LES RUES CHAUDES
l'installer à Xalencc, les sierras Murenas et leurs défilés, autrefois redoutes du touriste, en seront inondés d'ici huit mois : nohis Ihvc otiafecil Lopez, le banquier de toutes les Espagnes, fermier-entrepreneur de l'électricité, baron Haussmann de ces États Mal-Unis de demain.
Nous avons quitté la Rambla. Précédés par la c.ipa de notre guide, nous nous engageons dans des rues étroites et sinueuses, mais singulièrement éclairées aux rez-de-chaussées, autant de refrescos, de débits de vin et de toic'g-js, rez-de-chaussées en contre-bas de la rue, emplis de blouses courtes d'ouvriers des champs, de vestes rondes d'Aragonais et d'uniformes de soldats. Au seuil de ces établissements des silhouettes de femmes se tiennent immobiles, drapées dans de longs châles de laine clairs, gris ou blancs; des jupes d'indienne rose ou bleu pâle â volants frôlent la cheville et laissent voir un soulier découvert; une marmotte de soie de couleur
lyo
vive est nouée sous le menton; d'autres se tiennent assises sur une chaise dans d'équivoques allées de maisons, le front sous un quinquet huileux qui les découpe étrangement : un escalier s'aperçoit dans le tond. Elles ont toutes l'air résigné, une pose lasse, comme abandonnée de bêtes domptées et passives; tout regard semble absent de leurs grands yeux noirs. A l'angle de l'une de ces rues une pharmacie, où l'on guérit, s'il faut en croire les annonces dorées, les maladies secrètes, raconte éloquemment où nous sommes ; oui, nous y sommes, mais toutes ces maisons sont libres, libres les calmes et placides marchandes de galanterie en châles de laine blancs. Ici, la prostitution n'est soumise à aucun contrôle, mais la prostituée ne peut ni provoquer ni circuler dans les rues, d'où le silence, le mutisme de ces rues chaudes hantées d'immobiles manolas. « Le quartier français », nous révèle notre guide, et comme nous nous récrions, la capa veut bien nous expliquer que Bar-