèbre, c'est sous ce nom qu'on la connaît aux Folies, chez OUer, à l'Hippodrome et chez les Franconi; elle fait émoi jusqu'en les foires. Elle soutire la vie, la force et la jeunesse, voue, envoûte, ensorcelé comme en plein moyen âge, porte guigne

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et malheur: d'un appel de ses yeux, d'un battement de ses lèvres, d'un signe de sa main sait se faire obéir du Trépas qui la suit, et l'affreuse Camarde est son humble servante: elle pompe la Mort.

HARICOT VKRT

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