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LA LONGA DE SEDA

rossinan^s pompeusement harnachées ; quatre laquais poudrés, empanachés de plumes, en livrée argent et ciel, flanquent les coins d'un char, que nous croyons de dentiste. Cet équipage, qu'oserait seule afficher, le Brunswick étant mort, M™* veuve de Rute, est tout bonnement un corbillard ! velours ciel et argent..., velours taché, argent terni d'ailleurs, vieux paillon, vieux galon, ô Espagnes l

LA TUKIA

La promenade à la mode de Taristocratie de Valence : une longue allée d'eucalyptus bordée, d'un côté, par le Guadalaviar ou la Turia, le fleuve de la province, de l'autre, par des hôtels particuliers, des villas à la mauresque et des jardins de roses et d'orangers; quelque chose comme notre Cours-la-Reinc, si ce n'est que la Turia se trouve hors la ville.

Le Cours-la- Reine... en effet, c'est Timpres-

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sion que la promenade mondaine des Valenciens nous donne avec son fleuve enjambé par cinq grands ponts de pierre et, sur la rive opposée, la morne tristesse d*un empilement de casernes et d'usines; oui, mais un Coursla-Reine qu'une malechance aurait placé devant le quai de Javel. Une/ma (fête foraine), laferia de Noél installée sur la rive opposée, devant la manufacture de tabacs, rend l'analogie encore plus frappante; ces lointaines musiques d'orgue et ces maigres pétards, mais c'est la fête des Invalides. Avec cela un ciel gris et balayé de nuages, un vent aigre qui secoue brutalement les quelques pâles roses attardées des jardins, et, sous l'arche de deux grands ponts de pierre très bombés, en dos d'âne, qui limitent la Turia, un filet d*eau jaunâtre, comme de la boue liquide s'écoulant en rigoles dans une plaine de vase, voilà le Guadalaviar : un port de mer à marée basse, même aspect de désolation navrée, même abandon et mêmes senteurs!!

C'est devant cet horizon de banlieue mélancolique, que tient à défiler tous les jours, de quatre à six, quiconque a dans Valence voiture avouable et cheval à Técurie. Cest d'ailleurs « dans les deux cents mètres de la promenade » un assaut de luxe et d*élégance, une bataille courtoise que ne désavouerait pas le tout-Paris du Bois, allée desRastaquouères, bien entendu. Nous croisons là des victorias attelées et des coupés discrets, des livrées bien coupées, sans galons ni paillons, et suffisamment sombres, et cela nous étonne et cela nous ravit. Enfin, qui mieux est, ces voitures sont claires, les mors et les sellettes astiqués, et les chevaux de sang, sans houppes ni pompons, dans de beaux harnais sobres, ont des robes lustrées de bêtes entretenues.

Des élégantes descendues de voiture font les cent pas sous les eucalyptus, tout comme aux Acacias les Parisiennes ; des cavaliers passent et repassent, qui du buste et du sourire à la fois les. saluent, peut-être un peu trop

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inclinés sur la selle, ces messieurs. Enfin, il y â des petites mains gantées qui s'agitent aux portières, d'autres qui font arrêter pour causer avec un promeneur à pied, et les équipages prennent la file ; on se croirait à Paris.

Mais, Jésus ! que ces dames sont brunes, et bavardes et... bruyantes ! Sainte Vierge, que ces messieurs sont pommadés et vernissés et nickelés et bien mis ! Que de cravates ponceau, turquoise et amaranthe, que d'épingles dans ces cravates et que de bagues à tous les doigts (nous avions cru jusqu'ici ces élégances le monopole des courtiers en bijoux du Café de la Paix ou des Brésiliens du théâtre de Meilhac et Halévy, encore une illusion perdue I). Quant aux femmes! toutes chaussées à vous prendre l'âme, pour la plupart, avec des tailles rondes et fines, elles ont, hélas, toutes, cette élégance àe costumes à fourrures et de robes de drap soutaché remarquée aux allées de Tourny de Bordeaux comme au parc de Versailles I elles sont toutes madame la nouvelle sous-

préfète ou madame la jeuae colonelle, dont les robes ont révolutionné mon enfance provinciale, elles ont toutes la robe dont toute une ville entière commente durant un mois la coupe et la facture, la robe de Paris!!!

Je cherche en vain dans tous ces jeunes visages à retrouver le type adorable, peut-être un peu convenu de l'Espagnole comme on la rêve, ce type exquis qu'incarna une année, au boulevard, Gabrielle de la Perinne, mais voilà, on ne revit pas deux fois une impression. Le délicieux visage, riant, illuminé de Céline Montaland, mais déjà plus banal et déjà plus connu, nous ne le retrouvons même pas; et les plus jolies femmes que nous réussissons à rencontrer se rapprochent toutes ou de Marguerite Ugalde avec plus d'empâtement ou de Jeanne Granier ; c'est charmant, mais ce type ne réalise pas tout à fait celui que Ton se crée des belles sefioras blondes !

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Blondes ! oui, car dans l'aristocratie les femmes nées doivent être blondes. La clarté du cheveu, c'est le sang bleu de l'Espagnole.

De l'autre côté de l'eau, un défilé de lourds camions^ de longues charrettes « surchargées de fûts et de tonnes; c'est le retour du Grao, le port commercial de Valence, situé à deux kilomètres de la ville : cela se traîne sur la route défoncée et boueuse avec de rauques arrachements de ferraille, de durs coups de fouet dans l'air froid. Les quatre statues de saintes et saints posées en sentinelles à l'entrée de deux ponts, qui barrent la Turia, se détachent en noir sous un ciel tout à coup, de blême qu'il était, de venu d'or verdâtre, un ciel crépusculaire qui fait de saphir pâle, délicieusement bleu, les cimes de montagnes qui ceignent la Huerta.

Cfêlées d'argent, elles resplendissent transparentes, mais c'est l'éclair d'une seconde;

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tout est mirage dans ce pays de mensonge et de lumière. Mal à Taise et grelottant de froid, nous regagnons Valence par un des ponts de pierre; celui qui nous conduit le plus près de la feria".

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