‹ Un dernier GallicanChapitre 148 sur 162 · CABINET DU PRÉLAT · texte numérisé non relu

CABINET DU PRÉLAT

Le Mans^ le 5 novembre iS^y.

Monsieur l'Abbé,

J'ai reçu avec reconnaissance et lu avec beaucoup d'intérêt vos remontrances à dom Guéranger.

Vous aviez été bien gratuitement et insolemment attaqué ; vous avez répondu avec vigueur et d'une manière solide. J'ai été fort content surtout de vos observations si justes touchant les définitions inexactes, les exagérations continuelles et la

I Voici ce passage, — M. Bernier y parle des légats et des nonces : (I Le Nonce n'en est pas moins, par suite du respect profond que le Saint-Siège inspire, en position d'exercer parmi nous et sur le clergé une influence très grande ; influence naturellement salutaire, qui ne pourrait devenir fâcheuse que par accident, et dans l'hypothèse, inadmissible et presque absurde, où celui qui occupe le premier rang dans la diplomatie serait un homme peu circonspect, facile à impressionner et à surprendre, trop prompt à juger les Evoques et à livrer sa pensée sur leur administration, trop disposé à bien accueillir les malcontents, trop peu en garde contre les coteries... ».

438 l'humble remontrance a dom guéranger

confusion des opinions libres avec les doctrines vraiment catholiques.

Seulement, Monsieur, je prendrai la liberté de vous faire observer que vous-même, emporté par un mécontentement que vous laissez trop apercevoir, n'avez pas toujours usé de cette précision. Par exemple, en faisant observ^er avec grande raison que la doctrine contenue dans les quatre articles n'a été ni condamnée ni flétrie, il vous est échappé de dire qu'elle est orthodoxe, ce qui n'est pas rigoureux, car elle n'appartient pas à la doctrine catholique.

Du reste, je le répète, vous avez écrit avec une grande aisance, et, en somme, j'ai été fort content.

Veuillez bien. Monsieur l'Abbé, agréer mes remerciements et l'assurance de mes sentimens distingués.

-}- J. B., évêque du Mans.

Vahbè Fruchaud * à M. Bernier :

ÊvÊCHÉ d'angoulême AngouUme^ le 12 novembre 184^,

Monsieur et très cher confrère.

Je m'empresse de vous offrir tous mes remerciements de l'envoi que vous avez bien voulu me faire de votre Remoniraucc à dom Guéranger. Je l'ai lue avec l'intérêt que commande votre style incisif et votre logique serrée et pressante. Monseigneur, qui est arrivé hier en joie et en santé, va se hâter de prendre connaissance de votre ouvrage qu'il a reçu avec gratitude.

Je me suis très peu occupé de la polémique, regrettable pour le fond et pour la forme, que le R. P. a si intempestivement soulevée. Il y a longtemps que je regrette qu'il ne fasse pas un autre usage de son talent incontesté et qu'il commence par où les ordres religieux ont fini.

I L'abbé Fruchaud cievint évêque de Limoges et mourut archevêque de Tours.

l'humble remontrance a DOM GUÉRANGER 439

Je vous avouerai que j'ai toujours regardé l'opinion ultramontaine sur l'infaillibilité du Pape comme plus conforme au sens naturel des promesses et des textes évangéliques, plus simple et plus avantageuse pour le bon gouvernement de l'Eglise. Mais j'ai déploré qu'on soulevât cette question, et qu'on la défendît avec des exagérations et une irrévérence pour l'Episcopat français qui ne peuvent que tourner au détriment de la religion et de la hiérarchie catholique. Il fallait laisser le clergé français, qui a toujours été dans la pratique plus ultramontain que les ultramontains eux-mêmes, le devenir dans la théorie. Il me semble que ce travail se faisait naturellement, sans secousse, par les circonstances où nous sommes placés. Un autre grief de Dom Guéranger, c'est que, par la violence de ses attaques, il ait forcé des hommes tels que M*"" d'Orléans, tels que vous. Monsieur et très cher Confrère, à entrer dans la lice avec des armes trempées pour des combats plus utiles à l'Eglise. Du reste, je ne suis pas étonné de Vire de certaine école à l'apparition de votre écrit. Vous dites avec franchise, avec talent, dos vérités qui n'ont pas dû lui plaire. J'avais fait souvent in petto l'observation que ceux qui se font les champions les plus ultra de l'autorité du Souverain Pontife sont loin d'être les plus soumis et les plus respectueux envers l'ordinaire. Leurs clameurs les accuseront : ils ne sont aussi sensibles que parce que vous avez mis le doigt sur la plaie vive.

