LES RELIGIEUSES
borne ; mais je Tai toujours respecté, et en outre, regardé comme une condition de vie pour les congrégations religieuses, une des conditions sans lesquelles le bien qu'elles font serait bien vite amoindri et réduit à de fort minces résultats. Cest là, si Ton veut, le mauvais côté des communautés, le côté faible ; car toute institution où l'humanité entre comme principal élément, a ses inconvénients et ses faiblesses, quelle que soit d'ailleurs son origine. Hors de là, je vous avoue que je ne vois plus dans les communautés religieuses, prises et considérées en général, que des reproches individuels à faire, que des nuances plus ou moins heureuses résultant de la variété du caractère, du naturel, de la direction donnée, des circonstances personnelles et des règles ou statuts des divers ordres. Or tous ces blâmes, toutes ces défectuosités, toutes ces fliiblesses sont encore à mes yeux d'un poids bien mince, lorsque je les balance avec les choses édifiantes, admirables, éminemment louables et utiles dont on est témoin quand on voit les religieuses fréquemment et de prés. Que de fois j'ai remarqué beaucoup de grandeur dominant beaucoup de petitesses I Les petitesses tenaient aux personnes, la grandeur venait de l'institution elle-même et de ses principes fondamentaux. Peu d'ecclésiastiques, peut-être, ont lutté plus que moi contre des religieuses. Je n'aurais pas tant lutté, je vous l'assure, si je n'avais pas eu une grande estime pour l'état religieux ^
Le manque de documcnls pour ce qui concerne les rapports de M. Dernier avec les trois autres communautés dont il tut supérieur ne permet point d'esquisser la manière dont il les gouverna. D'après les témoignages recueillis, on y apprécia son talent et son dévouement. Chez les religieuses hospitalières il insistait sur les soins
I Lettre du J5 septembre 1^5-1.
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respectueux et pleins de foi qu'elles devaient prodiguer aux malades. Partout on remarquait qu'il était intarissable dans ses recommandations de charité fraternelle et de respect envers les supérieures.
A la supériorité qu'exerça M. Bernier sur une communauté enseignante se rattache un incident d'intérêt plus général. En vertu d'une ordonnance royale du 26 juin 183G, consacrée à cet égard par la loi du 15 mars 1850, les lettres d'obédience lenaientlieu de brevet de capacité aux institutrices appartenant h des congrégations religieuses vouées à l'enseignement et reconnues par l'Etat. En conséquence les sœurs n'étaient pas soumises k des examens. La conscience, le souci d'une bonne réputation faisaient exiger par les supérieurs une instruction suffisante, à moins qu'ils ne se laissassent illusionner par un idéal scientifique trop borné, et le désir d'accroître le nombre des écoles de la congrégation. M. Bernier prolesta souvent contre l'envoi en obédience de sujels insuffisamment préparés. Ce qui se passait malgré lui, à Saint-Charles, était plus fréquent dans d'autres communautés gouvernées par des supérieurs moins fermes et moins exigeants. La bienveillance de la loi donnait ainsi naissance à de graves abus. Le chanoine parvint à faire partager ses craintes très fondées k l'évéque, et il en obtint une ordonnance réglant qu'à partir du 1"' avril 1853, toutes les religieuses du diocèse, soit pour une grande classe, soit pour une petite, ou même une salle d'asile, passeraient un examen fixé et proportionné devant une commission épiscopale. Les communautés ne surent aucun gré à M. Bernier de cette formalité qui