‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 35 sur 62 · I.F. I I.AMl.Nr.O · texte numérisé non relu

I.F. I I.AMl.Nr.O

A la fois gutturale et douce avec d'élranTei portements de voix, la chanson gémit, monotone : la guitare la soutient à peine, moins que pincée, touchée du bout des doigt>; de temps en temps la main du chanteur se pose à plat sur les cordes, étouffant toute sonorité, et tandis que la musique gronde assourdie, la voix alors s'enfle, se gargarise pour ainsi dire avec elle-même et devient rauque, déchirante comme une invocation, un chant de muezzin, un appel à Allah, et c'est triste à pleurer, d'une tristesse prenante, navrante et qui étonne, cette chanson de danse dégénérée en plainte et de plainte en prière ; et des décors s'évoquent de ciels d'un bleu qui brûle, de solitudes immenses et d'horizons de sables derrière des minarets; on sent gémir en elle le lumineux ennui accablé de l'Orient.

Mais voili qu'un des soldats s'est détaché des rangs des spectateurs et se tient maintenant au milieu de la salle; les bras levés, les veux baissés, obstinément fixés au sol, il

piétine sur place, d'abord lentement, puis plus vite et plus vite encore avec une sorte de frénésie hystérique, inconsciente. Une fille en marmotte de soie rayée est venue se camper devant lui, répétant identiquement tous ses mouvements, tous ses gestes. Tous les deux, maintenant vis-à-vis l'un de l'autre, ondulent sur place, pétrissant rageusement la terre battue du sol à durs coups de talon; mais ils ne se regardent pas, leurs paupières sont closes et leurs yeux s'évitent ; ils les tiennent énergiquement fixés sur la pointe de leurs chaussures; et la guitare grince et le flamenco monte, s'enfle et s'anime, et comme un vent s'élève qui secoue cette salle; des éclats de voix répondent^ et d'autres couples se sont campés face à face, et maintenant dans toute la posada, filles et gars trépignent sur place, les bras levés, tordus en cadence. Le danseur bondit à gauche et la danseuse à droite, et leur buste reste droit sur leurs hanches oscillantes, tandis que, pris de folie,

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