LA HUERTA
Une lueur rouge , filtrant à travers les stores hermétiquement clos du wagon, nous éveille en sursaut et nous voici nous pressant, toutes les glaces baissées, aux portières... Un vent frais nous saisit en même temps que le plus étrange spectacle nous arrache un spontané cri d'enthousiasme.
Se détachant en vert vivace sur des terrains rougeâtres, mais d*un rougeâtre de brique pilée, défilent devant nous d'innombrables
orangers. Massés en boule avec leur feuillage à la fois luisant et tendre, ils sont là par centaines, que dis-je, par milliers, et dans leur verdure éclate, avec Tintensité de lanternes vénitiennes, le jaune orange de leurs fruits, les feuillages en sont comme éclairés... A rhorizon, court sur un ciel dur, couleur de turquoise, une muraille rocailleuse de montagnes transparentes, des sierras en dents de chacal, aux cimes les plus follement échancrées, tour à tour apparues de porphyre ou d'améthyste, selon T ombre portée de leurs contreforts, ravinées, déchiquetées, successivement violettes, mauves et bleuâtres, toujours chimériques de nuances et de contours et sur cet horizon de contes de fées file invariablement le vert, criblé d'oranges, des vergers d'orangers.
Nous sommes dans la Huerta ou la campagne de Valence. La richesse même de la ville et du pays, cette vaste oasis entourée de montagnes, à Tabri des vents et du froid, où