Je vous renouvelle tous mes remerciements et l'assurance du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être.

Monsieur et très cher Confrère,

Votre très humble et dévoué serviteur,

F. pRUCHAUD, V. g.

440 l'humble remontrante a dom guéranger

jVftfr Mioland * à M. Beniier ;

évÉciiÉ d'amiens Amiens j le t6 novembre 184/.

Monsieur l'Abbé,

Je me hâte de vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire de votre Remontrance. Je l'ai lue avec une grande attention et un intérêt d'autant plus vif que je pense tout-à-fait comme vous. Je déplore la funeste tendance du clergé à se laisser conduire par des journaux sans doctrine et des partis exagérés. Les nouveaux convertis devraient être plus modestes. Quand on a eu le malheur de s'égarer, il convient d'écouter les Pasteurs et les docteurs, et de ne pas se donner la mission de régenter tout le monde. Cette manie de dénigrer nos Pères et notre savante Eglise Gallicane est peu digne de vrais théologiens et d'hommes instruits.

Vous avez dignement interprété M. Emery, M. Frayssinous et les autres esprits sages et judicieux qui, sans renier leurs pères, ont su toucher ces questions comme il convient, et je vous prie d'agréer l'expression de ma satisfaction pour un si grand bien que vous m'avez -fait. Quand votre opuscule n'aurait pour résultat que de rendre plus circonspects et plus réservés tant de jeunes gens d'une suffisance absurde, ce serait déjà beaucoup .

Tout en louant votre travail pour le fond et pour la forme, me permettrez-vous quelques observations ?

i® Je crois qu'il aurait été mieux d'omettre la note page 162 et celle page léé.

2° A la page 73 on aurait pu omettre la phrase qui' ne pourrait devenir fâcheuse , etc., et puis supplanleurs !

30 A la page 138,1a réflexion sur le cardinal Orsi^ malgré cela y peut choquer bien des oreilles sans offrir aucun avantage.

I Mg"" Mioland, évêque d'Amiens, est mort archevêque de Toulouse, le 16 juillet 1859 ; sa vie a été écrite par le chanoine Oesgeorge.

l'humble remontrance a dom guéranger 441

40 A la page 152, môme observation sur le cardinal Bellarmin qui avait gagné la pourpre romaine.

Du reste, M. l'abbé, ce que j'ai le plus admiré, c'est toute la première partie, et les pages 94, 106, 118, 130, 148, etc.

Recevez, Monsieur l'abbé, la nouvelle expression de mes sentiments très particuliers d'estime et de religieux dévouement en N.-S.

-{- Jea'n, évoque d'Amiens.

M«f Guibert « à M*"" Angehauli :

Viviers^ le 2"^ novembre iS^y.

Monseigneur,

Je n'ai pas le temps, en ce moment, de lire l'ouvrage de M. l'abbé Dernier avec attention. Un coup d'œil rapide sur quelques pages de cet écrit me fait penser que l'auteur abonde dans le sens du gallicanisme : peut-être ne serais-je pas d'accord avec lui sur tous les points, quoique je n'aime pas l'ultramontanisme exagéré. Quant à Dom Guéranger et son école, je les abandonne à M. le Grand Vicaire ; il leur rendra un grand service, et à nous aussi, s'il par\-ient à les corriger de leurs ridicules et insolentes prétentions.

