LA RAMBLA
cazar et les Folies-Bergère (car ils ont des Folies-Bergère, eux aussi !)
Tous les soirs Barcelone s'éparpille et bâille sans applaudir dans vingt-sept théâtres et cafés chantants. Ce peuple ne vit, ne semble vivre que pour el theatro, el confitero et le peluquerOy le gâteau, le coiffeur et le spectacle. Mais de quoi se nourrit-il? Mystère! Dans Joutes mes pérégrinations je n'ai encore vu qu'une boucherie, et dans une ruelle étroite du quartier des casernes et du port.
En revanche il joue éperdumenl, passionnément, avec frénésie. Dès sept heures il est aux loteries; portefaix et soldats de la reine se gargarisent de patois, attroupés devant les listes des numéros gagnants : la loterie de trois millions, tirée le jour de Noël (M. le ministre des finances a mis lui-même la main dans le sac..., pour en tirer le gros numéro) révolutionnait encore hier toutes les provinces de toutes les Espagnes; et dans toutes les boutiques à jouer fonctionnent, du matin au soir,
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autorisés par M. le gouverneur (lequel a son pied, selon le mot ici en cours, mettez la part du lion), des jeux de trente et quarante et de louches roulettes, auprès desquels le bonneteau Montmartrois devient un honnête bézigue en plein vent.
Le dimanche, toute la Catalogne se précipite dans ces tripots : blouses et capas, châles à fleurs de paysanne, confections parisiennes de senoras, tout s'y mêle et s'y coudoie; et, en semaine, le sereno (le gardien de nuit des rues espagnoles) s'y rencontre, à l'aube, son trousseau de clefs sonnaillant à la main, avec le laitier venu apporter le lait à la ville. Et M. le gouverneur et M. le ministre lui-même empocheront peut-être le plus clair des économies de la Reyna gubernatora.
Installés sous les platanes de la Rambla, des Castillans en costume national, plus laids que nature et couleur d'amadou, débitent des fruits confits et des nougats exquis. Auprès, des étals de bouquetières embaument :
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