‹ Un démoniaqueChapitre 6 sur 40 · LA DAME AU CARCAN DE PERLES · texte numérisé non relu

LA DAME AU CARCAN DE PERLES

Tous les printemps, à chaque vernissage, c'est un attroupement de la foule devant un de ses portraits signés d'un nom fameux ; tous les ans le peintre change, mais qu'il appartienne au clan des Impressionnistes obsédés de violet et de mauve, ou à l'école Symboliste hantée jusqu'à la maladresse des Carppacio et des Mantegna, c'est toujours dans Tor éclatant et ciselé du cadre la même face ravinée et récrépie par les fards, la même

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vieille coquette d'outre-mer, représentée en de théâtrales attitudes, somptueusement vêtue de satins, de dentelles, de peluches et de moires. Les cheveux visiblement teints, les chairs travaillées par Témaillcuse et badigeonnées à neuf, les lèvres carminées et jusqu'aux mains hideusement maigries, poncées et veloutées par je ne sais quelle poudre, tout en dépit de l'habileté et des tricheries mensongères du peintre, proclamée pouvantablement la décrépitude et la ruine ; mais dans cette Jézabel accablée de bijoux et d'années, dans cette espèce de reine.de drame ou de féerie aux fastueux ajustements d'idole, un détail, toujours le même, épouvante et souligne comme d'un trait macabre le mystère inquiétant de la femme : un hausse-col de perles, de perles énormes, d'un invraisemblable Orient, montées sur drap d'argent et qui, gainant de métalliques pâleurs un cou invisible, a l'air d'être là pour maintenir sur ce corps de parade une tête qui chancellerait sous son fard.

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