‹ Un dernier GallicanChapitre 132 sur 162 · VERSO · texte numérisé non relu

VERSO

A Mlle J. Leguxiy

L'homme a deux ailes, pour s'élever au-dessus des choses de la terre : la simplicité et la pureté — {Imit.l. 2 ch, ^).

On conçoit que la pureté n'est autre chose que l'exemption de toute affection bu volonté désordonnée. Quant à la simplicité, Bossuet la fait bien-comprendre

en disant que l'œil simple

recommandé par N.-S.- est celui

qui ne regarde fixement qu'un

seul objet à la fois : image

de l'intention qui, en

tout, se dégage de tout,

pour se porter à Dieu

son unique objet.

6 juin 1839.

« Il n'y a pas plus loin, pour aller au ciel, du Triangle que de la rue du Voilier ; je ne m'eii irai d'ici que pour partir au paradis. »

Le jeudi, 0 juin, plusieurs de ses amis firent à son intention le pèlerinage d'une chapelle très vénérée à Angers, celle du Champ^des-Martyrs, et M. Vincent, le curé de Saint-Jacques, y célébra la messe. Afin d'être libre pour s'unir à ces prières, M. Bernier se fit rendre de bonne heure les soins accoulumés. Après une longue oraison, il prononça le vœu d'aller, s'il recouvrait quelques forces, offrir quatre fois le saint sacrifice dans ce sanctuaire ^

Le vendredi, Mlle Leguay trouva moins bien son cher malade et il s'en étonna. La nuit avait été bonne et tonte de sommeil. Dans la matinée, il mangea quelques cerises. Un insecte les avait-il souillées ? Y eut-il simplement coïncidence avec un mal qui ne s'était pas encore déclaré ? Bientôt après M. Bernier se plaignit de souffrir à la langue. Peu à peu elle enfla et, dans la nuit suivante, elle prit un volume effrayant. En se voyant perdre complètement la parole, il tâcha d'exprimer une dernière fois sa reconnaissance à la religieuse qui le veillait. Il regrettait, disait-il, de la voir se priver de sommeil inutilement puisqu'elle ne pouvait le soulager en rien.

A cinq heures, on fut chercher M. Farges, et comme il n'arrivait pas tout de suite, le malade le réclama

I Quatre jonrs après il mourait ; sa promesse fut cependant accomplie par ses amis : MM. Vincelot, aumônier du Champ-dcs-Martyrs, Gardais, de la Dyriais et Claude.

4o6 l'extrême-okction

plusieurs fois instamment en écrivant son désir ; c'était le seul moyen qui lui restât désormais de communiquer sa pensée. A six tieures et demie il écrivait : « La tangue a pris un développement énorme. Elle menace d'obstruer le canal de la respiration. 11 est de toute nécessité d'aviser à un dégagement, s'il est possible. En l'absence de M. Farges, qu'on m'amène un autre médecin ».

Et un peu plus tard : a J'avoue que je crains un éloulfement ; si je pouvais voir un médecin, je consulterais pour savoir s'il ne serait pas temps de demander l'Extrême-Onction ».

Enfin, le docteur arriva stitvt du curé de Saint-Joseph. Pour dégager les voies respiratoires, M. Farges s'empressa de faire à la langue des incisions dont le malade supporta courageusement l'opération. Désormais il fallut, pour ainsi dire de minute en minute, nettoyer, avec de petites éponges, cette bouche qui se remplissait ' de sang et de mucosité infectante. Après une demi-heure d'excessives souffrances, se sentant un peu soulagé, M. Bernier fil signe au médecin par un geste d'autorité que c'était assez et qu'il devait céder la place au prêtre. En recevant le sacrement des mourants, il s'unit aux prièresdel'Ëgliseetprésenta successivement lesmembres qui devaient être sanctilîés par les onctions. La journée fut mauvaise. On essaya de nourrir le malade en lui injectant un peu de liquide à l'aide d'une sonde très péniblement introduite dans la gorge. On résolut de lui poser un vésicatoire au cou et, pour en rendre plus facile le pansement, il se rasa lui-même.

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