COMPLIMENT DU NOUVEL AN
puisque Torateur ne nommait même pas le pape. Leurs regrets se trouvèrent bientôt satisfaits. Sans doute fatigué des travaux du concile, l'évêque se déchargea, au mois de janvier, sur son vicaire général du soin de faire la lettre pastorale de carême. M. Bernier prit pour sujet « l'autorité de TEglise ». S'il n'exposa point la dévotion au pape avec l'ampleur et la magnificence qui, déjà à cette époque, étaient lieux communs chez les laïques ultramûntains, du moins les droits du Saint- Siège ne subirent aucune diminution, et, dans son style de convention» ce mandement ne révèle point l'auteur de VHamble remontrance. 'M^^ Angebault rendit justice d'ailleurs à cette lettre qui se distinguait, par la doctrine, des sciences plus pleines d'onction. Classant ses instructions pastorales pour ea faire un volume ^ il dit en y mettant celle de carême 1850 : « En voilà une bonne, elle est de l'abbé Bernier. »
Pendant que l'Eglise entrait ainsi dans une période critique qui rendait manifeste son évolution, la société politique continuait lentement la sienne : elle aurait passé inaperçue sans quelques incidents révélateurs. L'un de ceux qui surprirent le plus le monde conservateur et clérical fut le scrutin du département de la Seine, le 10 mars 1850. Il donna la majorité à trois socialistes ^ M. Bernier était alors en correspondance avec Freslon qui venait de lui offrir les œuvres de saint Jean Chrysos-
1 Reçu fil d'instructions pastorales de A/o' Anf*ebjult^ évcque d'Angers. — I vol. in- 12 de 430 p. Paris, Leclerc : Angers, Barassé, 1863.
2 Le comte Lazarc-Hippolytc Carnoi, François Vidal, le vicomie de Flotte.
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tônie. L'ex-ministre profita de l'occasion pour envoyer à son ami sur la situation quelques renseignements sincères qui l'empêchèrent de s'enlizer avec la plupart de ses collègues dans les illusions royalistes.
Paris, ce 22 niars î8$o^ rue du Havre^ 2,
Monsieur,
M. Mareau, votre parent, nous a remis, il y a déjà un peu de temps, les six volumes reliés avec soin, que vous avez bien voulu donner à Mme Freslon.
Mon Saint Chr)'sostôme vous était envoyé en échange de vos notes sur les rapports de l'Eglise et de la société laïque ; votre cadeau me constitue de nouveau votre débiteur, je ne m'en plains pas. J'aspire bien plus à resserrer les liwis qui me rapprochent de vous qu'à les détendre.
Vous ne pouviez, au reste, nous adresser un présent qui nous fût plus agréable.
C'est une œuvre de vous, et votre édition de l'Ancien Testament, des évangiles, des actes des apôtres, et des épîtres, accompagnée de notes claires, fortement raisonnées, sur les textes controversés est de nature à satisfaire ceux qui sont déjà imbus de la tradition judaïque et chrétienne, et peuvent instruire ceux qui n'ont pas l'habitude de remonter à ces sources précieuses et pures pour nourrir leur esprit et fortifier leur cœur.
Les protestants anglais, qui lisent beaucoup la bible, en répandent des éditions, traduites par eux, dans tout l'univers. L'un de mes neveux, qui arrive de Saint-Domingue et de New- York, y a reçu gratis des bibles et une foule de petits livres que distribuent sur les ports et les places publiques, les agents de la propagande méthodiste.
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Les catholiques français ne font pas, à ma connaissance, des efforts de ce genre pour répandre leur foi ; ils attachent plus d'importance à l'enseignement oral du clergé institué pour la propager.
Il me semble, si j'avais droit et compétence pour donner un avis en semblable matière, 'que Ja parole émanée des supérieurs hiérarchiques pourrait très bien se combiner avec la lecture de livres tels que ceux que vous avez publiés..
Il ne s'est rien accompli ici depuis l'élection du 10 mars ; chacun cherche à en déterminer les causes et à en fixer le sens. Si je ne craignais de vous prendre trop de temps et si je pouvais écrire un volume, je vous dirais, avec détail, conjectures, présomptions et preuves, mon avis sur ce grave objet.