Daignez agréer. Monseigneur, la nouvelle assurance de mon dévouement affectueux et plein de respect.

•f J. HiPPOLYTE, évéque de Viviers.

2 Mort cardinal-archevêque de Paris.

Lettres de derniers Gallicans

écrites à M. BERNIER à propos de sa mise à l'Index.

Monsieur le Grand Vicaire,

Assez peu curieux de nouvelles en fait de liturgie depuis que presque tous mes anciens amis se sont rangés du côté de dom Guéranger et ne lisant d'autre journal que celui des Villes et des Campagnes ^^ je n'ai pas su avant ce jour que vous avez public un écrit contre Tabbé de Solesmes sous le titre modeste à* Humble Remontrance, etc. Je vous prie, Monsieur, de daigner me dire chez quel libraire de Paris se trouve votre brochure et, en môme temps, pour quelle assertion ou quelles expressions cette brochure a été signalée comme défectueuse (ainsi que l'assure mon

I Cette feuille, aujourd'hui oubliée, est ainsi appréciée par Charles Louandre dans la Revue des Deux Mondes {j^^ février 18^4, pagre 477); (( Le Journal des Villes et des Campagnes qui s'adresse principalement aux maires et aux desservans des communes rurales, s'abstient, en politique comme en religion, d'émettre des idées. Légitimiste timorée et sourdement taquine, cette feuille appartient à cette classe de publications qui vivent par les vieilles habitudes et les opinions efîacées, par la modicité du prix et l'indulgente charité des abonnés, par leur âge même, sans se renouveler, sans faire un pas. et en s'adressant aux lecteurs arriérés de la province. — Le Journal des Villes et des Campagnes^ à peine connu dans Paris, est cependant de tous les organes de la presse religieuse celui qui réunit le plus d'abonnés : il figure sur les envois de la poste pour 6.390 e.xemplaires: la nullité serait-elle donc, auprès d'une certaine classe de lecteurs, un élément de succès r » — Eugène Veuillot dans la Vie de son frère, t. I, page 364, l'appelle « une feuille terne, nulle, très répandue dans le clergé. »

LtTTRES DE DERNIERS GALLICANS 443

journal) par la Congrégation de l'Index. Je voudrais bien que mon petit journal se fût trompé, ou du moins que Rome n'eût point condamné cette proposition autrefois généralement admise en France : « La bulle de saint Pie V n'a pas en France force de loi. »

Les évèques français dans les diocèses desquels la liturgie romaine avait été introduite vers le commencement du XYII^ siècle ont pu lui préférer et faire recevoir à sa place quelqu'une des nouvelles liturgies en usage chez leurs voisins. Aujourd'hui encore, en rétablissant le bréviaire et le missel romains, pour resserrer, comme ils le disent, les liens de l'unité et pour témoigner leur filiale affection, leur entier dévouement à l'égard du Souverain Pontife, tous les évoques ne sont pas sensés se soumettre à la bulle de saint Pie V et aux conséquences que les théologiens étrangers en déduisent.

L'évéque d'un diocèse où le rit romain a été rétabli par suite des spécieux raisonnements de dom Guéranger et de ses violentes déclamations contre les excellents ' livres du XVI Il« siècle, conserve le droit de dispenser du bréviaire romain ceux de ses prêtres qui allèguent, pour obtenir cette faveur, quelque cause raisonnable, et ce droit lui vient de ce que le rit romain n'est devenu et n'est obligatoire dans son diocèse qu'en vertu de l'autorité .épiscopale.

Insensiblement, Monsieur, me voici arrivé à une question qui regarde mon diocèse redevenu romain à la voix de l'éloquent abbé de Solesmes. Notre évéque ' paraît avoir beaucoup plus cédé dans cette révolution h l'entraînement de son clergé qu'à ses propres lumières. Pourriez- vous me suggérer un solide et clair argument prouvant ce que Collet enseignait de son temps, qu'en France, un évéque peut dispenser du bréviaire romain, comme il dispense dans les choses qui sont de sa campe loi ce ? Ou, du moins, de la coutume dans laquelle ont été les évéques de

I Joseph-Marie Graveran (1793-1854).

