LA POMPE-FUNÈBRE I3I
Paris. . . après plusdequatreansd'absence. . . la Pompe-Funèbre et ses yeux vides et clairs, sa pâleur exsangue et sa face mauvaise de monstre vorace qui reviendra vampire et galvaudera la nuit; elle élait jeudi soir au Nouveau-Cirque, prenant un visible plaisir à regarder se tordre dans le vide, son horrible bâillon aux dents, Miss Orina, l'acrobate femelle du Cirque Manzoni.
Cette femme qui, moulée dans un collant de soie blanche, se laisse hisser, une corde entre les dents, jusqu'aux cintres et là, suspendue dans l'espace, décharge coup sur coup, six fois un pistolet et se laisse ensuite redescendre lentement, virevoltant plus lentement encore sur elle-même et tout le poids de son corps portant sur ce cou qui se brise et cette bouche qui mord. Cette acrobate au maillot argenté qui peut être tuée à chaque seconde.
Durant les cinq minutes que dure le spectacle, cette chair humaine peut vingt fois tout
à coup défaillir et lâcher, s'écraser et s'abattre au milieu de la piste, sous les regards figés et ravis d'épouvante du public ébloui.
La Pompe-Funèbre adore ces spectacles poignants; la cruauté qu'ils éveillent dans l'âme et l'ébranlement qu'ils donnent à nos nerfs frissonnants, voilà les voluptés dont se repait sa sensualité cérébrale et blasée : quand elle fréquentait la Plaza, croyez bien que c'était uniquement parce qu'elle espérait toujours voir un des matadors, bousculé par la bête, demeurer une bonne fois étripé et saigant, crevé sur le carreau. Un homme vraiment tué, voilà le piment de la chose; le péril dans le spectacle offert et la grâce insolente, dangereuse comme un défi, dans !e risque couru.
Oh! elle est bien connue dans le monde spécial des cirques et des baraques, la Pompe- Funèbre, connue et redoutée des forains de banlieue comme des princes du métier aux cachets de ténor, les Scheffer et Mora, les rois