‹ Un démoniaqueChapitre 22 sur 40 · ARGENT, OR VERT ET CAPUCINE · texte numérisé non relu

ARGENT, OR VERT ET CAPUCINE

fusion avec, de l'autre côté de la rade, les paquebots et les steamers de commerce à quai de Barcelone : le port de Barcelonnette au soleil couchant.

Et là, au pied d'une espèce de môle-promenade, la pointe aux manteux de tous les ports du Midi et de TOrient, une population affairée et remuante de Catalans basanés, allant, virant et voltant, jambes nues, les pieds chaussés de l'espadrille blanche, le cou découvert dans la chemise de toile bise et leurs voix gutturales se confondant dans un immense et tapageant rauquement.

Au ras même des quais, des gars sont accroupis auprès d'immenses couffes, où palpitent comme du blanc de perle, de la nacre et du vif argent ; ça et là du corail rose humide apparaît, luit et coule dans tout ce givre et cet argent mouvant. C'est, se détachant en vigueur sur d'énormes feuilles de choux, la pêche des habitants de Barcelonnette : dorades écaillées d'azur tendre, comme

prismatiques, calamares pareilles à de vivantes opales qui se liquéfieraient, à la fois molles et grasses, langoustines transparentes du gris vitrifié des crevettes, soles et salmonettes, la salmonette, le régal préféré de tout homme du Midi, et, parmi toutes ces viscosités diamantées et brillantes , je ne sais quelles anguilles jamais rencontrées autre part, d'un rose de perle rose ou de fleur de pêcher, de vrais joyaux fluides et gluants.

De temps à autre, un des pêcheurs accroupis à un lointain appel répond par un cri rauque, charge d'un tour de main sa couffe de poissons et, l'épaule haule, s'éloigne en courant : il rejoint à pas vifs, rapides, le pas à talon détaché des coureurs antiques , un autre peint du môle où des groupes d'ombres, hommes et femmes du peuple, s'agitent et se démènent en formant de grands cercles, hanches à hanches et les bras aux épaules, autour d'un autre homme invisible hurlant.

La vente à la criée ! Étranges, ces espèces

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