LES MENDIANTS
minaret, el Migiieleleou Micalet cnvalcncicn, du nom de sa grande cloche consacrée à l'archange saint Michel, et puis où retrouver l'inoubliable impression de la cathédrale de Barcelone, toute de mysticisme et de pieux effroi ! Mais que faire à l'étranger, à des cent lieues de France, à la tombée de la nuit, quand on sait qu'il n'y a rien pour vous à la poste restante, pas un journal français dans les cafés bondés de monde d'une heure à cinq, mais subitement vides en Espagne à l'heure chez nous grouillante et fourmillante du vermouth; que faire, sinon entrer dans une église et là, dans le clair-obscur des chapelles à la Madone, aux lueurs d'une veilleuse agonisante, se pénétrer de couleur espagnole !
Nous poussons le tambour de la porte Seù, gardée par quatre ou cinq pauvresses à mines encore supportables sous leurs châles de laine et leur serre-tête douteux : d'ailleurs ces dames ont apporté leurs pliants et, confortatablement installées sous le porche, elles
tiennent conciliabule entre un Ave Maria dépêché de leur chapelet et un bout de tétasse de temps en temps donné à un marmot teigneux, posé auprès d'elles sur un autre pliant {sic).
C'est à croire qu'à Valence on va mendier à la porte des églises comme on va chez nous s'asseoir avec les enfants, au Luxembourg ou à la Petite Provence. La mendicité doit être ici l'occultation d'une heure de la journée, c'est peut-être le cinq à sept des femmes d'artisans, car, à dire vrai, ces cinq mendigotes ne sont ni plus haillonneuses ni plus lamentables que les autres femmes jusqu'ici rencontrées, mais patience ?
Leurs voix dolentes nous poursuivent jusque dans la cathédrale ; là nous tombons sur une cérémonie. La capilla «2a3'07- est toute illuminée, plongeant les bas-côtés dans une ombre profonde et derrière les grilles dorées, à la lueur intermittente des cierges, officient, enfoncés jusqu'au cou dans les stalles de
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chêne, des diacres en surplis et des chanoines en pèlerine; un incessant nKirniottonicnt, à lèvres serrées, bourdonne, monotone, de temps en temps coupe par les répons en voix aigres des enfants de chœur. Est-ce le rellet tremblotant des cierges ou les jeux du clair-obscur sur ces dos fourres d'hermine et ces tonsures ! Mais il y là, dans ce chapitre, des figures sinistres, nuques violentes de meurtrier, mufles carrés et fronts fuyants, profils de forçats suant la luxure et l'avarice. Une longue chape violette, ennuagée d'une aube de dentelles, se lève et vient lentement s'agenouiller devant un grand antiphonaire posé à plat sur un lutrin ; deux robes rouges d'enfants de chœur l'accompagnent. Cette chape a un cou de taureau, des poignets musculeux et velus et, avec sa tête courte et rusée aux lèvres minces, à la pâleur verte, fait songer à quelque monsignor né pour le bagne ou à un galérien devenu cardinal. Dans les bas-côtés, des formes accroupies, femmes
en mantilles, hommes en capes, non pas à genoux, mais assis à cropetons, à même les dalles : une immobilité de statue fige tous ces êtres affaissés sur eux-mêmes, sans un geste, sans un mouvement ; un même et sourd marmonnement, le chapelet qu'on égrène, le credo qu'on récite, indique seul qu'ils sont en prière et ils demeurent là des heures. Ce spectacle est unique, nous ne retrouverons cette foi prostrée qu'en Algérie, dans les mosquées, où l'arabe en dévotion a la même attitude accroupie, la même immobilité adorante devant un verset colorié du Koran.
Au pied des pilier,-', dans les angles, en retrait des chapelles, gisent d'autres formes, dont quelques-unes étroitementtassées contre les autres, paquet douteux de loques et de haillons et voilà que des mains sèches et jaunâtres ?e tendent et que des faces rongées d'ulcères affreux se montrent : faces sans nez, visages aux yeux éteints roulant sous une taie