Qu imper, dés avant la révolution, de dispenser du bréviaire romain, peut-on conclure et clairement prouver qu'ils peuvent dispenser en cette matière, comme en ce qui regarde les lois générales du jeûne et de l'abstinence ? Mais avant tout, il faut savoir si, en émettant sur cela un avis favorable, nous ne blesserons pas les oreilles délicates des théologiens romains ?

Je me suis oublié. Monsieur ; je n'avais pris la plume d'abord que pour vous demander quelques éclaircissements sur ia triste annonce du Journal des Villes et des Campagnes. Cependant j'aime à espérer que si vos occupations vous le permettent, vous aurez la charité de m'éclairer sur ce qui concerne le droit de dispense, le seul, hélas 1 qui nous puisse rester ici^

Veuillez bien excuser mon indiscrétion et agréer. les sentiments de respect et de parfaite estime avec lesquels je suis, Monsieur le Grand Vicaire,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

QyiLiEN, chanoine >.

Quimpcr^ le 2j juiUet 18 fo.

Argent (Cher) par Gien^ 28 juillet i8jo,

Monsieur le Vicaire Général,

Ayant su par les journaux que deux opuscules, écrits par vous, ont été mis à l'index, je viens m'informer auprès de vous si cette espèce de censure italienne empêchera les libraires de

I Les questions posées dans cette lettre ont été résolues par les décisions de la sacrée congrégation des Rites (10 janvier iSça^en réponse au chanoine Lottin du Mans. (Cf. Annales de philosophie chrétienne, août 1852 et ci-dessus, ch. XXI, p. 347).

a L'abbé Quilien, du diocèse de Quimper, né en 1793, nommé chanoine titulaire en 1835. En 1840, il dota son église d'un bréviaire, qui fut, je crois, le dernier composé en France. Le missel qui devait lui servir de complément resta dans les cartons de l'auteur.

Paris de les vendre; et dans ce cas, je vous prierai de vouloir bien m'en réser%'er en secret un exemplaire. Car je vous dirai, Monsieur le Vicaire Général, que je suis un des prêtres qu'a indignés la manière peu respectueuse dont M. Tabbé Guéranger traite l'épiscopat français. Le titre de votre dernier opuscule joint à la circonstance de la mise à l'index italien, pique singulièrement ma curiosité, d'autan^. plus que, dans le diocèse de Bourges, quelques têtes exaltées se sont passionnées pour le Bénédictin de Solesmes, et c'est à qui parmi ces Messieurs rabaissera le mieux les évêques au niveau des simples prêtres. J'espère donc trouver dans votre livre des arguments qui fortifieront notre croyance sur le légitime pouvoir qu'ont eu nos prélats au dernier siècle de réformer leur liturgie.

Votre soumission au décret de l'Index édifiera bien du monde, Monsieur le vicaire général, sans prouver aucunement, suivant moi, que vous soyez hérétique, ni schismatique.

Vous voudrez bien pardonner la liberté que je prends aujourd'hui auprès de vous, en faveur de mon intention qui n'est autre que de me fortifier dans la défense des droits des Evêques et de m'éclairer sur la valeur de la mise à l'index dont j'entends dire souvent des choses fort singulières.

Si vous m'adressez vos 2 opuscules, je vous en ferai passer le montant par la poste,

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monsieur le Vicaire Général,

Votre très humble et dévoué ser^•iteur.

LissoT, curé d'Argent 1.