Je me résumerai, si je le puis, en peu de mots. Paris, quoi qu'on en puisse dire, ne contient pas un atome de vraie foi monarchique ancienne ou nouvelle. Les classes riches, les banquiers, les financiers, les boursiers, les soldats de tous les régimes, devenus généraux, les personnages importants, débris de la Restauration et du régne de Louis-Philippe, sont tous plus ou moins radicalement la proie d'un scepticisme moral et politique aussi certain que désolant. Ils ne se feraient pas arracher un cheveu pour une dynastie, quelle qu'elle soit.
Avec ces dispositions d'esprit, on peut se grouper pour défendre des intérêts constitués que l'on veut maintenir, intriguer, nourrir des regrets personnels, donner de l'illusion aux spectateurs éloignés du théâtre des grandes affaires, mais on ne fonde rien, pas même un grand parti.
Eh bien, en face de cette réunion d'hommes venus de tous les horizons se placent : 1° des ouvriers rudes, durs pour euxmêmes, habitués à un travail pénible et peu productif, souffrant souvent des chômages de l'industrie, accusant, non pas une institution politique qui leur a donné des droits, mais un état social dont ils ne voient que les imperfections qui les touchent ; 2° une foule d'hommes qui ont une loi vive dans les idées de
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justice et d'égalité que dix-huit siècles d'enseignement chrétien
ont fait passer dans les veines des masses ; 3° les républicains
politiques qui pensent que le principe du suffrage universel est
[., juste et seul assez puissant pour résoudre pacifiquement les
difficultés de ce temps ; tous ces groupes dont les tendances définitives ne sont pas également bonnes, ont cru leur conquête commune, la république menacée et ils ont fait effort pour constater leur volonté de la maintenir.
Voilà le sens philosophique et politique de l'élection du 10 mars.
Les esprits qui ne séparent pas la défense de l'ordre social de l'institution démocratique ont assurément à regretter que les auteurs de cette manifestation aient cru devoir emprunter, pour unir des groupes séparés par des vues ultérieures différentes, des noms qui, pris pour ce qu'ils valent effectivement, ne donnent pas de garanties de sécurité à la société telle qu'elle est constituée. Pour mon compte, je déplore et j'ai déploré qu'il en fût ainsi.
Toutefois, ce résultat ne devait avoir rien d'imprévu pour des hommes qui, comme vous et moi, réunis après le 24 février dans une pensée loyale de reconstruction politique et sociale, avons voulu placer la direction de la politique de notre pays dans les mains des républicains de la veille ou du lendemain, mais éclairés, de leur temps, respectueux défenseurs de tout ce qui nourrit un peuple au point de vue du coeur, de l'esprit, le règle et le discipline dans la liberté.
En désirant ces hommes à la tète de nos affaires, quel avantage présentaient-ils ? Ils étaient sans arrière-pensée, sans réticences, sans faux-fuyants, ils s'appuyaient sur une base immense : l'institution démocratique loyalement acceptée, ser\-ant de point d'appui et de lien à toutes les croyances et à tous les intérêts sur lesquels la société française repose.
En face de ce grand, de ce vrai parti de l'ordre, se seraient, je le veux, dessinés tous les sectaires qui veulent la ruine des
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cultes, qui niclent dans leur cerveau un mysticisme exalté à un radicalisme anti-social, tous les prédicants de la rupture du lien moral, tous les abolisseurs de la propriété individuelle.
Il n'y aurait pas eu d'équivoque possible dans une lutte de cette nature. Le parti de Tordre, digne alors de ce beau nom, car chacun y eût été sincère, n'aurait jamais eu plus de force pour résister à l'absurde et fonder des institutions de liberté religieuse, politique et civile généreuses et fécondes.
Qu'est-il arrivé au contraire ? Le parti de l'ordre, dont la masse se compose certainement d'excellentes gens, se produit comme un hypocrite, chacun y fait des réserves : ce n'est plus la société que l'on semble y protéger, ce n'est plus dans tous les cas la liberté; ce ne sont plus les principes essentiels et vitaux de l'existence d'un peuple que l'on défend ; on parait n'être occupé que de son fétiche et de son intérêt le plus direct : je crois que les nations ne suivent pas ou suivent peu de pareils guides.
La nation française surtout aime la netteté et la droiture. On dit qu'elle est la plus logique de l'Europe ; je pense qu'elle est assurément celle qui aime le mieux marcher à la clarté des idées générales et vers les solutions positives.
