‹ Un dernier jour de fortune, comédie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 20 · EDMOND, CÉCILE · texte numérisé non relu

EDMOND, CÉCILE

CÉCILE

Comment, M. Edmond, c'est vous que je revois !

Ma chère Cécile, coaibien j'ai été sensible à ton accueÛ^ et à celui de ta mère*.. Vous n'avez donc point oublié % nom de vos anciens maîtres ?

CÉCILE

Qui vous amène a Paris... et que venez-vous faire à f hôtel des milords ?

EDMOND

Ce qu on peut faire dans un hôtel garni... m'y loger..* si toutefois les appartémens ne sont pas trop chers.

CÉCILE

Comment, il serait possible !... votre situation...

EDMOND

Est toujours la même... On dit que la fortune est changeante... je ne m'en aperçois p:s.*. J^étais très-jenne, lorsque mon père quitta la France avec toute sa famille... Les circonstances ne sont plus les mêmes... j^y rentre enfin;

ArchiefvancleS.aûwu

mais je m'y suis trouvé seul, sans appui, sans famille.,. Je dirais presque sans amis, si je ne t'avais pas rencontrée.

CÉCILE

Et les grands biens qu'avant son départ, votre père avait laissés en France ?...

EDMOND

Sur le bruit de notre mort , des parens très-éloignés s'en sont emparés... Depuis vingt-cinq ans, et plus, les débris en ont été dispersés entre un millier de collatéraux... en quelles mains les retrouver ?... Et quand 1^ hasard me les ferait découvrir, il me faudrait, pour les ravoir, soutenir au moins une vingtaine de procès... Et songe donc!... vingt procès!... Il y aurait de quoi me ruiner, si je ne l'étais déjà.

AiPc : L'amour qu Edmond a su me taire.

Les gens de loi , dans la plus mince affaire , Lèvent , dit-on, deux francs sur un e'cu. Tu peux alors juger dans cette guerre Quelle est la part qui revient au vaincu. I Car les plaideurs, qu'un procureur travaille^

Gagnant leur cause à prix d'ur et de soins, f Sont des soldats , qui du champ de bataille

Sortent vainqueurs avec un bras de moins.

CÉCILE

Que voulez-vous donc faire ?... Demander une place...

EDMOND

Du tout... je ne veux rien devoir a personne... Je suis jeune, j'ai de la force, et tant que ce bras-là pourra porter un fusil, je n^aurai pas besoin de solliciter... sois tranquille.,. Au feu, il y a toujours de la place.

AIR : à soixante ans.

^ Partout ailleurs il faudrait un miracle ' Pour parvenir et IVmporter soudain,

A chaque pas s'offre un nouvel obstacle , Mille rivaux vous ferment le chemin.

Et comment garder l'équilibre , Lorsque chacun vous heurte pour passer?

Mais au combat l'on a beau se presser , A qui le veut la place est toujours b'bre j Et rien morbleu n'empêche d'ayancer.

Mais avant de partir, je voulais faire mes adieux à quelqu'un qui demeure ici... à Paris... Et voilà pourquoi je viens passer quelques jours dans cet hôtel... Apprendsmoi d'abord quelles sont les personnes qui Thabitent.

CÉCILE

Il y a trois locataires importans... d'abord, au rez-dechaussée, M. de Walberg, seigneur très-riche, qui joue presque toute la journée, et une partie de la nuit.

EDMOND

M. de Valberg... j^ai quelqu'idée de ce nom... Mais n'importe... après...

CÉCILE

Ici , au-dessus , une soi-disant baronne de Rostange , e sa fille.

EDMOND, vwement.

C'est bien cela!... une jeune personne charmante.

CÉCILE

La bonté, la douceur même... vous la connaissez.

EDMOND

Mais c'est-a.dire... j'ai entendu parler... Car pour moi... je connais très-peu...

CÉCILE

Non, non... M. Edmond... Cela n'est pas possible... et je vois a votre embarras que vous connaissez beaucoup...

EDMOND

Eh! bien^ oui, ma chère Cécile, j^aime Élise, autant qu'il est possible d'aimer. C'est dans le lieu de notre exil, que je Tai rencontrée. Mais comment madame de Rostange se trouve-t-elle a Paris... qu'y fait-elle ?

CÉCILE

Des visites... Et je ne sais pourquoi elle a loué un ap-

partement dans cet hôtel; car elle demeure habituellement dans un remise, qui toute la journée la promène tour-à^ tour dcins tous les ministères de la capital^.

EDMONP.

Pourrais-je la voir ?

CÉCILE

Ce n'est pas aisé.

Air : Ainsi jadis un grand prophète.

Pour la rencontrer dans cette ville, Il faut être leste et bien portant; Dans sa voiture est son domicile, On ne peut loi parler qu'en courant.

Au galop, comme il faut qu'elle parte, La voit-on passer dans le quartier.

C'est au cocher qu'on donne sa carte, Au lieu de la remettre au portier.

Du reste , on prétend qu'elle voudrait trouver un marî pour sa fille, et peut-être pour elle-même... si Toccasion s'en présentait, et elle y parviendra, car elle a , dit-on, peu de fortune, mais beaucoup de crédit.,.

EDMOND

Tant pis... car je n'en ai guère... Et où trouver des amis, des protecteurs qui puissent me servir auprès d^elle...

CÉCILE

Attendez ; nous avons ici M. de Saint-Pierre , le troisième locataire... un excellent homme pour qui madame de Roslange a les plus grands égards.

EDMOJVD.

Quel est ce monsieur de Saint- Pierre?

CÉCILE

Impossible de vous le dire... On ne lui connaît aucune terre, aucune propriété... et il roule sur For... On ne sait ni qui il est, ni d'où il vient, et partout il est recherché y, considéré... Enfin, il n'a aucune dignité, n'occupe aucune place.., et presque tous les jours on Tinvite à dîner en vilk

Son âge ?

Jeune.

Ses manières ?

Pas très- nobles.

Son caractère ?

EDMOND

CÉCILE

EDMONP.

CÉCILE

EDMOND

CÉCILE

Un peu bizarre; mais très-généreux, et pas plus de fierté que s'il avait encore sa fortune à faire... Tout le monde Taime dans Thôtel... moi surtout qu^il a comblée de bontés... 11 a pris soin de ma mère... il lui a assuré une pension pour le reste de ses jours, et je suis certaine que si je lui parlais en votre faveur...

Eh! mais... au portrait que tu m^en fais, n^'aurail-il pas des vues sur la main d'Elise ?

CÉCILE

Lui ! quelle idée! Mais tenez, je l'ente nd^, voulez-vous que je vous présente ?

EDMOND

Non , viens achever de m'instrulre... et sll est nécessaire, je saurai tout seul faire connaissance avec lui.

Il sort auec Cécile.

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