P. S, — Je prévois que nos exaltés ne manqueront pas de se prévaloir bien haut de cette mise à l'index, pour établir l'orthodoxie des prétentions guérangistes ; si vous saviez sur quelles propositions en particulier tombe la condamnation des cardi-

I Né en 181 1, nommé curé d'Argent en 1848.

naux, cela serait très utile à noter, je crois, pour conserver l'autorité des autres raisonnements. Au reste, je ne suis pas fixe sur la valeur de cet Index ; tout ce que j'en ai entendu dire prouverait, si c'était vrai, que c'est très peu de chose. Ainsi par exemple le cardinal Bellarmin y est, dit-on, pour n'avoir soutenu que le pouvoir indirect des Papes sur le temporel des Rois, au lieu du pouvoir direct ; d'après cela toutes les théologies gallicanes devraient y être ; plusieurs bréviaires français y sont, qu'est-ce que cela prouve contre eux ?...

Mennetou-sur^Cher, le 2 1 Août 18^0.

Monsieur l'Abbé,

Si les sentiments de vos confrères étrangers à votre diocèse, mais aussi catholiques que ceux de MM. les théologiens laïcs de V Univers, peuvent adoucir la position où vous vous trouvez en ce moment, veuillez compter sur les miens en particulier. Il faut en vérité vivre dans un temps comme celui-ci pour entendre un journal se disant religieux, patronné par Nos Seigneurs les Evéqucs, donner le change à ses lecteurs sur cette proposition souverainement raisonnable et éminemment ihéologique : que la raison précède la foi dans la recherche de la Révélation, et lorsqu'on y est parvenu aidé de la grâce divine, dans l'examen de ses preuves pour nous en faire sentir toute la force et nous obliger à nous soumettre à leur évidence.

Je me rappelle que le P. de Ravignan dans une de ses plus belles conférences établissait le droit de la raison pour les vérités premières, pour le droit des faits, pour les solutions fixes sur les grandes questions religieuses, et voici ses propres paroles : « Aussi l'Eglise catholique a-t-elle toujours entendu être acceptée raisonnablement, avoir un lien dans l'intime

raison de Thomme. L'Eglise n'a jamais prétendu faire admettre son autorité, même infaillible et divine, sans qu'elle se rattachât avec la grâce à un prifjcipe intérieur de conviction personnelle. »

La manière de penser de ces Messieurs sur le Gallicanisme a la même force théologique. Puissent-ils, un jour et peut-être avant peu de temps, ne pas regretter la manière inintelligente avec laquelle ils auront défendu et servi l'Eglise. C'est quand l'impiété et l'indifférence font chaque jour des progrès effrayants, et n'en sont plus seulement à nos portes, mais dans l'enceinte, que des enfants sans doute dévoués à l'Eglise, mais imprudents, soulèvent des questions brûlantes qui ne peuvent que susciter des préjugés et des haines.

Parmi ces questions il en est une que j'appelle impraticable et funeste à la religion, au culte divin, dans certaines contrées : le changement de liturgie. Je suis persuadé que dans plus de la moitié de nos paroisses où nous avons déjà tant dé peine à nous procurer des chantres, nous serions réduits à dire des messes basses. C'est un des côtés pratiques de la question ; vous connaissez mieux que moi, Monsieur l'Abbé, la question de droit.

Je ne connais, Monsieur et honoré confrère, aucun de vos ouvrages et, malgré mon désir de les lire, je me soumets à la congrégation romaine. Mais je ne puis croire que les deux questions que vous traitez dans votre lettre du 5 août» soient comprises dans une censure même indirecte. Depuis longtemps on z^^éWç. gallicanisme^ ce qui a toujours été la pratique de l'Eglise, les appels, les privilèges qui sont devenus des lois par la coutume. Je crains que notre Eglise de I-rance, cette portion si belle de l'Eglise universelle, ne devienne bientôt semblable à notre pauvre société divisée en plusieurs partis, et souvent exposée à la rébellion de ses enfants, parce qu'on aura voulu leur imposer

des vérités qu'ils ne peuvent pas recevoir, vos non potcstis portare modo.

Voyez ci-dessus, ch. XVII, p. 277.

