LA MÉMOIRE DE M. BERN'IER
Marguerite crut qu'on ne refuserait point de lui réunir les restes du fondateur, oubliés dans le grand cimetière de la ville. L'idée soumise aux supérieurs de Saint- Charles et à révèque fut repoussée. On fit un pompeux éloge funèbre de M. Bompois qui avait moissonné, mais on écarta tout souvenir de M. Bernier qui avait semé ^ Le lierre prit bientôt possession de cette tombe. Ni le chapitre dont M. Bernier avait été le membre le plus remarquable, ni le collège dont il avait assuré la vitalité ne rétablirent sur cette pierre le nom qu'en avait effacé l'intempérie des saison^. Un jour, en 1900, un homme du peuple disait dans l'intimité : « Que de fois j'ai eu l'intention de faire remettre son inscription, mais je n'ose pas. Si on le savait on dirait : Ce n'est qu'un ouvrier, c'est un pauvre. De quoi se mêle-t-il ? Et pourtant M. Bernier fut si bon pour mon père ! * »
I Eloge funèbre de MQ' J-U. Bompois, par l'abbé Joseph Pessard, vicaire général. Voyez p. 14 et 1 8.
a S'il faut, pour être complet, raconter l'attitude de ceux qui n'appartenaient pas au monde clérical, je dois ajouter que dans une polémique qui intéressa pendant une année la ville d'Angers, Bordillon ne manqua pas de rappeler les malheurs de M. Bernier. Après avoir rapporté des apophtegmes de l'abbé Morel {Larchevêque Régnier n est, après tout, que le premier des prêtres vulgaires. . L'abbé Fayet (mort évéque d'Orléans) n*était à vrai dire que le plus spirituel des prêtres gallicans), il parle « des rancunes de la Légion ultramontaine » :
«C'est merveille que de voir avec quelle désinvolture de paroles on y catégorise ses malédictions et ses haines : Haro sur celui-ci, c'était un janséniste ! sus à cet autre, il est gallican ! gare à cet autre-Ià, il est rationaliste! et tous des réprouvés!... Eh! ne l'avons-nous pas vue à l'œuvre, il y a douze ans, quand, au grand dommage de ce diocèse, au grand scandale des honnêtes gens, un prêtre d'une vie exemplaire, d'un savoir consommé, d'un esprit robuste et sain, fut arraché par une intrigue, à ses fonctions de grand vicaire, et refoulé dans cette retraite où 1 ont suivi et entouré jusqu'à sa dernière heure les respects et les regrets de la majorité de notre clergé. .Mais, dWngers au Bourg-d'Iré, de Doué à
Sa mémoire était presque éteinte lorsqu'en 1894, un jeune professeur du petit séminaire Mongazon eut connaissance de ses papiers. Ils n'étaient plus dans le meuble où Mlle Leguay avait ordonné de les conserver. On les avait dispersés : dix années de recherches n'ont pas abouti à en retrouver une grande partie et Ton peutconjeéturer que, d'après les habitudes ecclésiastiques, les plus (( compromettants » ont été supprimés i.
Quelle lumière les événements écoulés depuis la mort du malheureux chanoine ne jetaient-ils pas sur les documents épargnés !
Estimant fratricides les luttes qui divisaient les catholiques, Léon XIII avait imposé une pacification. Les tirailleurs refusèrent de mettre bas les armes. A la direction du nouveau pape, ils opposèrent celle de son prédécesseur. Ceux qui s'étaient montrés si fort scandalisés d'une hypotlièse que M. Bernier avait formée, qu'il avait appelée lui-même « inadmissible et presque absurde «id, la dépassèrent étrangement et la jugèrent réalisée dans plusieurs nonces de Léon XIII. Les plus
Reims, et de Solesmes à Rome circulait le cri de haine des sectaires : (( A bas ce GalHcan ! » Henri Arnautd, évêqn* <V Angers, Défense de sa mémoire et Je son tombeau contre M. l'abbé Pletleau et autres héritiers et ayant cause du Père Jésuite Brisacier. Angers, i86'^, 4» édit., p. 32.
1 Voici l'indication des papiers de M. Bernier déposés p«r Mlle Le^osy à Mongazon et que je n'ai pu retrouver : cahier sur l'aflaire Leconte ; notes sur la question des pompes funèbres ; cahier sur les élections de i8^8 ; sur la mise à l'Index et le voyage à Londres ; lettres sur la liturgie ; écrit adressé à M le maire d'Angers ; le manuscrit des Néo^catholùjues', des notes sur l'histoire de l'Eglise : quatre articles, erreurs condamnées par Grégoire XVI ; observations sur le livre intitulé : Essai sur l'indiffé^ rence. — Une famille et trois couvents conservent des papiers dont je n'ai pu avoir connaissance qu'en partie.
2 Humble remontrance, p. 75 ; voyez ci-dessous p. 437, note.