Pourquoi d'inutiles regrets ? J'ai l'intime conviction qu'après bien des oscillations que nous aurions pu et dû éviter, notre pays ne trouvera de véritable repos que dans les conditions d'une liberté légale, loyalement acceptée, également pratiquée et dont l'Amérique a fourni au monde le premier type.
Il y a des différences très grandes entre notre pays et la civilisation anglo-américaine ; je le sens ; aussi ne serons-nous jamais américains ; mais il y a bien des causes qui ont agi sur les deux peuples et qui persisteront : l'esprit chrétien et philosophique qui ont conduit les américains nous sont-ils donc étrangers ? Ces deux souffles de la religion et de la science ne sont pas sur le point de cesser dans notre chère patrie. FJles sauveront le présent et féconderont notre avenir démocratique.
200 LA POLltlQUE
Pardonnez-moi ma longue lettre ; je n'ai pu arrêter ma pltime. J'ai cédé au plaisir de causer avec vous d'abondance de cœur ; que ce soit mon excuse, je vous prie.
Agréez, Monsieur, l'expression bien sincère de mon respectueux et dévoué attachement.
A. Freslon, Avocat général ù la Cour de cassation.
lia mise à l'Index <
(Jujlh^t 1860)
Le Concile de Rennes marque l'apogée de la carrière de M. Bernier. A celte époque, il est généralement considéré comme an penseur et un sage administrateur. L'insuccès des attaques tentées contre lui avait mis le sceau à sa gloire. L'évéque semblait fièrement la partager. Pour avoir l'occasion de louer les deux brochures si vivement critiquées, il les plaça sur son bureau. Il aimait à les montrer à ses visiteurs avec cette expression consacrée : « Voici mon vade-mecum » ; ou bien, en feuilletant VEtat et les Cultes, il disait : « Jamais M. Bernier ne s'était élevé si haut ». En toute circonstance, il cherchait, parfois naïvement, à le mettre en relief. Un jour, dans un dîner à TEvéché, au milieu d'une conversation que M. Bernier soutenait avec sa finesse habituelle, ses yeux si perçants rencontrèrent ceux du prélat. Feignant la timidité d'un enfant et se tournant du côté opposé, la figure cachée d'une main, M^'' Ângebault s'écria : « Il me fait peur, l'abbé Bernier, quand il me regarde ! b
I Revue de l'Anjou^ t. XL (1900).
262 LA MISE A l'index
La roche Tarpéienne est bien près du Capitole. Par une singulière coïncidence, au moment où M. Bernier gloriRait Rome dans le mandement sur la constitution de TEglise, Rome s'apprêtait à le condamner.
Furieux de l'influence du vicaire général d'Angers au Concile deRennes, les ultamontainsavaitrésolu d'en finir une bonne fois avec lui. En ne traitant pas la question liturgique, en blâmant le traditionalisme, en rappelant à l'obéissance aux évéques les journalistes catholiques, ce concile provincial avait donné à ceux qui devaient le suivre un exemple redoutable. Pour conjurer son autorité^ ou même supprimer ce précédent, il importait que l'instigateur d'une telle conduite fût frappé, déconsidéré, anéanti le plus promptement possible. Tous ceux qui se trouvaient lésés organisèrent alors une vaste cabale qui fut bientôt assurée du succès. Le prieur de Solesmes, de passage à Paris en avril 1850, écrivait à son abbé : a L'archevêque de Reims vient de prendre connaissance de la brochure de l'abbé Bernier sur les Rapports de VEglise et de VEtat. Il est outré, et ne conçoit pas qu'un homme aussi suspect dans la foi puisse être encore en place. Le Nonce m'a dit que l'abbé Bouix vient de se faire le dénonciateur de cette brochure à Rome et que, si l'affaire se poursuit, un tel écrit ne peut guère manquer d'être à l'Index <. m
Dans le même temps, une lettre signée Af. B., Membre du clergé de Paris, avertissait Mt^'i'Ângebault que plusieurs prélats préparaient une condamnation de plus de vingt
I Lettre clu"j2 avril.
