ARGENT, OR VERT ET CAPUCINE I9I
de rondes humaines, se silhouettant en noir, au bord de cette mer d*or vert, sur ce crépuscule saignant.
Assises au rebord du trottoir, les coudes aux genoux, dans des poses attentives et lasses, des femmes de pêcheurs vêtues d'indiennes à fleurs sont là, au pied du môle, attendant.
Non loin d'elles, installé dans une guérite entre trois alcarazas et des poteries espagnoles, un vieux matelot débite de Vagua fresca à un maravédis le verre et des sirops d'amande et de limon : ce que Vagua fresca a de succès. . . Il y a toujours un client devant Tétroit comptoir et le^ vieil homme n'arrête pas de rincer.
D'ailleurs, ce que cette agua fresca es réconfortante au goût et pure et glaciale.
L'eau est une des rares merveilles de l'Espagne, elle y est partout exquise : cette eau-là, à Paris, se vendrait dix à vingt francs le verre Tété, dans un grand restaurant.
Cependant dans ce décor somptueux, tout d'argent, d'or vert et d'écarlate, une fausse note : pour regagner la rive opposée et les quais de Barcelone, nous prenons un bateauomnibus où Ton navigue au son d*un piano mécanique : un Catalan carnavalesque y moud à tour de bras, inexorable et fier, la Valse des chopines.
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