‹ Un démoniaqueChapitre 26 sur 40 · VALENCIA DEL CID · texte numérisé non relu

VALENCIA DEL CID

Une désillusion, cette grande ville plate^ éparpillée, confuse dans son plan, et, comme une ville de jouets d'enfants dressée au ras d'un banal tapis de table, laidement bâtie en plaine, sans pittoresque, presque sans monuments et combien loin de la Valencia del Cid qu'on s'imagine et d'après les chroniques et d'après les romances.

Sans monuments, non, une cathédrale, mais d'architecture hybride, cintres romains et portail de style jésuite, de nombreuses églises,

mais toutes déshonorées par ce goût étrange de la décoration rocaille qui détonne et étonne dans toute l'Espagne; et par les rues étroites I

et d'aspect maussade, sur toutes les maisons excessivement hautes, l'atroce abus du j badigeon déjà signalé à Barcelone. Elles sont infâmes, ces maisons, avec leurs façades étranglées (deux fenêtres à peine par façade), leurs balcons à tous les étages, leurs toits de tuiles rongées par le soleil et leur teinte jaune serin, bleu savon, rose pompadour ou vert d'eau, aggravée de fresques en grisailles représentant des volutes et des chicorées s'étendant du cinquième étage à leur rez-de-

chaussée : le crépi s'en écaille, montrant le rouge de la brique comme le sang d'une plaie, partout le plâtre se lézarde : d'autres en simple pisé s'effritent avec de faux airs d'étables; et sur cette misère, cette incurie et ce luxe minable un froid soleil d'hiver, un ciel veiné de blanc sur azur cru répand une tristesse, une indicible mélancolie.

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