SCENE II
SAINT-PIERRE ( sortant de la porte à droite ).
Holà quelqu'un !... Personne dans mes appartemens... ni dans cette antichambre... Mes domestiques seront sans doute sortis... ils ont dit qu'ils avaient ce matin des affaires... {s' asseyant) Eh! bien... j'attendrai.,. Encore si cette
(8) petite Cécile était la... Excellente fille! a qui je ne suis pas indifFérent, j'en suis sûr... Eh ! bien, elle a raison ; car moi de moncô«î... il n'y a d'autre inconvénient que ma fortune ; et c'est nn obstacle que chaque jour je m'applique a faire disparaître... Encore quelques semaines, et nous serons de pair...( on sonne ) Hein !... qu^est-ce que c'est?... Maudite sonnette!... elle produit toujours sur moi un effet.
Air : du vaude\^ille de Vécu de six francs.
Cette sonnette me reVeille Dans tous les révefe que je fais , Et vient sans cesse à mon oreille Me rappeler ce que j'étais.
En vain je veux être rebelle A ses accords de'sobligeans, Lorsque je sonne un de mes gens, Je crois toujours que je m'appelle.
C'est qu'aussi, on n'a jamais vu d'aventure comme la mienne... Et si elle ne m^était pas arrivée, je croirais que c'est un conte... Moi, Lapierre, franc original, et garçon sans souci, né sans prétention, dans cette classe estimable de la société, cette classe la plus nombreuse et la plus nécessaire de toutes... celle des valets... je m^y étais fait une réputation méritée; lorsqu'un beau jour, fatigué d'être heureux, il me prend Tidée d'être riche... mais trop paresseux pour travailler, et quoique n'ayant pas un sol, trop honnête homme pour spéculer à la bourse, je mets mes gages à la loterie, et je gagne un quaterne... cinquante mille écus... c'était rond... c^était joli... mais qu'en faire?... les placer... il n'y avait pas de quoi rouler carosse... Les dépenser... impossible en province... M. Laj)ierre quitte Toulouse, \ vient s^établir à Paris, prend un appartement superbe dans un hôtel garni, des domestiques dans les petites affiches, et un nom dans le calendrier, qui n^'en refuse à personne.. Me voila donc M. de Saint-Pierre!... Voyons, me dis-je alors, puisque cette épreuve ne me coûte rien, « si la vie d'un maître est plus douce que celle d'un valet, et >si le bonheur est plus aisé à rencontrer sous le frac gue
SOUS la livrée... ne nous refusons rien... épuisons tous les plaisirs... Cinquante mille francs par mois; si on ne trouve pas le bonheur à ce prix-là... c^est qu'il n'est pas à Tendre... Ma foi, je ne regrette pas mon argent, je me suis amusé..
AIR : d'Aristippe.
De Paris j'ai vu les n|îracles, De ses plaisirs j'ai goùtë les douceurs; J'ai parcouru tous les spectacles, J'ai visite' les plus brillans traiteurs. Des amours la joyeuse troupe , Versait les vins les plus exquis ; Et mes lèvres vidaient la coupe
Que ma main remplissait jadis.
Hein! qui vient là?... C'est un de mes domestiques prO' vis cires.