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court à hauteur d'homme une galerie de bois découpé: deuxportes peintes en rouge donnent sur cette galerie, des oignons et des courges pendent, ça et là, accrochés aux balustres.
Nous sommes dans la posada annoncée hier au soir et, qui mieux est, nous sommes attendus : le Barcelonais, qui s'est mis si espagnolement à notre disposicion, a bien fait les choses ; il a commandé au quartier d'artillerie un Sévillan célèbre dans la garnison par ses talents de guitariste ; et tout un piquet d'honneur a tenu à accompagner Peppe, qui doit chanter \t flamenco devant les touristes français. Chose étrange, ils ont l'air en sucre candi, les arlillores de la Reyna gubernatora, et malgré leur uniforme visiblement en loques, ils ont, sous leur hideuse casquette de cuir bouilli et leur affreuse veste bleue à parements rouges, un aspect propret et enfantin de soldats de plomb ; on ne peut plus déconcertants, ces trop jolis soldats dans cette équivoque posada de barrière, où entrent de
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minute en minute, drapés de couvertures et guêtres de cuir fauve, des amateurs de danse à mines de forbans.
Au fond, sur une estrade, un orchestre a pris place : trois musiciens aragonais à visages de bandits sous le foulard noir noué en serretête, culottes trouées et vestes couleur tan. Des filles, le châle d'indienne à tleurs crf)isé sur la poitrine, presque toutes coiffées en marmottes, l'air de bonnes à tout faire, circulent parmi cette canaille. Une assez jolie, grande, mince et haute en couleur avec des sourcils si réguliers, si fins qu'ils semblent tracés au pinceau au-dessus de ses grands yeux noirs, se promène escortée de deux ordonnances : pour la courtiser, ses galants tirent de leur poche des amandes et des noix qu'avant de lui offrir ils cassent sous leurs dents ; l'écorce enlevée, la belle avec des gestes vifs de guenon saisit l'amande ou la noix sèche et, impassible, sans un mot, la croque à son tour. Elle a d'ailleurs un sourire
écarlate et blanc qui lui fait le tour de la tête, trente-deux grains de riz dans une grenade ouverte, et des cheveux luisants ramenés sur les tempes en coques de satin noir : au .Moulin-Rouge, costumée par Landolf, cette fille évidemment ferait recette entre Otero et Duclerc.
Une note : cette foule est relativement silencieuse, un vague bourdonnement emplit à peine celte salle... Nous sommes loin des cris, des ohé du chahut et du vain brouhaha de nos bals d'ouvriers rigoleurs et braillards. Ce silence et cette dignité d'une race méridionale nous étonneront d'ailleurs à travers toute l'Espagne. Accotés au comptoir, nous attendons.
Sur un signe de notre guide, l'artilleur sévillan, commandé pour la circonstance, prend place sur une chaise dans un coin du hangar, croise une jambe sur l'autre et, pinçant sa guitare, il commence : on entendrait voler une mouche maintenant.