LES RUES CHAUDES I 7 I
celone a toute une population de réfugiés français plus ou moins brouillés avec la justice de leur pays, chevaux de retour, condamnés en rupture de surveillance ou de ban, tous, à les entendre, expiant un délit de droit politique, en général assassins ou voleurs, l'écume même des ports de Marseille et de Toulon : laquelle population tient ses assises dans ces rues, y a ses cafés, ses lieux de rendez-vous et ses repaires, d'où le proverbe en cours à Barcelone : « A Barcelone, pour un Français un Français est bien plus dangereux qu'un Catalan. »
Cette révélation nous incite peu à lier connaissance, nous pressons le pas, timidement hélés de place en place par une robe rose à châle blanc; nous arrivons devant un triste parallélogramme de prison ou de caserne, nous nous engageons sous des voûtes ruinées, longeons de hautes murailles autrefois à créneaux et débusquons enfin par une poterne sur une large route de banlieue, en dehors de la
172 BAUCKLOS'I-:
ville : des bruits de charrois traînent vers le port.
Nous sommes au pied des anciens remparts de Barcelone... Au loin, sous les feux de lumière électrique miroite la mer; ils ont une haute et fière allure, ces remparts. Devant nous, la masse énorme et noire de Monljuieh et, se profilant dans le bleu sombre de la nuit, des toits de fabrique et des cheminées d'usine.
Nous croisons des groupes de soldats, se hâtant vers la poterne que nous venons de quitter, tous regagnent la ville. « Trop tard, fait soudain notre guide, nous nous sommes attardés dans le quartier français, le bal est fini, ce sera pour demain soir. »