l'abbé peltier 263
propositions, tirées des deux brochures de son vicaire général. « En vous écrivant, disait l'anonyme, j*ai pensé que vous pourriez parer le coup en amenant Tabbé Bernier à désavouer publiquement son erreur déjà condamnée par les conciles et les constitutions apostoliques ^ »
La rétractation publique ! Telle fut aussi la conclusion d'une brochure qui parut deux mois après : Défense de l'Eglise et de son autorité contre un opuscule intitulé : VEiat et les cultes. L'auteur, qui ne se nomma qu'un peu plus tard, était Adolphe-Charles Peltier, l'ancien professeur de philosophie de Ck>mbrée ^ Le digne homme, se croyant créé tout exprès pour convertir Lamennais 3, avait essayé d'accomplir sa mission, d'abord en le réfutant, puis en cherchant à pénétrer près de lui, ne doutant pas qu'il le vainquit par ses larmes et ses prières. Plusieurs fois, du fond de l'Anjou, il fit le voyage de Paris et sollicita une entrevue toujours refusée. Espérant le bonheur de rencontrer un jour la brebis égarée, il résolut de se fixer dans la capitale. L'archevêque le nomma quatrième aumônier de la Salpètrière. Comme il y
1 II me semble que le dénonciateur en question était Tabbé Dominique Bouix, qui appartenait au diocèse de Paris, non par sa naissance, mais par sa résidence. Il avait déjà critic^ué VHumbU remontrance dans la Voix de la Vérité à^^ 25 et 27 février 1848. Il est à remarquer qu'il signe par les lettres M. D. qu'il faut sans doute interpréter Monsieur Bouix, mais qui sont les initiales de son frère, membre de la Compagnie de Jésus.
2 L'abbé Peltier signa sa polémique au mois d'août ; le premier tirage de son opuscule porte par Ai. Vabbè A..,^ ancien professeur de Séminaire ; le second, publié en octobre, donne le nom de l'auteur, et son titre de vicaire à la Villette.
3 Cf. Lamennais, d'après des documents inédits, par Alfred Roussel (189a), t. II, p. 343-346.
264 L*ABBÊ PELTIER
« opéra le baptême i d'une juive sans avoir prévenu préalablement Iç directeur de l'établissement, et que la contravention s'aggrava par le refus de donner des explications à une commission d'enquête, Tabbé Peltier fut révoqué. On le nomma vicaire à la Villette.
Il se brouilla avec l'archevêque de Paris, comme il s'était brouillé avec l'évêque d'Angers, comme il s'était brouillé avec son propre frère 1. Â la fin de l'année 1850, il émigra dans le diocèse du cardinal Gousset où il mourut en 1880, curé de Bézannes. Il a laissé une collection d'ouvrages imprimés des plus volumineuse. Pendant quarante ans, il se leva dès quatre heures du matin pour traduire et compiler des livres, ou corriger des épreuves au compte des grands entrepreneurs de librairie ecclésiastique. Il ne s'accordait d'autre récréation que de dénoncer, au nom du a traditionalisme v dont il était imbu, tout ce qui pouvait relever du d rationalisme r> chez les catholiques qui peâsaient par eux-mêmes. Il poursuivait ses victimes avec des pamphlets mal venus. Les rencontrait-il en personne, il se collait à elles pour les accabler d'un flux de paroles, roulant des citations toutes plus gothiques les unes que les autres. Il avait le physique de son moral. Petit homme maigre, d'un aspect peu agréable, desséché et tracassier, nul n'aurait pu servir de meilleur modèle à un artiste désireux de représenter « un familier du Saint- Office ^. Il racheta ce caractère en se montrant toujours très aumônier à l'égard des pauvres.
1 Ferdinand Peltier, curé de Chanzeaux,
L'àbbé Peltier était encore à la Villette quand on vint Ini demander son concours à la croisade entreprise contre M. Bernier, son ancien ennemi personnel. Il eut vite fait une brochure à laquelle les ultramontains consacrèrent une immense réclame. L'évéque d'Angers redevint inquiet : « Je suis triste pour vous des attaques si peu mesurées de Paris, écrivait-il à son vicaire gênéraly ces taquineries ridicules sont plus agaçantes que redoutables, mais elles finissent par ennuyer 1 9.