Il VOUS appartient plus qu'à tant d'autres, d*éclairer et d'avertir, en demeurant dans la ligne de l'orthodoxie. Il y a bien des réformes à demander, autres que l'abolition du chant parisien, et à espérer, autres que les changements de costume pour le chœur. Que Dieu les inspire à ceux qu'il a préposés pour gouverner son église. Qu'il nous donne non pas des néophytes pour nous conduire, mais des hommes, non d'imagination, mais de science et d'expérience.

Agréez, Monsieur, l'hommage de mes sentiments très respec*tueux.

LeConiat*,

Curé de Mennetou-sur-Cher (Loir-et-Cher).

Mennetou-sur-Cher^ le 7 septembre i8$o.

Monsieur et bien honoré confrère,

En vous donnant spontanément une marque de sympathie à l'occasion de la guerre de coups d'épingle que vous faisait le journal VUniverSy et de votre conduite franche et catholique en cette circonstance, je n'avais pas droit d'attendre de voys, au milieu de tant d'embarras et de contrariétés, une réponse si bienveillante et surtout l'envoi de vos deux brochures qui ont soulevé tant de récriminations. Veuillez, Monsieur, agréer l'expression de ma bien vive reconnaissance.

Je n'ai pu lire que VÊtat et les Cultes, et j'y ai retrouvé, avec un plus grand développement et plus de talents sans doute, les mômes idées que j'avais exquissées moi-même dans une pétition signée par tous les prêtres de mon canton et que M**" l'Evêque de Blois voulut envoyer lui-même à un Représentant indiqué par moi, après en avoir pris connaissance. La séparation de

i Né en 1809, nommé curé de Mennetou en 1845.

Lettres de derniers gallicans 449

l'Église et de TÉtat et sa conséquence, la suppression du budget des cultes, m'ont paru un graîid malheur pour l'Eglise, surtout dans les temps de peu de foi où nous vivons, et par rapport aux localités que nous habitons. J'écrivis, dans ces moments, quelques articles qui parurent dans la Foix de la vérité et Monsieur de Montalembert lui-même, revenu de ses idées de Y Avenir, se montrait défenseur du budget des cultes. M.Thiers, de son côté, écrivait à un curé Den. de ce canton qui, dans la prévision de ce malheur, lui avait adressé ses réflexions, que la suppression du salaire entraînait la perte du catholicisme dans les deux tiers de la France, et réduisait le clergé français au rcMc du clergé irlandais pour la misère.

Ce que j'ai parcouru de la réponse à l'Abbé de Solesmes m'a semblé non moins raisonnable ; c'est la doctrine soutenue par 26 évêques dans un mémoire adressé au roi de Charles X, et par le clergé catholique de la Grande-Bretagne à l'occasion du bill d'émancipation. Il n'y a rien de nouveau en fait d'erreurs et de vérités, aussi il y a quelques jours, j'ai trouvé dans le livre de Rocaberti de Romam poutificis aucioritate, combattu par Bossuet en quelques mots à la fin de son tome 9*=, les mêmes exagérations théologiques qui peuvent susciter selon moi tant* d'animosités contre l'Eglise et empêcher le retour des enfants égarés.

Ces Messieurs viennent de recevoir une bien terrible leçon par la condamnation solennelle que M^^ l'Archevêque de Paris vient de faire de leurs prétentions*. C'est la peine du talion, mais je doute qu'ils en profitent. On peut louer leur zèle, leur dévouement, mais contester leur prudence, et déplorer leur amertume dans la discussion et leurs prétentions exagérées. Je crains qu'à Rome, comme vous le dites fort bien à la fin de la première brochure, on ne se fasse illusion sur l'état et les opinions du clergé français ; on pourrait pren-