M. Bernier restait imperturbable. Il n'eut point de peine à ramener ses amis, en leur montrant l'embarras, la confusion, les équivoques qui régnaient dans l'œuvre de son réfutateur anonyme. Les ultramontains d'Angers crurent que la campagne était à recommencer, et Tun d'eux pria tout de suite dom Guéranger de reprendre l'affaire en main. Il écrivait à l'abbé de Solesmes :
« Une pensée vient de m'ctre suggérée par un homme émilient dans le clergé angevin. Ce serait d'extraire de V Humble remofitratice et de YËtai et les Cultes toutes les propositions choquantes et de s'adresser pour cela à un savant théologien, et de donner tout cela à rédiger à un habile écrivam. Personne ne peut aussi bien que vous faire tout ce travail. Mais, si la çrud^tice et vos occupations ne vous le permettent pas, ne çoutriez-vous pas prendre le temps d'éliminer, sinon tout ce q\i'\\ y a de mauvais, mais ce qu'il y a de plus mauvais dans les pamphlets ; donner vos notes, indiquer ce qui est formellement condamné, ce qui est contraire à l'histoire. On pourrait confier ces notes à l'abbé Morel qui, je crois, ferait une excel-
» Lettre du « Juillet.
266 LA MISE A l'index
lente rédaction. Car il faut en finir avec ses vieilleries gallicanes qui, pourtant, font du mal. Vous pouvez compter sur ma discrétion. Si vous acceptez cette besogne, je me chargerai d'achever le reste » *.
Tant de peine n'était point nécessaire. VUnioers venait d'apprendre officieusement la condamnation de M. Bernier^ Aussitôt, le 16 juillet, il commença la publication de l'opuscule anonyme de Peltier. Il continua dans le numéro du 22 et il ne pensa point manquer à la charité chrétienne en imprimant cette petite plaisanterie : « M. le vicaire général appelle un remède anodin la condamnation des livres par la congrégation de rindex. Voudrait-il porter ses lecteurs à croire qu*à l'occasion ce remède ne produirait sur lui aucun effet? »
Le lendemain VUnioers et VAmi de la Religion publiaient le décret de condamnation.
Ce jour-là même, le vicaire général, secrètement averti du coup qui le frappait, écrivit à VAmi la lettre suivante :
Angers, 2 y juillet i8$o.
Monsieur le Rédacteur,
Attaqué dans ma foi par un auteur qui a cru devoir se cacher dans l'ombre, et par un journal, avec une violence dont heureusement on voit peu d'exemples et, j'ose le dire, par des arguments qui n'entreront jamais dans une défense judicieuse de l'Église et de son autorité, je préparais une réponse et des explications lorsque j'ai appris, par une voie officieuse mais
1 Lettre du curé Pasquicr, datée du 14 juillet.
2 La condamnation fut portée le ^9 juin et publiée à Rome le 11 juillet.
LA MISE A l'index 267
certaine, que mes deux opuscules intitulés, l'un : Humble remontrance et l'autre VÊiat et les Cultes, viennent d'être mis à l'Index par un décret de la Sacrée Congrégation. Bien que cette décision ne justifie en particulier ni telle ou telle assertion de mes adversaires, ni telle ou telle interprétation, je renonce immédiatement à toute discussion pour n'avoir même pas l'air de me débattre contre une décision qui doit être pleinement respectée.
Les prêtres bien pénétrés des principes de Bossuet, de la Luzerne et de Frayssinous sont prédisposés à la soumission beaucoup plus qu'on n'affecte de le croire, et ils sont bien plus loin, peut-être, que les âpres et fougueux ennemis de leurs opinions, des procédés téméraires et irrespectueux à l'égard de Rome.
Je m'empresse donc de déclarer que je me regarde comme bien jugé par la Commission de l'Index et que j'adhère à son jugement sans hésitation ni restriction ; que j'en conclus que, dans les deux opuscules, il s'était glissé, quoique à mon insu, des propositions tout au moins dangereuses et susceptibles d'un sens peu orthodoxe ; que c'est, à mes yeux, un malheur ; que, de grand cœur, je rétracte toute erreur contre la foi du Saint- Siège qu'il me serait arrivé d'avancer.
Vous m'obligerez beaucoup, Monsieur le Rédacteur, en donnant à cette déclaration une place dans votre plus prochain numéro.
Agréez, etc.
H. Berxier, vicaire général.
Lorsque M. Bernier connut sa mise à l'Index, M^^ Angebault était en villégiature à la Trappe de Bellefontaine, d'où il ne devait revenir que trois jours après, le vendredi 26 juillet. Le vicaire général résolut de guetter le retour du prélat pour être le premier à l'entretenir de la