1 Condamnation de VUnivers par l'archevêque Sibour, 24-31 août; Cf. Louis Veuillot, II, p. ^02.

dre le change et se laisser séduire par les journaux exagérés, les opinions de certaines congrégations qui n'ont d'autre lien et d'autre rapport avec le clergé des paroisses que ceux qui naissent des retraites ecclésiastiques. La masse du clergé dans nos diocèses du centre, ne s'occupe guère de cette politique irritante : nous avons assez à faire de défendre les derniers restes de la foi et de la morale et d'administrer nos paroisses souvent au milieu d'embarras et de difficultés sans nombre. Pour mon compte, Monsieur l'abbé, depuis bientôt deux ans j'ai eu ma part de toutes ces tribulations. Deux malheureux prêtres apostats dont un a habité si tristement Angers comme libraire, étaient venus s'établir sur cette paroisse avec les deux sœurs ;.le sieur Doublet, dont M. l'abbé Mercier, chanoine, a été dupe, est parti ; mais j'ai encore ici un monsieur Moreau, ex-premier vicaire de la métropole de Bourges ; un troisième, d'Orléans, est venu s'établir comme fermier à six kilomètres d'ici. Voilà des hommes méprisés maintenant, mais qui, dans des temps de trouble, se mettraiciit sur les rangs pour occuper nos Églises et nos Presbytères, si l'Etat ne protégeait pas l'Église et se séparait d'elle.

J'ose, Monsieur et bien digne Confrère, recommander à vos ferventes prière*» et saints sacrifices notre pauvre contrée. Vous avez peut-être appris l'interdit d'un curé de canton frappé par sentence ex informatâ conscientià par notre évèque. Le cure destitué de Salbris a rappelé au métropolitain qui s'est déclaré incompétent en renvoyant l'afl^aire dexmnl qui de droit ; Tex-curé a rappelé au conseil d'état contre la sentence de l'archevêque de Paris et la première de l'Évêque diocésain. Il faut croire que notre pieux Evêque n'a pas agi sans motifs graves, mais il est à regretter qu'il n'ait pas suivi la voie canonique reconnue en France : il se serait épargné bien des chagrins qui n'ont pas peu contribué à miner sa santé gravement altérée i .

I L'affaire de Tabbé Régnier, curé de Salbris, dura longtemps. Il fut particulièrement défendu par l'abbé J.-H.-R. Prompsault.

LETTRES DE DERS'IERS GALLICANS 45I

M^'' le Cardinal Dupont ne ressemble pas pour l'enthousiasme à tous ceux qui ne veulent voir dans le clergé romain que modèle [à] copier. A la retraite pastorale il n'a pas dit un mot sur l'état présent de la capitale du monde chrétien. Pourquoi nier ce qui es.t évident, que tout à Rome n'est pas pour le mieux ? Pie IX n'a-t-il pas dit au commencement de son Pontificat qu'il ne pouvait mettre le doigt quelque part sans trouver un abus ? Nos généraux les mieux pensants sous le rapport religieux, qui reviennent Je Rome ne sont-ils pas forcés de dire, comme le général Gueswiller à Blois, qu'il y a des abus et même des désordres plus que dans le clergé français. Ah ! c'est la preuve que les portes de l'enfer ne peuvent rien contre l'Kglisc ; Pierre y est toujours qui conduit sa barque où est Jésus-Christ.

Excuse^i, Monsieur et bien vénérable confrère, cette longue et diffuse digression. Et veuillez agréer l'hommage de ma vénération profonde.

Le Coniat, Curé de Menneiou-sur-Cher.

Monsieur le Vicaire général,

En jetant les yeux sur ma signature vous vous demanderez pourquoi je vous adresse ces lignes.

Je prends cette liberté, Monsieur, pour savoir de vous-même ce qu'il faut penser de l'incroyable article inséré dans quelques journaux ultra: « Est mis à l'index l'ouvrage de M. Dernier intitulé : Humble remontrance a Dom Guêranger. » Or, pour moi et plusieurs de mes confrères, c'est âne plus savoir où nous en sommes. Aurait-on voulu défendre toute réponse à ce boutefeu qui voudrait brûler tous les missels et bréviaires de France ?

Aurait*on eu la maladresse de lui donner tant soit peu raison ? En véHté, nous sommes plus que désireux d'avoir sur cela un petit mot de votre part.

. Comptant sur votre obligeance, je vous prie de me croire en toute occasion.

Monsieur le Vicaire général,

Votre tout dévoué et respectueux ser\'iteur,

M. A. J. E. Malais,

Curé de St-Martin-Eglise, près Dieppe, 4 septembre i8;o.

Lettres de M. BERNIER

écrites de Vichy ^

A Mademoiselle Legimy,

Vichy ^ le i ^ juin t8^8.

Bien chère fili^,

Hier, devers 3 h. 1/2, j'arrivais ici, un peu las et harassé, comme une trentaine d'autres amateurs qui arrivaient par la même voie, quoique de points fort éloignés. Le petit trajet, de 5 quarts d'heure tout au plus, de St-Germain-les- Fossés à Vichy, en omnibus, est plus fatiguant, à lui seul, que 30 lieues en wagon. Du reste il se fait à travers un pays charmant et aboutit à une petite ville que l'établissement des eaux rend aussi animée que Paris, mais incomparablement plus agréable comme lieu d'habitation transitoire.

J'ai trouvé une petite société installée et ma chambre toute prête. Hier, après-dîner, nous avons tous ensemble visité l'établissement et ses belles dépendances, où je n'ai pas été peu étonné de retrouver Mme Latouche avec cette famille de Paris avec laquelle elle est liée.

J'ai consulté très consciencieusement le Docteur Nicolas, qui n'aime pas les déclarations sommaires et les confessions incomplètes. En somme, il ne dit pas de mal de mon tempérament, bien au contraire ; et bien que l'estomac et les viscères lui

I Voyez ci-dessus ch. XXII, p. 379.

4)4 LETTRES DE M. BERNiER

semblent plus à soigner que la poitrine, il m'a ordonné, provii' soirement et pour les trois premiers jours, 4 verres de Teau

thermale du puits Chowely 2 le matin et 2 avant dîner. Cette eau est chaude d'une manière très sensible au toucher ; et je l'avale sans nul dégoût.... Mon rhume n'est resté ni dans les wagons, ni dans la salle d'attente de la gare d'Orléans où j'ai stationné hier matin, depuis i h. 3/4, jusqu'à 3 h. 3/4, ni dans l'omnibus de Saint-Germain à Vichy ; si bien que j'ai pu l'exhiber dans son beau, au savant D"" Nicolas. Il y a très certainement aujourd'hui de la diminution.... Du reste, s'il fallait, pour m'en guérir, ne point suer, je n'aurais point à compter sur une guérison, tant que la température restera ce qu'elle est ici depuis quelques jours.

Mlle de Foucault ne fait point bande à part ; nous sommes quatre à une table ronde, entourés d'autres amateurs qui déjeunent et dînent dans la même salle et dont les heures coïncident quelquefois avec les nôtres, de 9 à 10, de 5 à 6. Puis, il y a un salon commun, ou chacun va- et reste quand et autant que bon lui semble. Ces Dames m'ont bien demandé de vos nouvelles et de Mlle Lecomte. J'ai commencé ce matin et je me propose d'acquitter de suite les messes que vous m'avez recommandées.

Dieu vous bénisse, bonne et bien chère fille. Au prochain numéro de la correspondance, d'autres détails. *

Tout à vous.

■H. Bernier, ch.

P. S. — Si la sécheresse continue, il sera très utile de donner un peu d'arrosement aux figuiers, à quelques poiriers qui sont un peu en souffrance du côté de l'allée parallèle au mur. aux petits rosiers que j'ai plantés ce printemps du côté de la maison... Surtout ;\ un certain petit poirier chargé outre mesure d'excellents et beaux fruits. Le père T. n'est point tenu à l'arrosement des arbres ni des arbustes....

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